ZZ TEMPLATEIDLIST SOURCE
templateidlist_len=30044
FORUMHOME_assoc=5412
FORUMDISPLAY_assoc=5997
Barraqué Jean
+
Page 5 of 8 FirstFirst ... 3 4 5 6 7 ... LastLast
Results 81 to 100 of 144

Thread: Barraqué Jean

  1. #81
    Membre
    Join Date
    Nov 2007
    Location
    Entre Mulhouse et Amiens
    Posts
    535
    Bonjour,

    Au moins, ce fil aura eu le mérite de me renvoyer vers Stockhausen (parce que Barraqué, brrr, j'ai ma dose de spleen en ce moment, pas la peine d'en rajouter) : la comparaison avec le Gesang est instructive néanmoins, et finalement, après réécoute, c'est la pièce qui semble la plus prenante et la moins emm... de toutes. Conceptuelle ou pas, c'est radicalement bien fait,
    Pour le coup, j'ai enchaîné avec Gruppen, écrit entre 1955 et 1960, si je ne me trompe : chose curieuse, j'ai l'impression d'avoir entendu au moins vingt fois cette pièce à la Cité de la Musique dans le cadre de "(re)créations" par vingt autres compositeurs, ce qui nous pousserait à laisser entendre qu'en matière de composition musicale, l'establishment qui se prétend le moins réac de tous est resté au stade des années 1950, ce qui finalement, n'est guère étonnant. On comprend mieux la difficulté d'un Jean Barraqué à établir un langage pour le moins personnel...

    Enfin, moi pour ce que j'en dis, hein...

  2. #82
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Haute Provence
    Posts
    1,679
    << Je ne sais pas si je la "comprends", car je ne sais pas vraiment ce que veut dire "comprendre" une oeuvre d'art, ou même si parfois, c'est si important de comprendre.
    Je m'intéresse un peu à la poésie moderne en ce moment, et il est peut-être plus opportun de faire un lien entre son esthétique, son "obscurité préméditée" et certaines musiques du 20ème siècle plutôt qu'avec les propos de Balzac.
    Ainsi Baudelaire écrivait : "Il y a une certaine gloire à ne pas être compris" et Eugenio Montale renchérissait : "Personne n'écrirait plus de poésie si le problème était de se rendre compréhensible". >>

    C'est vrai que quand j'écris mes poèmes, par exemple:

    << Cirage lent d'un trapéziste murmuré au raccourci d'un cheval marteau,
    Je reste là,
    sur la terrasse de rigueur,
    Glanant sous les étoiles de ta main.
    On est si loin du Krend que Kerg réalisa (craignant les allusions perfides)....>>

    Je me sens tout glorieux en pensant que vous n'y pigez que dalle.

    Plus sérieusement, je crois que Mallarmé insistait beaucoup sur la notion "d'énigme" du poème, et que cette notion d'énigme estindiscociable de la notion "d'obscurité préméditée" si on veut que le rapport entre l'oeuvre et le public fonctionne.

    Une énigme c'est quelque chose qu'on ne "comprend" pas mais qui fascine, qui titille qui donne envie d'y retourner, de réfléchir, de chercher, de parler avec d'autres.

    Pour moi la différence entre la sonate de Barraqué et le Gesang de Stockhausen se situe là.
    Le mélomane lambda qui tombe par hasard sur la sonate de Barraqué à la radio zappe au bout de trois secondes parce qu'il n'y comprend rien et que cette incompréhension ne constitue pas pour lui une énigme intéressante.
    Le même mélomane qui tombe par hasard sur le Gesang sans rien connaître de l'oeuvre ni de son auteur ni des conditions de sa génèse, ne "comprendra " peut-être pas plus, aura peut-être des réactions de fou-rire, de questionnement "Qu'est-ce que c'est que ce truc?" de désaveu apparent "C'est complètement dingue!..." mais l'écoutera jusqu'au bout, en reparlera à ces amis ou à sa femme: "ce matin j'ai entendu un truc complètement cinglé...", et derrière le désaveu apparent, l'hameçon de l'oeuvre aura "ferré", parce que l'effet énigme de l'oeuvre aura cette fois complètement fonctionné.
    Illustration parfaite avec cette réaction de Vincent:

