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Thread: Le piano français méconnu

  1. #81
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    Ça paraîtra peut-être un peu bizarre, mais la remontée récente du fil Déodat de Séverac dans la section "Compositeurs" m'a incité à mettre tout à l'heure sur YouTube la vidéo ci-dessous, avec quatre extraits du très beau cycle pour piano Les Heures dolentes (1905), de Gabriel Dupont. Sa musique, en effet, bien que davantage redevable à Fauré et à d'autres qu'au compositeur languedocien, me fait néanmoins beaucoup penser à celle de ce dernier, par certains côtés (on y trouve d'ailleurs aussi quelques "zestes" de Debussy, mais c'était chose courante en France au début du XXème siècle).

    Je rappelle que Gabriel Dupont et ce cycle ont déjà été évoqués à plusieurs reprises sur le présent fil (notamment aux posts 1, 15, 32 et 74), que j'aurais d'ailleurs dû ouvrir, à l'époque, dans la section "Claviers" plutôt que "Discothèque" ().

    Sur YouTube figure le bref commentaire suivant :

    "De santé fragile, mort dans sa trente-sixième année, le compositeur français Gabriel Dupont (1878-1914) fut élève de Gédalge, de Massenet et de Widor. Il obtint en 1901 le Grand Prix de Rome. Comportant douze morceaux, son cycle pour piano Les Heures dolentes évoque les divers sentiments que peut éprouver un malade dans sa chambre, en voyant et entendant ce qui se passe autour de lui.

    Interprétés par Daniel Blumenthal, les quatre morceaux (extraits de ce cycle) que permet d'entendre la vidéo sont :

    1/ [00.00] Épigraphe;
    2/ [02:17] Le soir tombe dans la chambre;
    3/ [07:30] Coquetteries;
    4/ [12:13] Des enfants jouent dans le jardin."


    Gabriel Dupont - Les Heures dolentes (1905), quatre extraits - YouTube
    [FONT=Verdana]

    Jacques

  2. #82
    D'après mes souvenirs, Fred avait fait une critique élogieuse de ces oeuvres.

  3. #83
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    j'aime beaucoup mais ce n'était pas moi
    http://classiqueinfo-disque.com/Gabr...s.html?lang=fr
    (mais Killgore) à l'occasion d'un autre disque joué par Emile Naoumoff. Blumenthal étant un excellent pianiste, on ne sait lequel recommander...
    De Dupont je connais surtout Antar, son dernier (deuxième?) opéra: c'est très bien.
    L'ouverture de la Farce du Cuvier par Albert Wolff pourrait figurer dans la BM, c'est la dernière version connue (la seule?) qui doit dater de 1930.
    Pour le style je dirais que Dupont s'apparente aux franckistes, dans la ligne de Roger-Ducasse et de Ferroud, avec qui cet aspect du style français disparait définitivement.

  4. #84
    Ce que je connais de Ferroud ne me paraît pas tellement franckiste, mais je peux me tromper.
    L'œuvre pour piano de Dupont mériterait d'être mieux connue, d'accord sur ce point. D'où proviennent les extraits par Blumenthal? Je suis encore sous le charme de son album Jean Absil?

  5. #85
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    Quote Originally Posted by Gustave View Post
    D'où proviennent les extraits par Blumenthal?
    Ils proviennent de ce CD du label Cybelia, aujourd'hui épuisé et très difficile à trouver, semble-t-il (l'enregistrement remonte à 1987) :



    Je possède aussi le récent double album Naoumoff (avec, sur le deuxième disque, le cycle La Maison dans les Dunes) et l'apprécie. Mais pour Les Heures dolentes, j'avoue préférer l'interprétation qu'en donne Blumenthal, que je trouve plus sensible et qui me touche davantage.

    En passant, je signale que j'ai notamment aussi, par Blumenthal, un remarquable double album consacré à des oeuvres pour piano d'Alexandre Tansman (label Etcetera).

    Je montre enfin ci-dessous, bien que beaucoup la connaissent sans doute déjà, une photo prise en 1901 à l'occasion du concours du Prix de Rome et où apparaissent de gauche à droite, avec parmi eux deux gardes en uniforme, Gabriel Dupont (debout, coiffé d'une casquette), Aymé Kunc (assis), André Caplet (assis), Albert Berthelin (debout) et Maurice Ravel (assis) :



    Jacques

  6. #86
    Merci pour ces précisions, Jacques; je partage votre admiration pour l'art de Daniel Blumenthal. À l'occasion, écoutez ce qu'il fait des Marines de Jean Absil.

  7. #87
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    Je vous remercie à mon tour, Gustave , et suivrai votre conseil.

