Merci pour ces précisions, Jacques.
Quelqu'un a-t-il déjà pu écouter la version complète de l'opéra Der Sturm, présenté comme une première mondiale par Hyperion?


Merci pour ces précisions, Jacques.
Quelqu'un a-t-il déjà pu écouter la version complète de l'opéra Der Sturm, présenté comme une première mondiale par Hyperion?



Bonsoir Gustave.
Et bonsoir aussi à Fred Audin, que je remercie pour ses remarques faites au post 79.
J'ai vu en effet que le label Hyperion venait de mettre sur le marché ce coffret de 3 CDs, avec une première version complète de l'opéra Der Sturm :
Mais en ce qui me concerne, je ne l'ai encore ni écouté, ni commandé. Je compte toutefois le faire bientôt.
Cela dit, j'ai vraiment l'impression que la semaine écoulée aura été pour moi une "semaine Frank Martin" ().
De sorte qu'il ne me reste plus qu'à demander poliment à la BNS (Banque Nationale Suisse) si elle ne pourrait pas, comme c'est depuis longtemps le cas pour Arthur Honegger, imprimer aussi des billets à l'effigie de Frank Martin ().
Pour terminer la journée sur une note plus "légère" (car la musique de ce compositeur peut être aussi "souriante" qu'il l'était lui-même, ainsi que nous l'avons vu), je montre ci-dessous une vidéo où de jeunes musiciens chinois jouent un extrait (Allegro moderato - Allegro marcato) du Trio pour piano, violon et violoncelle sur des mélodies populaires irlandaises [1925] de Frank Martin.
Comme il y avait déjà la française et l'allemande, ça portera pour le coup à quatre (avec la chinoise pour les interprètes et l'irlandaise pour les thèmes mis en musique) le nombre des "cultures" mises en jeu ().
Voici cette vidéo :
YouTube - Eon Trio plays Martin Piano Trio on Popular Irish Folk Tune[/URL]
Jacques









Je viens de mettre sur YouTube une vidéo - en français avec sous-titres en anglais - qui n'est pas totalement sans rapport avec le DVD dont j'ai fait état aux posts 71 et 73 ().
Je l'ai assortie du petit commentaire suivant :
"À l'occasion du 80ème anniversaire du compositeur en 1970, la Télévision Suisse Romande rendit visite à Frank Martin, qui vivait depuis plus de vingt ans à Naarden (Pays-Bas), et lui consacra un long documentaire en couleurs.
L'extrait figurant sur la vidéo est extrêmement contrasté. Au début (et jusqu'à 8:43 environ), le compositeur parle de sa propre musique et de ce qui la caractérise. Puis, en présence de son fils prénommé Jan Frank (qui pour diverses raisons ne pratique guère le français) alors âgé de 23 ans et grand amateur de "musique pop", Frank Martin est conduit à donner son avis sur cet univers sonore si différent du sien et tente d'expliquer, avec sa retenue et sa gentillesse habituelles, comment il le perçoit."
Le compositeur suisse Frank Martin est interviewé l'année de ses 80 ans (1970) - YouTube[/URL]
Jacques
![]()