    << la comparaison avec le Gesang est instructive néanmoins, et finalement, après réécoute, c'est la pièce qui semble la plus prenante et la moins emm... de toutes. Conceptuelle ou pas, c'est radicalement bien fait >>

  3. #83
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Haute Provence
    Posts
    1,679
    << ce qui nous pousserait à laisser entendre qu'en matière de composition musicale, l'establishment qui se prétend le moins réac de tous est resté au stade des années 1950, ce qui finalement, n'est guère étonnant.>>

    Je suis le seul à croire reconnaître une réminiscence des Métaboles de Dutilleux dans Répons de Boulez?
    C'est grave, docteur?...

  4. #84
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Lynchburg, Virginia & Bethesda, Maryland
    Posts
    1,579
    Quote Originally Posted by Alfredo View Post
    La démarche de barraqué, clairement définie par la citation de philippe Barraqué au début de ce fil, me fait penser à celle du héros de la nouvelle "Le chef d'oeuvre inconnu" de Balzac". A quoi bon faire un chef d'oeuvre qui sera totalement incompréhensible pour le commun des mortels, (hormi quelques rares initiés)?
    Sur ce point particulier, vous devriez, si vous ne l'avez déjà fait lire l'article de Milton Babbitt "Who cares if you listen", dont le vrai titre est "The composer as a specialist".

    Cela donne un éclairage fort différent.

    Je redis quand même que toute innovation est, au départ, totalement incompréhensible au commun des mortels. Pourtant les capacités de l'intelligence humaine ne sont pas bornées et sa capacité d'innovation est permanente et infinie.

  5. #85
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Paris
    Posts
    5,974
    Quote Originally Posted by Alfredo View Post

    Pour moi la différence entre la sonate de Barraqué et le Gesang de Stockhausen se situe là.
    Le mélomane lambda qui tombe par hasard sur la sonate de Barraqué à la radio zappe au bout de trois secondes parce qu'il n'y comprend rien et que cette incompréhension ne constitue pas pour lui une énigme intéressante.
    Le même mélomane qui tombe par hasard sur le Gesang sans rien connaître de l'oeuvre ni de son auteur ni des conditions de sa génèse, ne "comprendra " peut-être pas plus, aura peut-être des réactions de fou-rire, de questionnement "Qu'est-ce que c'est que ce truc?" de désaveu apparent "C'est complètement dingue!..." mais l'écoutera jusqu'au bout, en reparlera à ces amis ou à sa femme: "ce matin j'ai entendu un truc complètement cinglé...", et derrière le désaveu apparent, l'hameçon de l'oeuvre aura "ferré", parce que l'effet énigme de l'oeuvre aura cette fois complètement fonctionné.
    >
    Mais désolé, pour moi c'est quasiment l'inverse, sinon que je n'aurais pas ce genre de réaction choquée à l'écoute de la sonate de Barraqué, je me contenterai d'être attentif et intéressé.
    Mais Gesang... me laisse au bord du chemin à la première poignée de secondes et je cesse d'écouter, car rien ne m'indique que je devrais avoir quoi que ce soit à écouter.

    Et naturellement, j'y préfère mille fois n'importe quelle oeuvre de Boulez, sauf peut-être Anthèmes qui m'est très pénible à cause du traitement infligé à l'instrument.

  6. #86
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Région parisienne
    Posts
    1,192
    Quote Originally Posted by Alfredo;82246

    Plus sérieusement, je crois que Mallarmé insistait beaucoup sur la notion [B
    "d'énigme" du poème[/B], et que cette notion d'énigme estindiscociable de la notion "d'obscurité préméditée" si on veut que le rapport entre l'oeuvre et le public fonctionne.

    Une énigme c'est quelque chose qu'on ne "comprend" pas mais qui fascine, qui titille qui donne envie d'y retourner, de réfléchir, de chercher, de parler avec d'autres.

