Je viens de mettre sur mon compte SM la Symphonie n° 10 "Amerindia" pour ténor, baryton, basse, choeur et orchestre. Orchestre Radio Symphonique de la SWR de Stuttgart, Carl Stclair !
Je vais bientôt écouter cette version que je ne connais pas. Je pourrai ainsi m'en faire une idée avant l'achat que j'envisage du coffret de toutes les symphonies (label "cpo") .
l'achat que j'envisage du coffret de toutes les symphonies (label "cpo")
Cette intégrale des symphonies, j'ai bien sûr fini par l'acheter (c'était à la fin de l'an dernier). Et inutile de dire que je ne l'ai pas regretté .
Dans un registre plus modeste, j'ai réécouté aujourd'hui ce disque belge réunissant la totalité des compositions de Villa-Lobos pour violon et piano :
Toutes écrites entre 1912 et 1920, ces oeuvres ne sont certes pas d'une importance capitale. Mais dans la plupart d'entre elles se retrouvent cette "générosité" et cette "inventivité" si caractéristiques du compositeur brésilien, et elles s'écoutent avec plaisir .
A propos de la Sonate No 3, Harry Halbreich, auteur du texte de la brochure jointe à l'album, écrit ce qui suit :
"La Troisième Sonate pour violon et piano est un témoignage de pleine maturité créatrice, et doit être comptée au nombre des chefs-d'oeuvre de Villa-Lobos, avec son langage audacieux, totalement libre d'influences, et sa grande force expressive. Curieusement, la biographe Lisa Peppercorn ignore totalement cette sonate, pourtant la plus importante des trois. On sait peu de choses sur cette oeuvre, qui fut écrite en 1920, probablement jouée à Paris dans un concert de la S.M.I. (Société Musicale Indépendante) au cours des années 1920 et publiée par Eschig en 1953. Ses trois mouvements de forme très libre se répartissent en fait en deux grandes parties, l'immense premier mouvement lent égalant en durée la somme des deux autres, rapides, qui sont apparentés par leur matière thématique. C'est à bon droit qu'on a pu dire de cette oeuvre imposante qu'il s'agissait davantage d'une page symphonique pour deux instruments que d'une sonate."
La question a bien sûr déjà été traitée sur ce fil . C'est toutefois intéressant, je crois, d'entendre Villa-Lobos y répondre lui-même à sa façon. De surcroît en français, avec son accent portugais (ou plutôt brésilien), à l'occasion d'une conférence qu'il donna à Paris le 29 mai 1958.
L'enregistrement que permet d'entendre la vidéo ci-dessous est certes de qualité médiocre (bruit de fond important), mais j'ai trouvé amusant la manière dont il s'exprime, plus primesautière et "instinctive" que "savante", si j'ose dire ().
Il est suivi de la pièce pour orchestre intitulée "O Trenzinho do Caipira" ["Le Petit Train du Paysan"], quatrième de Bachianas Brasileiras No 2, enregistrée en monophonie le 11 mai 1956 par l'Orchestre National de la Radiodiffusion Française dirigé par le compositeur en personne (NB : à propos des trois dernières images, récentes et en couleur, je précise que le tortillard qui s'arrête à la modeste gare de Marumbi, dans l'Etat montagneux du Paraná, au sud du Brésil, fait aujourd'hui davantage la joie des touristes que celle des paysans, mais c'est un joli petit train quand même ).
Voici trois ans, il avait été fait grand cas sur ce fil de la remarquable intégrale des Choros parue chez Bis (enregistrements réalisés entre 2003 et 2006).
Pour ceux des Choros faisant appel à l'orchestre (avec ou sans instrument soliste), soit l'Introduction aux Choros ainsi que les Nos 6 et 8 à 12, leur interprétation par l'Orchestre Symphonique de São Paulo dirigé par John Neschling avait fait l'objet dans la presse (notamment sous la plume de notre ami Vincent) de maints articles particulièrement élogieux.
Aussi, n'ayant encore aucune version de Floresta do Amazonas (LaForêt d'Amazonie), un immense poème symphonique pour grand orchestre (y compris divers instruments exotiques rares), choeur d'hommes et soprano composé par Villa-Lobos en 1958 (environ un an avant sa mort), n'ai-je pas hésité longtemps avant de choisir cette version, enregistrée en 2007 par la même équipe et censée être la plus complète à ce jour (78 minutes) :
Or, venant d'écouter cet album, le moins que je puisse dire est que j'en suis sorti "soufflé" ()...