Dans son numéro de septembre 2011, la revue Classica avait émis un avis mitigé sur ce premier enregistrement officiel complet de l'opéra Der Sturm (La Tempête) de Frank Martin, réalisé live à Amsterdam le 11 octobre 2008 et récemment publié par Hyperion, estimant "lointaine et peu flatteuse" la prise de son mais louant la qualité d'ensemble de la distribution vocale ("emmenée par un Robert Holl [Prospéro] parfait" et "où se distinguent le Caliban de Dennis Wilgenhof, le Stephano d'André Morsch et la Miranda de Christine Buffle") :
![]()
La critique du même enregistrement figurant ici en anglais sur MusicWeb International est quant à elle entièrement positive, l'album ayant même le statut flatteur de "Recording of the Month".
À propos de cet opéra en trois actes, la brochure jointe (très complète - en anglais, en français et en allemand - avec reproduction du texte allemand chanté et sa traduction en anglais, mais malheureusement pas en français) signale qu'il a été créé le 17 juin 1956 à Vienne sous la direction d'Ansermet et qu'il fut le premier ouvrage contemporain programmé par l'Opéra de cette ville après sa réouverture en 1955. Opportunément, elle rappelle l'enregistrement partiel que réalisa pour Deutsche Grammophon le compositeur lui-même en 1963, à la tête du Berliner Philharmoniker. Ces trois extraits, soit l'ouverture et les deux monologues de Prospéro chantés par Dietrich Fischer-Dieskau, sont ceux repris sur l'album Brilliant Classics (au design discutable) montré au post 58.
En dépit des réserves sur la prise de son formulées par Classica (un "défaut" qui, à l'écoute, ne m'a pas du tout paru si gênant que ça), j'ai évidemment acheté le triple album Hyperion, souhaitant disposer d'un enregistrement complet de l'oeuvre. Et je m'en félicite. Au demeurant, la curiosité éveillée chez moi par la remarque selon laquelle "The start of act II has a jazzy Weill-like propulsion with barking saxophones and insistent piano rhythms" (cf. l'article de MusicWeb International) était bien trop forte
...
Et en effet, ces longs moments jazzy (avec trompette, trombone, saxophone, piano et rythmes syncopés) où, de la façon la plus inattendue, la musique de Frank Martin rejoint celle de Kurt Weill tout en restant très personnelle sont absolument extraordinaires () et méritent vraiment d'être connus. D'autres surprenantes combinaisons instrumentales apparaissent d'ailleurs fréquemment tout au long de l'opéra. À ce sujet, Alain Perroux (auteur du texte de la brochure) dit ceci :
"(...) Cette variété [cf. la pièce de Shakespeare] lui permet donc de déployer un vaste éventail de registres : «une musique crispante pour incarner l'esprit du mal de Caliban, une musique aérée pour Ariel, une musique simpliste, presque des chansons populaires, pour les ivrognes.»
En fait de «musique crispante», Martin a recours à des séries dodécaphoniques confiées au saxophone solo puis à la voix de basse profonde dont il a affublé Caliban - manière d'intégrer la technique de Schoenberg dans une écriture qui n'est jamais strictement sérielle. (...) De leur côté, les scènes de nobles italiens multiplient les références stylistiques dans un environnement où règnent la syncope jazzy et beaucoup de citations (de la sonnerie de Big Ben à la marche nuptiale de Mendelssohn), comme si ces intrus incarnaient l'irruption d'une modernité anachronique dans un îlot situé hors du temps. La grandeur des passages dévolus à Prospéro, colorés par le chromatisme typique de Frank Martin, n'en devient que plus saisissante, notamment dans le récit aux proportions wagnériennes du premier acte ou les monologues exposant son renoncement. (...)"
On ne peut donc qu'être surpris qu'une telle "oeuvre-somme", où Martin "se risque à un éclectisme étonnant après l'impressionnante homogénéité exposée par les chefs-d'oeuvre des années 1940", n'ait pas été enregistrée plus tôt dans son intégralité. Surtout quand on apprend ceci (toujours sous la plume d'Alain Perroux) :
"(...) La première (...) est accueillie par une chaleureuse ovation. Bien que la presse soit divisée, le public accourt : les représentations font salle comble, à tel point que Frank Martin ne peut assister à la dernière que depuis le studio de la radio. (...)"
Jacques
![]()



Je serais très tenté de fabriquer une vidéo YouTube avec la Scène 1 de l'Acte II de Der Sturm, qui dure 14'32. Mais pour les raisons expliquées sur un autre fil, j'encourrais les foudres d'Hyperion qui me poursuivrait en justice "vite fait" ().
C'est pourquoi je propose à ceux que ça intéresse d'aller directement sur cette page du site Hyperion, puis de cliquer (vers le bas) sur l'image des deux petites croches se trouvant sous l'indication "Akt 2 Szene 1 (...)".
Ça permet d'entendre au moins le tout début de ces mémorables "jazzy Weill-like" moments...
Jacques



Il y a bien une version de 1967 par Ansermet, qui est la création française: le son est certainement moins bon que la version d'Amsterdam (que je connais dans une capture radio).



J’avais 20 ans et faisais mon "école de recrues" (c’est ainsi qu’on appelle en Suisse la formation militaire obligatoire à laquelle est astreint tout citoyen de sexe masculin apte à être incorporé dans l’armée). Dépendant de la caserne qui m’hébergeait se trouvait un "lieu de détente" où chacun pouvait, en fin de journée, oublier ses soucis et retrouver un peu les agréments de la vie civile. Dans un petit local annexe, il y avait même un piano sur lequel venaient parfois taper quelques soldats pratiquant l’instrument.
Or, un soir où j’avais le cafard, je me mis à jouer sur ce vieux "coucou" désaccordé (auquel manquait une touche) la Sarabande de la suite Pour le piano de Debussy. Et de la part d’un "beauf" en uniforme, assis devant une énorme chope de bière, j’eus aussitôt droit à cette remarque mémorable (transcription phonétique et fidèle) : "Le classique, ça m’endort. Et chais pas, moi, la musique, ça doit être joyeux !" ()
La Ballade pour piano et orchestre de Frank Martin ne remplit certainement pas ce "rôle" non plus. Sans pour autant être d’une humeur morose, je viens néanmoins d’en mettre une version sur YouTube (), la décrivant ainsi :
"Frank Martin (1890-1974) composa sa Ballade pour piano et orchestre en 1939, alors qu'il était cruellement éprouvé par la mort de sa deuxième épouse, Irène Martin-Gardian, emportée par une maladie subite. Sous la direction d’Ernest Ansermet, l'oeuvre fut donnée en première audition à Zurich le 1er février 1944 par Walter Frey. De très grands pianistes furent par la suite tentés par cette pièce, notamment Arturo Benedetti-Michelangeli et Dinu Lipatti.
Interprétée ici par Jean-François Antonioli et I Filarmonici di Torino sous la baguette de Marcello Viotti, la Ballade est d'un seul tenant mais on y distingue les huit "périodes" suivantes :
[00:00] Molto andante;
[03:15] Allegro vivace;
[07:27] En valse;
[08:26] L'istesso tempo;
[09:55] Con moto;
[11:13] Lento;
[14:46] Cadenza;
[16:34] Allegro leggero."
Frank Martin - Ballade pour piano et orchestre (1939) - YouTube
Jacques
![]()



