En complément de cette belle et longue liste, une oeuvre qui se trouve sur le double album Vox 20th Century Voices in America:
L'album est admirable d'un bout à l'autre et j'en ai déjà parlé dans l'ancien forum à propos des oeuvres de George Crumb, George Rochberg et SHulamit Ran.
L'oeuvre d'Elliott Carter est intitulée
Tell Me Where is Fancy Bred? C'est une oeuvre pour voix d'alto avec accompagnement de guitare.
Peut-être, souhaitais-tu en parler dans la section "oeuvres vocales" plutôt que musique de chambre? Ce qui se défendrait parfaitement
C'est bien sûr tiré du Marchand de Venise de William Shakespeare, qui a aussi inspiré William Walton pour un de ses très beaux partsongs pour voix de ténor et soprano.
La pièce de Carter est une petite miniature de 3 minutes, ici accompagnée à la guitare seule, alors que Carter a composé la pièce avec un accompagnement " up to 6 players ".
Ce qui me frappe, là encore, après le concerto pour orchestre, c'est la capacité phénoménale d'Elliott Carter à décrire en musique une atmosphère ou un programme littéraires et/ou poétiques.
C'est une ode amoureuse, ce texte, dont je reproduis ici les paroles:
Tell me where is Fancy bred,
Or in the heart or in the head!
How begot, how nourished?
Reply, reply.
It is engender'd in the eyes,
With gazing fed; and Fancy dies
In the cradle where it lies.
Let us all ring Fancy's knell;
I'll begin it, - Ding, dong, bell.
Ce chant, au milieu de la deuxième scène de l'acte III, est bien une ode amoureuse, mais une ode amoureuse qui est entonnée au beau milieu d'une situation très angoissante entre Portia et Bassano, puisque Bassano risque sa peau ...au sens propre du terme: a pound of flesh.
En trois minutes, Elliott Carter nous fait ressentir que derrière l'enjouement de façade, il y a une angoisse sous-jacente, un peu glauque, un peu absurde, mais réelle, qui pèse sur la tête des amoureux.
Du grand art, à mon avis