Cela dit, pardon de ne pas faire l'effort, pour décrire un tel "monument", de remarques de mon cru (présentation, avis personnel, etc.). Car tout m'est servi comme sur un plateau par
- ces deux articles parus sur l'Internet, auxquels je me permets de renvoyer le lecteur : l'un ici (ResMusica), l'autre là (Tutti magazine);
- l'appréciation ci-après (à laquelle je souscris entièrement), publiée en octobre 2011 par un client mélomane, éclairé et satisfait d'un grand site de vente par correspondance :
"Quelle magnifique surprise que cette version enfin intégrale de Floresta do Amazonas de Villa-Lobos. Une oeuvre immense mêlant l'art populaire de la chanson brésilienne à celui de la fresque symphonique la plus complexe et le plus élaborée. Il ne faut pas néanmoins chercher ici une quelconque couleur locale. Villa-Lobos a étudié et perfectionné son art en Europe. Il y est devenu un maître de l'orchestration. Les numéros se suivent et montrent l'infinie variété de son style : de la plus grande simplicité aux débordements orchestraux les plus élaborés (cf. le départ pour la chasse). Louons aussi la prise de son et l'interprétation, fine, claire, équilibrée, incisive lorsqu'il convient, qui nous prouvent la valeur des orchestres non-occidentaux, leur technique et leur immense virtuosité. Cette oeuvre est une splendeur, une des oeuvres phares de la musique symphonique du XXème siècle. Elle est d'un maître. Remercions le label suédois Bis de se livrer à la révélation quasi intégrale de l'oeuvre du Brésilien dans des disques tous plus somptueux les uns que les autres. Un chef d'oeuvre."
Hé bien pour ma part j'ignorais les détails de la composition de cette oeuvre, et la lecture des articles montrés (Tutti et ResMusica) est très intéressante, merci
Merci, Philippe () et Mah70 (), pour vos interventions.
La version de Floresta do Amazonas dirigée par Villa-Lobos lui-même en 1959 et figurant dans la Bibliotèque musicale du forum est superbe aussi. C'est une véritable référence, de surcroît captée dans une magnifique stéréo (contrairement à la plupart des autres enregistrements laissés par le compositeur). Si elle est beaucoup plus courte (47 minutes) que celle enregistrée quarante-huit ans plus tard par Neschling (78 minutes), c'est qu'il s'agit d'une suite tirée de l'oeuvre complète, reprenant les morceaux que Villa-Lobos considérait comme étant les plus importants.
Je ne connais pas, en revanche, les deux enregistrements russes signalés. Mais je suppose qu'ils ont chacun leurs mérites (encore que l'auteur de l'article paru sur Tutti considère comme "terne", comparée à celle de Neschling, la version dirigée par Heller).
Quant au fait que cette musique fasse "florès à Moscou" (), peut-être est-ce dû à l'attrait irrésistible exercé sur les Russes par un certain exotisme sud-américain, évoquant pour eux des régions particulièrement lointaines et séduisantes, en tout cas très différentes des leurs ().
Pour information, la version Heller dure 74 minutes et comporte 20 plages, celle de Svetlanov dure 69 minutes et comporte... 1 plage. Merci Russian Disc
Pour information également, voici le détail des plages de Heller, avec minutages, tel que copié/collé depuis Amazon:
1. Overture 2:05
2. Deep in the Forest 5:03
3. Excitement Among the Indians 6:11
4. First Bird Song 4:03
5. Nature's Dance 3:33
6. Second Bird Song 3:21
7. Vocalise 3:12
8. Sails 3:21
9. On the way to the Hunt 5:12
10. Third Bird Song 2:22
11. Twilight Song 2:38
12. The Indians in Search of the Girl 2:19
13. Fourth Bird Song 3:47
14. Rima's Music 4:48
15. Vocalise 1:23
16. Head Hunters 5:58
17. Love Song 4:37
18. Sentimental Melody 3:34
19. Forest Fire 3:46
20. Finale 2:42
Les précisions détaillées que vous avez fournies me seront fort utiles .
Je n'exclus en effet pas d'acquérir plus tard aussi la version d'Alfred Heller, eu égard à la chanteuse (). Et vu le minutage indiqué, ainsi que le nombre de plages, je ne vois pas trop en quoi l'enregistrement de John Neschling serait encore "plus complet" ().
Quant à l'album d'Evgueny Svetlanov, un chef que j'apprécie pourtant énormément, surtout dans le répertoire russe, le fait qu'il ne comporte qu'une seule plage me paraît quand même rédhibitoire (). J'ai plusieurs disques anciens de ce genre (avec par exemple une longue symphonie où il est impossible d'accéder directement aux mouvements autres que le premier), et chaque fois ça m'énerve au plus haut point (... ).