    Pour moi la différence entre la sonate de Barraqué et le Gesang de Stockhausen se situe là.
    Le mélomane lambda qui tombe par hasard sur la sonate de Barraqué à la radio zappe au bout de trois secondes parce qu'il n'y comprend rien et que cette incompréhension ne constitue pas pour lui une énigme intéressante.
    Le même mélomane qui tombe par hasard sur le Gesang sans rien connaître de l'oeuvre ni de son auteur ni des conditions de sa génèse, ne "comprendra " peut-être pas plus, aura peut-être des réactions de fou-rire, de questionnement "Qu'est-ce que c'est que ce truc?" de désaveu apparent "C'est complètement dingue!..." mais l'écoutera jusqu'au bout, en reparlera à ces amis ou à sa femme: "ce matin j'ai entendu un truc complètement cinglé...", et derrière le désaveu apparent, l'hameçon de l'oeuvre aura "ferré", parce que l'effet énigme de l'oeuvre aura cette fois complètement fonctionné.
    Illustration parfaite avec cette réaction de Vincent:

    << la comparaison avec le Gesang est instructive néanmoins, et finalement, après réécoute, c'est la pièce qui semble la plus prenante et la moins emm... de toutes. Conceptuelle ou pas, c'est radicalement bien fait >>
    Je ne comprends pas très bien cette référence au mélomane lambda.
    Je suis une lectrice lambda de la poésie, je n'y connais pas grand chose, mis à part les textes des mélodies que j'accompagne, est-ce que cela va m'empêcher de chercher comment lire et apprécier Mallarmé ou un autre, ou d'être "titillée" par leurs écrits ?
    Ou par les explications philosophiques de Théo alors que je n'ai ni connaissances en ce domaine et ni sens abstrait ?
    Pourquoi la sonate de Barraqué ne pourrait-elle pas être elle aussi une énigme intéressante ?
    Austère et abstraite, certes, mais qui pourrait pour cela aussi donner envie d'y retourner, de réfléchir, de chercher, de parler avec d'autres ?
    Je me demande même si je ne m'en lasserais pas moins vite que de Gesang, justement...(mais je n'ai pas beaucoup de goût pour la musique électronique)

    Si on raisonne en ces termes, combien de mélomanes plus ou moins lambdas risquent de fermer la radio s'ils tombent sur la Grande Fugue ?

  7. #87
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Lynchburg, Virginia & Bethesda, Maryland
    Posts
    1,579
    Une énigme est aussi et avant tout quelque chose qu'on veut apprendre à résoudre

    Je suis surpris, Alfredo, puisque vous enseignez, que vous ne mettiez pas en lumière la notion d'apprendre, qui est d'ailleurs au coeur de l'article de Milton Babbitt: le compositeur comme spécialiste.

    Il y a bien sûr différents niveaux d'apprentissage envisageables et je ne prétends nullement avoir compris et résolu la partition des Makrokosmos de George Crumb, mais il y a toujours un niveau de savoir et d'apprentissage supplémentaire et toujours un besoin de l'intelligence humaine de se rapprocher d'un certain niveau de résolution.

    Les compositeurs de l'école de Darmstadt et les américains d'après guerre n'avaient pas honte de mettre en avant cette composante, qui est effectivement très éloigné de ce que me répond Fred Audin sur la musique de John Adams (on the transmigation of souls en l'occurence) " la musique qui élève l'auditeur et parle à l'intelligence....je me méfie".

    Moi, je ne m'en méfie pas du tout: c'est même la seule qui a ma considération.

  8. #88
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Région parisienne
    Posts
    1,192
    Quote Originally Posted by Vincent H View Post
    Pour le coup, j'ai enchaîné avec Gruppen, écrit entre 1955 et 1960, si je ne me trompe : chose curieuse, j'ai l'impression d'avoir entendu au moins vingt fois cette pièce à la Cité de la Musique dans le cadre de "(re)créations" par vingt autres compositeurs, ce qui nous pousserait à laisser entendre qu'en matière de composition musicale, l'establishment qui se prétend le moins réac de tous est resté au stade des années 1950, ce qui finalement, n'est guère étonnant. On comprend mieux la difficulté d'un Jean Barraqué à établir un langage pour le moins personnel...