    Jacques

  8. #88
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    Je viens déjà de commander l'album où Daniel Blumenthal interprète Jean Absil, notamment les Marines (j'agis parfois très vite ) ! Il est double et se présente ainsi :



    Sur le site de vente figure ce commentaire, qu'il me semble utile de reproduire ci-dessous :

    "Jean Absil est un intéressant représentant du piano belge moderne. Ces pièces ne constituent pas une intégrale mais ont été sélectionnées par le pianiste lui-même, professeur au Conservatoire Royal de Bruxelles. L'importance de ce compositeur n'est pas à négliger eu égard à ses relations musicales avec les plus grands noms qui firent de la musique du vingtième siècle ce qu'elle est (citons Bartok, Milhaud, Stravinski, Berg, Prokofiev, Honegger, Messiaen qui écrivirent pour lui dans sa revue musicale). Mais son style personnel est une heureuse synthèse de tous les courants sans qu'on n'y perçoive clairement l'influence prédominante de l'un ou de l'autre. Non, Absil c'est Absil et pas du sous-quelqu'un ou du pseudo-quelqu'autre. Les pièces choisies sont toutes des cycles réunissants des morceaux ne dépassant pas cinq minutes en moyenne. On reste dans le condensé et le mature dès les premiers opus, Absil ayant composé ses Trois Impromptus inauguraux à 39 ans. Jamais Absil n'est dissonant, et il peut regarder vers Ravel (la Sonatine op. 27, les Marines), vers le classicisme français (les Bagatelles), ou vers le folklore (les Danses bulgares). Mais jamais il n'y aura pastiche ou ironie. Absil peut s'approprier l'esprit d'un classique pour en recréer à sa manière mais avec les moyens compositionnels du modèle et sans aucune idée de parodie ou de nostalgie d'une époque révolue (Hommage à Schumann, Hommage à Chopin). Les "Esquisses sur les sept péchés capitaux", les "Echecs" sont de très pertinentes pages illustratives bourrées d'imagination. Il n'empêche que la simplicité de certaines compositions ne sont qu'exceptions pour la majorité qui demandent un virtuose accompli, ce qu'est sans nul doute Daniel Blumenthal. Livret instructif en français. À quand une ouverture sur le reste de sa production ?"

    Jacques

  9. #89
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    Bonsoir.

    [Hors Sujet]On trouve la Sonate pour saxophone alto et piano Op.115 de Jean Absil dans ce sympathique coffret 3 CDs plein de compositions relativement contemporaines sinon totalement modernes:



    Le détail des œuvres est sur Amazon:
    http://www.amazon.fr/Le-Saxophone-Fr...s_all_1#disc_1

    Je reste un court moment éloigné du piano pour signaler qu'existe également d'Absil un quatuor pour saxophones enregistré par l'ensemble Marcel Mule dans les années '50...[/Hors sujet]


  10. #90
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    Ce coffret d’œuvres pour saxophone, dont je viens d’écouter quelques extraits sur le site indiqué, me paraît très tentant ().

    Quant à la mention de l’ensemble Marcel Mule, elle m’a rappelé que mon père, qui jouait du saxophone alto en plus de la clarinette et du violon, en était un grand admirateur et l'évoquait en toute occasion ().

    Revenant à Gabriel Dupont mais restant encore dans le domaine de la musique de chambre, j’ai vu sur le même site ce disque qui me semble intéressant :



    Je voudrais bien l’acquérir aussi, mais avant tout en raison de la présence du Poème pour piano et cordes, ayant déjà deux versions (Marie-Catherine Girod et Émile Naoumoff) du cycle pour piano La Maison dans les Dunes.

    Jacques

  11. #91
    C'est marrant cette apparition du genre du "Poème" dans la musique française du XXe siècle; il y en a sûrement d'autres que celui-ci et les deux de Chausson.

  12. #92
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    à mon avis le titre Poème est une invention d'Eugène Ysaye.
    Evidemment à rattacher à la notion de Poème symphonique, il semble rendre un contenu abstrait à une désignation inspirée de la musique à programme. Par rapport au poème symphonique le "Poème" tout court serait plutôt du domaine de la musique concertante, voire de l'intime et de la musique de chambre.
    Je vois des exemples de poèmes principalement dans la musique française (Pierné, Vierne, Durosoir, Ravel aussi à sa façon avec Gaspard ou la Valse "poème chorégraphique", sans oublier Hahn dont le Rossignol éperdu est sous-titré 53 poèmes pour piano)
    et chez les Russes (Scriabine, Catoire, les Krein, Zara Levina, Svetlanov, Khatchaturian)
    Il faudrait sans doute joindre à cela les "poèmes" (particulièrement dans le genre concertant) que sont les "Légendes", "Odes", "Strophes" voire "Ballades" et "Nocturnes" qui dérivent plus ou moins de la même intention.

    Peut-on voir un rapport entre cette forme et l'Essay tel que pratiqué par Barber, un morceau en un mouvement développant un thème unique de nature abstraite dans une structure lent-vif? Auquel cas il faudrait se pencher sur le précurseur que peut être Neukomm avec ses fantaisies pour orchestre et plus généralement toutes les Fantasy de la musique de chambre anglaise.
    Un sujet de thèse?

  13. #93
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    Très intéressant, le message ci-dessus () !