Cela dit, je reste très satisfait de la superbe version que j'ai achetée (Neschling), et je la recommande sans réserve ().
Comme son nom ne l'indique pas du tout, Jan Wagner est natif de Caracas (je crois), l'orchestre d'Odense est Danois, la maison de disque Bridge est basée à New Rochelle aux USA, juste à-coté de New York, et le disque est entièrement consacré à un compositeur brésilien. La mondialisation dans toute son horreur...
C'est un enregistrement soigné, musicalement inattaquable, avec un orchestre plein aux sonorités subtiles, dans une belle prise de son. À mon goût, ça manque quand même de puissance ou d'impact de la part de l'orchestre, et d'imagination de la part du chef. Le dernier mouvement de la 4e Bachianas Brasileiras, par exemple, est intitulé "Dansa (Mindinho)" et il ne dans pas beaucoup. Dans le même genre d'idées, il n'y a guère d'explosivité dans certains passages vigoureux de Uirapurù (et il y en a dans ce ballet écrit en 1917 sous l'effet du passage des Ballets Russes à Rio, et je peux même gager que Diaghilev avait programmé l'Oiseau de feu et le Sacre). Les passages plus calmes et rêveurs sont bien mieux négociés. Ce n'est sans doute pas pour rien que, de toutes les Bachianas, c'est la 4e qui a été choisie: elle comporte trois mouvement lents avant la Danse déjà signalée.
Quant à la musique c'est, pour les trois œuvres, du meilleur Villa-Lobos, donnant un large éventail des possibilités de l'auteur: d'un certain volontarisme (très imaginatif, d'une rare luxuriance orchestrale) pour Uirapurù au rare Emperor Jones avec ses effets sonores et ses couleurs plus apaisées.
Merci, Mah70 (), d'avoir signalé cet album du label Bridge.
Je ne vais pas tarder à me le procurer ().
Cela dit, je relève cette petite coïncidence à propos de Villa-Lobos : j'avais justement mis en ligne ce matin sur YouTube la vidéo ci-dessous, avec l'une de ses oeuvres, l'Introdução aos Choros pour guitare et orchestre (1929), qui apparemment n'y figurait pas encore (du moins pas, comme ici, avec des photos prises à Rio vers la même époque ).
Je l'avais brièvement commentée ainsi :
"Introdução aos Choros (Introduction aux Choros), pour guitare et orchestre, fut composée par Villa-Lobos en 1929, après l'achèvement de son cycle des Choros. Cette pièce a été conçue comme un prélude à l'ensemble, une introduction à une exécution complète du cycle, où le compositeur revient aux thèmes présentés tout au long de la série et montre que celle-ci doit être considérée comme une seule entité. À l'extrême fin de la pièce (vers 13:16 sur la vidéo) sont d'ailleurs énoncées les premières notes du Choros No 1 pour guitare solo, censé être joué immédiatement après.
Les interprètes sont l'Orchestre Symphonique de São Paulo, dirigé par John Neschling, et le guitariste Fabio Zanon. Les quelques images sont des photos d'époque, prises à Rio de Janeiro."
Quand j'avais environ onze ans et ma soeur quinze, je savais tout ou presque, grâce à elle, de musiciens brésiliens comme Luis Bonfá (1922-2001), Antônio Carlos Jobim (1927-1994) et Roberto Baden-Powell (1937-2000). Obnubilée par le film musical "Orfeo Negro" de Marcel Camus (Palme d'or au Festival de Cannes 1959), ma soeur avait en effet commencé à apprendre le portugais et, grâce à la dame qui lui enseignait cette langue, s'était déniché un correspondant épistolaire du même âge qui habitait Rio et lui envoyait quantité de photos et de disques 45 tours. C'est dire si j'ai été abreuvé de samba et de guitare brésilienne à cette époque (), en particulier des trois auteurs précités, tout cela sans avoir encore entendu une seule note de Villa-Lobos.
Mais lorsque, plus tard, j'ai découvert son célèbre Choros No 1 pour guitare solo, composé en 1920, j'ai eu très vite l'impression que c'était notre compositeur qui avait "tout inventé" et que Bonfá, Jobim, Baden-Powell et bien d'autres n'avaient été, dans le domaine de la musique populaire brésilienne de la fin des années '50 (plus précisément de la "bossa nova", style issu de la samba et du "cool jazz"), que des continuateurs à leur manière.