    Enfin, moi pour ce que j'en dis, hein...
    C'est une critique qu'on lit souvent sur ce forum, la médiocrité de la création musicale actuelle, le manque d'originalité ou de personnalité des compositeurs d'aujourd'hui, l'impression de déjà vu, déjà entendu, à laquelle peut s'ajouter une légère condescendance pour ceux qui utilisent (encore ! ) le langage sériel.
    Pourtant, aux alentours de 1800, quelle était la proportion de compositeurs qui avaient trouvé leur voie propre et qui n'écrivaient pas plus ou moins à la manière de Haydn ou Mozart ?

  9. #89
    Associé
    Join Date
    Nov 2007
    Location
    Saint-Julien-Molin-Molette
    Posts
    6,339
    Certes. Et combien ont sombré dans un (juste et) total oubli? La majorité, je suppose...


  10. #90
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Haute Provence
    Posts
    1,679
    << Je redis quand même que toute innovation est, au départ, totalement incompréhensible au commun des mortels.>>

    Je pense exactement l'inverse.

    L'histoire de l'art est remplie de contre-exemples à cet argument spécieux qu'on nous ressert régulièrement pour justifier le fait que depuis la derinière guerre toute une partie de la création musicale n'a pas su intéresser le public, en rejettant la faute sur un public supposé a priori ignare et rétif à toute nouveauté.

    Toute innovation provoque les hauts cris et la levée de boucliers non pas du "commun des mortels" mais d'une "intelligentsia" constituée par les défenseurs de l'art "installé" par la génération précédente. Ce qui est totalement différent.
    C'est la génération des Gérome et autres peintres pompiers qui avaient désavoué violemment le travail de Monet et des impressionnistes, pas le public.
    C'est la génération des Saint-Saens et Autres Ambroise Thomas qui tentait de nier le génie de Debussy et de barrer la route au compositeur, pas le grand public qui avait acclamé et bissé les créations du prélude à l'après-midi d'un faune et des deux premiers nocturnes.

    Vous ne faites pas exception à la règle, et vous illustrez vous-même, Tahar, parfaitement cette idée lorsque vous vous emportez ainsi:
    << La troisieme symphonie de Gorecki, la plupart des oeuvres de Part, la majeure partie des oeuvres des huit dernieres annees d'Adams, et le dernier Christopher Rouse sont non seulement artistiquement megalo, mais puent la non sincerite, et le surf sur la vague new age, reconquete spirituelle et patin couffin, et cela ne gene personne.>>

    C'est sûr!... L'innovation et l'avant-garde, c'était mieux autrefois!... Au bon vieux temps!...
    On en est convaincu, surtout quand on fait partie de l'intelligentsia.
    Par contre, accepter l'idée que John Adams est un des rares créateurs à avoir apporté une réponse réellement intelligente et pertinente aux théories de Darmstadt et de Boulez, c'est une remise en cause insupportable et obscène de ce en quoi vous avez cru!...
    Et d'une certaine manière, vous réagissez comme les parents de la génération de l'après 68 découvrant avec horreur que leurs enfants faisent leur crise d'adolescence d'une façon diamètralement opposée à la leur:
    "La contestation, et l'opposition aux parents, c'était mieux avant!..."

    << Une énigme est aussi et avant tout quelque chose qu'on veut apprendre à résoudre>>

    Non! Pas forcément! Le mystère fascine tant qu'il est irrésolu.
    Je serai très malheureux le jour où j'aurai complètement "compris" Pelleas et Melisande.Je suis content que cette oeuvre conserve encore autant de mystères, même après cent écoutes.

    Actuellement même des séries télé ("Lost" est l'exemple parfait) misent (plus ou moins habilement et souvent très commercialement) sur cette idée.
    Un film comportant une énigme policière qui peut se résoudre n'a d'intérêt que la première fois qu'on le voit, à condition qu'on ne nous ait pas raconté la fin.
    Le marché du DVD a provoqué une forte demande de film "énigmatiques" mais "sans solution" susceptibles d'être revus un grand nombre de fois, comme "L'armée des douze singes" ou "Donnie Darko".
    Tous ne sont pas des chefs d'oeuvre et les ficelles du procédé commencent à se voir avec la répétition des mêmes structures narratives. Mais Unberto Eco avait bien exposé dans la postface du "Nom de la Rose" en quoi la lecture d'un polar avait des liens secrets avec la quête métaphysique.

