Mon ordinateur va mieux
...
Puisant toujours à la même source, le livre de Catherine Buser Picard, j'en profite donc, puisque Fred Audin a évoqué Héliogabale, tragédie lyrique en trois actes créée en août 1910 aux Arènes de Béziers (paroles d'Emile Sicard, musique de Déodat de Séverac), pour montrer ci-dessous quelques photos et critiques d'époque relatives à cette oeuvre plus "rare" encore. Il ne semble en tout cas pas, contrairement au Coeur du Moulin, qu'elle sera bientôt enregistrée.
-----------------------------------------------------------------------
"(...) «Cette musique possède la double vertu de la force et de la simplicité, peut-on lire dans Musica.Une originale sensibilité s'y manifeste, régie par un goût excellent, une mesure pleine d'émotion». Et dans la Revue musicale : «M. Déodat de Séverac a traité ce grand sujet avec une grande intelligence de l'histoire comme de l'art dramatique et un talent supérieur. C'est un musicien très personnel, ardent, que nous aimons à placer dès aujourd'hui au premier rang, parmi les artistes français».
Le style large et décoratif du langage musical, la sobriété de l'orchestration sont particulièrement appréciés (...), [mais] c'est surtout la présence de la cobla catalane au sein de l'orchestre traditionnel qui a suscité la plus grande surprise et remporté le plus vif succès : «Le rythme a chez eux une intensité et une énergie admirables. Dans Héliogabale, ils alternaient avec les bois ordinaires de l'orchestre les uns et les autres disant tour à tour les mêmes phrases ou les mêmes fragments de phrases. Chaque fois que c'était aux Catalans de jouer, le rythme prenait une netteté, un accent, un mordant incisifs et superbes. Chaque fois que c'était à nos instrumentistes, tout s'émoussait, s'amollissait, devenait faible et comme savonneux» [critique de Pierre Lalo].
(...)
Héliogabale est redonné l'hiver suivant aux concerts Hasselmans de la salle Gaveau à Paris où il reçoit un excellent accueil. Privée de son spectacle visuel, la partition n'en a rien perdu de sa saveur et le compositeur, très applaudi, doit revenir plusieurs fois saluer le public. Gabriel Fauré, qui assiste au concert, ne peut s'empêcher de s'exclamer : «C'est délicieux ! Et comme c'est simple, sans tout le chiqué que tant d'autres se croient obligés, pour faire de l'art, de mettre autour !... Séverac a quelque chose à dire, et il le dit tout simplement. Beaucoup n'ont rien à dire, alors ils font tout ce qu'ils peuvent pour masquer le vide...».
Quant à Louis Hasselmans, il souligne le génie du compositeur qui parvient à «se renouveler complètement tout en demeurant lui-rnêrne» : «Il est surprenant de penser que la même main peignit avec tant de délicatesse l'émouvant tableau du petit village languedocien , et brossa avec sûreté, cette vigueur, cette maîtrise, les larges fresques d'Héliogabale. [...] En toutes ces pages, comme aussi en de nombreuses pièces pour piano et pour chant, on voit se dégager une personnalité haute et ferme, sans aucune restriction d'influence ou d'école. Déodat de Séverac aime la lumière, il ouvre largement ses fenêtres et laisse circuler à flot l'air pur».
-----------------------------------------------------------------------
Je reproduis aussi cette lettre, restée longtemps inédite, qu'Albert Roussel adressa en août 1910 à son "pote" Déodat de Séverac
(le ton très familier, peu fréquent chez Roussel, s'explique par le fait que les deux compositeurs venaient l'un et l'autre de la Schola Cantorum, où ils s'étaient liés d'une solide amitié) :
"Mon vieux Déodat,
Je vois dans les journaux que ton Héliogabale a été vigoureusement applaudi, et, bien que je n'en sois pas surpris, cela ne m'en fait pas moins très grand plaisir. Si je n'avais pas eu, en ce moment, diverses affaires de famille assez urgentes m'empêchant de m'absenter, je serais venu à Béziers, je n'ai pas besoin de te dire combien volontiers, pour entendre ton œuvre et me réjouir des sonorités riches et précieuses que tu as dû y prodiguer. On ne fait pas toujours ce que l'on voudrait, et j'ai été bien privé de ne pouvoir me joindre aux camarades qui sont allés t'applaudir.
J'attends avec impatience que Rouart fasse paraître la partition, mais cela ne me remplacera pas l'impression vivante du spectacle en plein air et l'émotion qui se dégage de pareilles journées !
Je suppose que tu ne vas pas tarder à rentrer à St-Félix et que tu vas te remettre au travail. Viendras-tu à Paris avant le printemps prochain ? Où en sont les Antibel ? Ici il pleut et il fait froid !
Si je n'avais pas mon travail en train qui absorbe une grande partie de mes journées, je ficherais le camp tout de suite vers des climats plus ensoleillés, et ma femme songe déjà à la plage espagnole ou provençale où nous nous réfugierons l'été prochain.
Envoie-nous de temps en temps de tes nouvelles; ma femme me charge de toutes ses félicitations et de ses bien affectueux souvenirs pour toi, et je t'embrasse de tout coeur.
Amitiés aux copains, ainsi qu'à Hasselmans.
Albert Roussel"
(
)
Jacques