À l'époque (1988/89) où Naxos était un label "cheap" dans les deux sens du terme (1/ bon marché [il l'est toujours]; 2/ de médiocre qualité [ce n'est plus du tout le cas]), était toutefois paru cet excellent récital de guitare brésilienne () qui fut acclamé par la critique :
J'ai donc tiré de ce disque la petite vidéo ci-dessous, qui permet d'entendre successivement :
[00:00] Choros No 1, de Heitor Villa-Lobos (NB : on constatera que les quatre dernières notes de Introdução aos Choros, jouées au cor anglais, sont bien les quatre premières de cette pièce);
[05:02] Passelo no Rio, de Luis Bonfá;
[08:12] Wave, d'Antônio Carlos Jobim;
[10:43] Deve ser amor, de Roberto Baden-Powell.
Hors un Magnificat de 7 minutes qui comporte un orchestre (et qui, dans son genre "franc du collier" vaguement pompeux, n'est pas le plus intéressant du disque) il s'agit d'un programme pour choeur a capella.
Le gros du peloton est constitué par une Missa São Sebastão (Saint Sébastien étant le saint patron de Rio), 33 minutes de simili musique ancienne assez réussie dans sa copie où l'on ne sent absolument pas la date de composition - 1936. A quelques très rares intonations près, ça pourrait passer pour une composition du XVIe siècle. Autant dire que ce n'est guère brésilien ni typique de l'auteur, même si ça s'écoute volontiers.
Les menus brimborions casés entre cette messe qui ouvre le disque et le Magnificat qui le termine sonnent eux très XXe siècle - pas loin de Poulenc, par exemple - avec ce qu'il faut de modulations étranges et de frottements harmoniques. C'est bien écrit pour le chœur, ça sonne gentiment large, c'est à la fois assez simple (c'est écrit pour des amateurs ou des élèves) et quand même original, avec parfois des thèmes superbes. Mon favori est le Praesepe, mais il y en a d'autres très réussis aussi.
Le chœur est anglais, c'est dire si c'est soigné dans l'intonation, mais on repassera pour l'éventuelle ambiance "samba"
Avec cet album Hyperion signalé par Mah70 (), je suis heureux de voir que la discographie de Villa-Lobos ne cesse de s'enrichir, même si ce n'est pas demain que toute la musique de ce compositeur ultra-prolifique (environ 1'000 oeuvres ) sera disponible au disque.
J'en profite pour corriger une erreur que j'ai faite en citant un film au post 133 (): c'était "Orfeu Negro" (et non pas "Orfeo Negro").
À ce propos, il est intéressant de noter que le film en question (tourné pendant le Carnaval de Rio 1958, aujourd'hui passablement démodé mais qui contribua beaucoup à l'engouement pour la samba et la "bossa nova" qui marqua l'Europe et l'Amérique du Nord pendant plus d'une décennie) est sorti l'année même où mourut Villa-Lobos [1959] et que les auteurs de sa musique ne sont autres que Luis Bonfá et Antônio Carlos Jobim.
Comme quelqu'un a eu la patience de charger ce film sur YouTube, dans sa version en portugais avec sous-titres en anglais, on peut même le voir en entier (!) sur cette vidéo :
Orfeu Negro est un de ces films à avoir à la fois gagné la palme d'or et l'oscar (du meilleur film étranger). D'un autre côté, Un homme et une femme est aussi dans ce cas-là donc il n'y a pas de quoi grimper au plafond...
C'est vrai que ça a pris un sacré coup de vieux (c'est plein de fausse simplicité, et la fausse simplicité vieillit très mal). Mais la musique est très agréable.
Villa-Lobos écrivit ses quatre premiers quatuors à cordes au Brésil entre 1915 et 1917 (ne reprenant la composition des treize autres qu'à partir de 1931), soit à une époque où il était encore presque totalement isolé du répertoire européen récent. Il fit pourtant preuve dans ces partitions d'une remarquable maîtrise du genre et de beaucoup d'imagination ().
Son Quatuor à cordes No 3, dont le deuxième mouvement se distingue par un usage peu banal de "pizzicati alternés" (ce qui lui valut le surnom de "Quarteto das pipocas", ou "Quatuor du popcorn" ), marque le début du développement d'un style très personnel, qui caractérisa ensuite toute la musique du compositeur brésilien.
L'oeuvre est jouée ici par le Quatuor Bessler-Reis, qui l'enregistra à Rio de Janeiro en décembre 1989.
[00:00] Allegro non troppo;
[06:04] Molto vivo;
[10:35] Molto adagio;
[17:43] Allegro con fuoco.