    << Pourquoi la sonate de Barraqué ne pourrait-elle pas être elle aussi une énigme intéressante ?
    Austère et abstraite, certes, mais qui pourrait pour cela aussi donner envie d'y retourner, de réfléchir, de chercher, de parler avec d'autres ?
    Je me demande même si je ne m'en lasserais pas moins vite que de Gesang, justement...(mais je n'ai pas beaucoup de goût pour la musique électronique)>>

    << Mais désolé, pour moi c'est quasiment l'inverse, sinon que je n'aurais pas ce genre de réaction choquée à l'écoute de la sonate de Barraqué, je me contenterai d'être attentif et intéressé.
    Mais Gesang... me laisse au bord du chemin à la première poignée de secondes et je cesse d'écouter, car rien ne m'indique que je devrais avoir quoi que ce soit à écouter.>>

    Disons que vous n'êtes pas ce que j'appelle des "mélomanes lambda", mais ce que vous dites ne contredit pas l'importance de "l'énigme" et du "mystère" dans l'art. Chacun peut voir su mystère là où l'autre ne le ressent pas et vice-versa.

  11. #91
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Fès
    Posts
    1,250
    Quote Originally Posted by Chiarina View Post
    C'est une critique qu'on lit souvent sur ce forum, la médiocrité de la création musicale actuelle, le manque d'originalité ou de personnalité des compositeurs d'aujourd'hui, l'impression de déjà vu, déjà entendu, à laquelle peut s'ajouter une légère condescendance pour ceux qui utilisent (encore ! ) le langage sériel.
    Pourtant, aux alentours de 1800, quelle était la proportion de compositeurs qui avaient trouvé leur voie propre et qui n'écrivaient pas plus ou moins à la manière de Haydn ou Mozart ?
    Quelle proportion de compositeurs écrivant plus au moins à la manière de Haydn ou Mozart (aux alentours de 1800) sont passés à la postérité comme des génies ou de grands compositeurs ? Très très peu. Et cela risque d'être comparable pour les créateurs composant alla Darmstadt. Et là on parle uniquement du tri effectué par la postérité (et vu de l'Europe et des USA principalement) sur une petite période de trois à quatre siècles. Qu'en sera-t-il dans 100 000 ans ? Quel catalogue de la "postérité musicale" nous sera délivré par je ne sais quelle civilisation ou quelle "Vienne ou Darmstadt du futur" ?

    Mélomane Lambda

  12. #92
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Paris
    Posts
    5,974
    A mon avis les compositeurs qui font du sérialisme intégral ou à peu près aujourd'hui ne forment pas un parallèle avec les compositeurs plus ou moins mineurs qui en 1800 composaient comme en 1760 (parce que dire "comme Haydn ou Mozart... en 1800" ne dénoterait tout de même pas des attardés! Beaucoup étaient en 1800 en retard sur le Haydn de 1770!).

    La raison en est que, comme j'ai déjà essayé de l'expliquer sur le fil Debussy, ces compositeurs là en 1800 alimentaient un modèle académique (le terme est multi connoté mais tant pis) permettant la subsistance et l'accroissement de celui-ci au profit de quelques génies lui permettant de se renouveler.

    C'est d'ailleurs une idée que je remets sur la table dans le petit corpus de citations que je fais dans le fil sur Wittgenstein et Kraus, notamment en soulignant la pertinence du parallèle que Pierre-Yves Soucy fait entre le romantisme allemand (celui de 1800-1850) et la conception de Wittgenstein de la culture comme organisation fixant des fins partagées aux individus, lesquelles oeuvrent à ces fins et no à leurs fins individuelles, y compris et surtout aux plans artistiques.