Le 12 janvier dernier, à l'occasion de la sortie de cet album ("premier enregistrement mondial")...
![]()
..., paraissait dans un quotidien suisse ce petit article que je reproduis ci-après :
"Si vous assimilez la musique de Frank Martin uniquement à l’austérité grandiose de Golgotha et de ses autres œuvres d’inspiration religieuse, vous avez une idée limitée de la diversité de ses registres. Le compositeur genevois a cultivé tous les genres. Et le moins connu est bien celui du ballet !
Au beau milieu de la guerre, alors qu’il vient de terminer Le Vin herbé («la première œuvre importante dans laquelle j’ai parlé ma propre langue»), la danseuse Marie-Eve Kreis lui propose le scénario d’un ballet tiré des frères Grimm, dont la version du conte de Cendrillon diffère quelque peu de celle de Perrault. Le ballet est créé au Stadttheater de Bâle le 12 mars 1942. Le petit orchestre, où le compositeur tient la partie de piano et sa femme est au pupitre de flûte, est dirigé par Paul Sacher. C’est l’occasion de créer des liens avec le chef et mécène bâlois et son épouse Maja, d’être accueillis dans leur maison du Schönenberg et de cultiver une amitié réciproque qui se concrétisera par de nombreuses commandes, dont Der Cornet, sur des textes de Rilke, et la fameuse Petite Symphonie concertante.
Le spectacle de Das Märchen vom Aschenbrödel (Le Conte de Cendrillon) rencontre un grand succès, la critique est enthousiaste. Mais curieusement, aucune reprise. C’est la guerre. La musique du ballet tombe dans l’oubli.
Et voilà qu’en 2010, à l’initiative de Klara Gouël, grâce à la collaboration des écoles de danse et de musique de Genève et de Budapest, Le Conte de Cendrillon est monté dans les deux villes, dans une chorégraphie d’Antonio Gomes et sous la direction de Gábor Takács-Nagy. En septembre de la même année, la RTS Espace 2 enregistre la musique, avec le même chef à la tête de l’excellent Orchestre de la Haute Ecole de musique de Genève. Soucieuse d’enrichir la discographie d’un élément inédit, la firme Claves en publie maintenant le disque.
La distribution vocale et instrumentale ne manque pas d’originalité et contribue au charme, à la finesse et à la truculence de cette partition que l’on découvrira avec délice. Quatre solistes chanteurs (Clémence Tilquin, David Hernandez Anfruns, Varduhi Khachatryan et Alexandra Hewson) racontent l’histoire et incarnent les personnages principaux, que les instruments de l’orchestre contribuent à caractériser. Ainsi, deux saxophones et une trompette, grotesques et vaniteux, pour accompagner les deux méchantes sœurs et la marâtre; un hautbois tendre et ingénu pour dire la solitude de la pauvre fille laissée à la maison quand les autres se rendent au bal; la flûte vaporeuse, suspendue sur le piano, le célesta et les cordes en sourdine, souligne l’intervention de la bonne fée; le violoncelle et l’alto intensément lyriques dansent avec le prince amoureux.
Le jazz inspire maints épisodes, soit grâce à la couleur apportée par le timbre des saxophones et du trombone, soit par le déhanché des rythmes. La touche pittoresque ainsi conférée contribue à la variété de tons de la partition, tout autant que l’humour des interventions des oiseaux, complices de Cendrillon, et du ridicule des sœurs, qui n’hésiteraient pas à se couper le pied pour entrer dans la chaussure."
Cela dit, une telle présentation ne permettant pas, je crois, de se faire une idée assez précise et concrète de certaines sonorités pour le moins insolites () présentes un peu partout dans cette partition "ressuscitée", j'ai pris le risque d'en extraire trois brefs passages (orchestre seul) puis d'en faire cette vidéo, qui vient d'être mise en ligne sur YouTube :
Frank Martin - Das Märchen vom Aschenbrödel, trois brefs passages orchestraux - YouTube[/URL]
Jacques
![]()