    À propos du genre musical "poème", on ne s'étonnera pas, je pense, que l'italien Respighi y ait contribué lui aussi (c'était assez dans sa nature ).

    Il a en effet composé en 1920 un Poema autunnale pour violon et orchestre dont on trouve cette vidéo sur YouTube, la soliste étant Julia Fischer (on reste loin pour l'instant du sujet du fil, mais ça ne fait rien ) :

    O. Respighi - Poema Autunnale - YouTube[/URL]

    Je possède un enregistrement de cette oeuvre (sur un très ancien CD du label Marco Polo), avec comme soliste la violoniste japonaise Takako Nishizaki. Mais je ne l'ai plus écouté depuis belle lurette.

    Jacques

  14. #94
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Je viens déjà de commander l'album où Daniel Blumenthal interprète Jean Absil, notamment les Marines (j'agis parfois très vite ) ! Il est double et se présente ainsi :


    Quelques mots pour dire que je suis très satisfait de ce double album (), reçu à la fin de la semaine dernière.

    J'imaginais que ces pièces pour piano de Jean Absil (1893-1974) seraient proches, par le style, de celles - que j'apprécie aussi beaucoup - de Joseph Jongen (1873-1953), autre compositeur belge. Mais une génération sépare les deux musiciens, et le piano de Jean Absil est dans l'ensemble nettement plus moderniste et riche en harmonies "piquantes".

    Une remarque encore... Sortir des limites - posées un peu artificiellement au départ - du piano français stricto sensu pour évoquer aussi le piano belge me paraît être une bonne chose (). On pourrait en faire de même, par analogie, avec le piano suisse romand; mais là, à part celui d'Arthur Honegger et de Frank Martin, dont la production pianistique, réduite et marginale, ne m'emballe pas beaucoup, j'avoue très mal le connaître ().

    Jacques

  15. #95
    S'il faut ouvrir un nouveau fil sur le piano belge ou le piano suisse, c'est avec le plus vif intérêt que j'en suivrai le déroulement.
    Ayant écouté cet album Absil quelques mois après un récital Jongen, je trouve plus de dissemblances que de points communs entre leurs esthétiques; tous deux, quoi qu'il en soit, savent écrire merveilleusement pour le clavier, la chose me paraît indéniable. Je persiste à penser que les Marines du premier sont une manière de chef-d'œuvre.
    Parmi les grands Suisses ayant écrit pour le piano, n'oublions pas Boris Blacher. Et, dans un tout autre style, l'auteur d'"Au jardin du vieux sérail".

  16. #96
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    Boris Blacher est suisse! je savais qu'il était né en Chine...

  17. #97
    Tiens, c'est vrai! Qu'est-ce qui a bien pu m'induire en erreur?
    Je dois confondre avec un de ses élèves.

  18. #98
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    Quote Originally Posted by Gustave View Post
    Parmi les grands Suisses ayant écrit pour le piano, n'oublions pas Boris Blacher. Et, dans un tout autre style, l'auteur d'"Au jardin du vieux sérail".
    Sur YouTube, on trouve un extrait d'Au jardin du vieux sérail, suite pour piano écrite en 1913 par le compositeur et alpiniste lausannois Émile-Robert Blanchet (1877-1943).

    À son sujet, on trouve un petit article Wikipédia qui précise que "sa renommée d'alpiniste a mieux survécu que sa renommée de compositeur" et énumère toutes ses "premières ascensions" dans les Alpes ().

    Quoi qu'il en soit, voici cet extrait :

    Blanchet - Au jardin du vieux sérail - YouTube[/URL]

    Jacques

  19. #99
    Ce morceau singulier a été enregistré par deux pianistes très différents, Marc-André Hamelin et, avant lui, Ervin Nyiregyházi. Je serais curieux d'entendre le reste de la suite.

  20. #100
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    Ce morceau singulier a été enregistré par deux pianistes très différents, Marc-André Hamelin et, avant lui, Ervin Nyiregyházi. Je serais curieux d'entendre le reste de la suite.
    J'ai vu tout à l'heure que la version Hamelin figurait sur ce CD Hyperion, qui réunit des pièces de provenance et d'auteurs très divers (je ne le possède pas mais aime assez les récitals de ce genre, qui permettent parfois de faire d'intéressantes découvertes) :




    Une anecdote en passant... Émile-Robert Blanchet a été directeur du Conservatoire de Lausanne de 1905 à 1908. Or, quand Gabriel Fauré séjournait dans cette ville (une photo montre qu'il y était en 1907, notamment), où il logeait dans des hôtels qui existent toujours, il ne manquait semble-t-il jamais de rendre une petite visite audit établissement, qui devait être très honoré de sa présence ("Le directeur du Conservatoire de Paris est dans nos murs !" ).

    Il est donc fort probable que Blanchet et Fauré se sont rencontrés ().

    Ci-dessous, deux des hôtels ("Beau-Site" et "Mont Fleuri") où descendait Fauré lorsqu'il restait plusieurs jours à Lausanne, d'après Jean-Michel Nectoux ():




    Jacques

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