    Ce qui bat en brèche l'idée que le romantisme allemand ait été, du moins de façon essentielle, un idéal voire une idéologie du génie individuel comme fin en soi, et en ce sens un indvidualisme libéralement créateur mue par le désir forcené d'accomplissement-épanouissement personnel.

    Or, le modèle de la création musicale contemporaine, qui est viscéralement attaché au concept contemporain de culture - inverse à ceux que je viens de mentionner - relève bien d'un individualisme libéralement créateur mue par le désir forcené d'accomplissement-épanouissement personnel. Ce que l'adhésion plus ou moins massive à une certaine norme compositionnelle (dont on n'a conservé que la coque coneptuelle sans aucune substance stylistique et spirituelle) ne saurait, à mon sens, cacher.

  13. #93
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Région parisienne
    Posts
    1,192
    Quote Originally Posted by Theo B View Post
    Or, le modèle de la création musicale contemporaine, qui est viscéralement attaché au concept contemporain de culture - inverse à ceux que je viens de mentionner - relève bien d'un individualisme libéralement créateur mue par le désir forcené d'accomplissement-épanouissement personnel. Ce que l'adhésion plus ou moins massive à une certaine norme compositionnelle (dont on n'a conservé que la coque coneptuelle sans aucune substance stylistique et spirituelle) ne saurait, à mon sens, cacher.
    Sur quoi t'appuies-tu précisément pour en arriver à cette constatation ?
    Toute création musicale contemporaine est-elle forcément le reflet de son époque et de ses tendances ? Et sont-elles toutes négatives ?
    Je ne comprends pas cette allusion à la norme dont on n'aurait conservé que la coque, cela revient donc à dire comme Vincent que tout se ressemble, dans une espèce de vide médiocre ?
    Le déchet, les ratés sont inhérents à la notion d'expérience, de risque et de création.
    Mais j'ai justement l'impression que le panorama d'aujourd'hui est plus divers et "bigarré" qu'en 1760 ou 1800.

  14. #94
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Paris
    Posts
    5,974
    Mais justement! Je dis que ce bigarrement et cette diversité sont, sinon directement nuisibles, du moins les symptômes d'une ère an-artistique.

  15. #95
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Haute Provence
    Posts
    1,679
    Je reviens sur une phrase de Tahar:

    << La troisieme symphonie de Gorecki, la plupart des oeuvres de Part, la majeure partie des oeuvres des huit dernieres annees d'Adams, et le dernier Christopher Rouse sont non seulement artistiquement megalo, mais puent la non sincerite.>>

    Difficile de savoir ce qui est sincère et ce qui ne l'est pas.
    Comment peut-on être aussi affirmatif en parlant de "non-sincérité" ?

    Je vais délibérément choquer:
    Guernica de Picasso est-elle une oeuvre "sincère" ou la plus habile stratégie publicitaire d'auto-promotion jamais conçue par un artiste mégalo, utilisant un drame collectif comme plate-forme de marketing pour son travail et pour son égo?
    Qui pourra répondre à cette question de façon affirmative et certaine?
    (...je crois qu'un émule a composé une "Sarajevo-symphonie" au moment de l'éclatement de la Yougoslavie...)

    J'ai envie de dire que le suicide de Barraqué a été sa dernière oeuvre et la preuve irréfutable de sa sincérité.

  16. #96
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Paris
    Posts
    5,974
    Quote Originally Posted by Alfredo View Post

    J'ai envie de dire que le suicide de Barraqué a été sa dernière oeuvre et la preuve irréfutable de sa sincérité.
    Ne le prenez pas mal, mais le fait précis que vous ayez envie de le dire (comme acte, voire réflexe d'expression) me semble en dire long sur le degré de pollution du concept contemporain de culture centré sur l'accomplissement individuel. Dont le suicide, il est vrai, est une forme particulièrement accomplie dans son genre.

    Le problème avec le suicide, c'est qu'il admet difficilement qu'une somme de contributions individuelles selon un modèle donné soutienne le génie du suicide de quelques élus!

  17. #97
    Membre
    Join Date
    Nov 2007
    Location
    Entre Mulhouse et Amiens
    Posts
    535
    Quote Originally Posted by Chiarina View Post
    C'est une critique qu'on lit souvent sur ce forum, la médiocrité de la création musicale actuelle, le manque d'originalité ou de personnalité des compositeurs d'aujourd'hui, l'impression de déjà vu, déjà entendu, à laquelle peut s'ajouter une légère condescendance pour ceux qui utilisent (encore ! ) le langage sériel.
    Pourtant, aux alentours de 1800, quelle était la proportion de compositeurs qui avaient trouvé leur voie propre et qui n'écrivaient pas plus ou moins à la manière de Haydn ou Mozart ?
    Ce n'est pas une tare d'utiliser le langage sériel, mais après tout, n'est-ce pas un juste retour de bâton : je réitère sans problème ce que j'écris là-haut, à savoir que tout se ressemble, et je dirais même à dessein. Simplement, il est intéressant qu'à force de vouloir absolument parler de "progrès" en musique (concept que je rejette et que je vomis avec la même promptitude que mon boudin blanc aux huîtres les lendemains de réveillon), les générations nouvelles ayant reçu la bénédiction de la précédente écrivent dans le même style que Karlheinz, Pierre, Luigi et György dans les années 1950-1960.
    Ce n'est pas que je tiens à être de mauvaises foi, mais en 1850, les compositeurs étaient loin d'utiliser les mêmes techniques d'écritures que celles de 1800 (ça marche aussi avec n'importe quelle date) et pas seulement au nom de cet hypothétique progrès qui me fait d'ailleurs bien marrer.

    Oups, pardon.

  18. #98
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Haute Provence
    Posts
    1,679
    << Ne le prenez pas mal, mais le fait précis que vous ayez envie de le dire (comme acte, voire réflexe d'expression) me semble en dire long sur le degré de pollution du concept contemporain de culture centré sur l'accomplissement individuel. Dont le suicide, il est vrai, est une forme particulièrement accomplie dans son genre.>>

    C'est à peu près ce que je voulais dire au début de ce fil quand j'ai écrit que Barraqué était une "victime innocente du sérialisme meurtrier" et un "héros romantique sériel" .

    Le degré ultime de pollution du concept de culture, c'est Stockhausen qualifiant l'attentat du 11 Septembre de "plus grand événement théatral de tous les temps" ou quelque chose de ce genre.

    Cette image de l'artiste contemporain a été parfaitement caricaturée par le dessinateur Bilal avec son personnage de War-Hole, organisant des tueries collectives savamment calculées ou le sang des victimes dessine sa signature sur les murs blancs, ou autres joyeusetés de ce genre.

    << je réitère sans problème ce que j'écris là-haut, à savoir que tout se ressemble, >>

    pas Captain Beefheat tout de même?...
    Au fait, le considérez vous comme un authentique créateur de l'après-guerre (artiste complet: peintre, musicien et poète) au même titre qu'un Basquiat ou non?...

    On peut difficilement classer ça dans le domaine de la musique de variétés, non? :

    YouTube - ELLA GURU II


    YouTube - CAPTAIN BEEFHEART---THE BLIMP

  19. #99
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    Paris
    Posts
    5,974
    Bon ben, au moins, vous me comprenez!

  20. #100
    Membre
    Join Date
    Oct 2007
    Location
    On sent la mer d'ici
    Posts
    803
    Quote Originally Posted by Theo B View Post
    Ne le prenez pas mal, mais le fait précis que vous ayez envie de le dire (comme acte, voire réflexe d'expression) me semble en dire long sur le degré de pollution du concept contemporain de culture centré sur l'accomplissement individuel. Dont le suicide, il est vrai, est une forme particulièrement accomplie dans son genre. (.....)
    Ah oui, de même les "indispensables" explications des oeuvres y compris sur les partitions, ça me fait un peu bizarre.

+
Page 5 of 8 FirstFirst ... 3 4 5 6 7 ... LastLast

     

Posting Permissions

  • You may not post new threads
  • You may not post replies
  • You may not post attachments
  • You may not edit your posts