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Thread: Herbert Howells

  1. #1
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    Herbert Howells

    Bonsoir ,

    A celles et ceux qui lisent l'anglais et s'intéressent à Ralph Vaughan Williams, je me permets de recommander l'achat du numéro de juillet 2008 du mensuel britannique "music" (BBC), qui rend hommage au grand compositeur dans plusieurs articles passionnants. En outre, le CD joint à ce numéro contient un remarquable enregistrement récent de sa Cinquième symphonie, réalisé live le 26 juillet 2007 (à l'occasion des "Proms") par le BBC Symphony Orchestra dirigé par Andrew Davis.

    Autre sujet de satisfaction, en tout cas pour moi : le "composer of the month" de ce numéro n'est autre que Herbert Howells (1892-1983), un compositeur anglais qui m'est aussi cher que ceux auxquels une discussion a déjà été consacrée sur ce forum. Même si sa musique est peut-être un peu moins accessible que celle des autres (non pas esthétiquement, malgré des harmonies souvent aussi étranges qu'envoûtantes, mais parce qu'une part prépondérante de ses oeuvres est d'inspiration religieuse anglicane) et qu'un fil à son sujet n'est probablement pas de nature à attirer les foules.





    Sur Herbert Howells, grand ami de Vaughan Williams et considéré, lorsqu'il était tout jeune, comme l'un des espoirs les plus doués et prometteurs de la musique britannique (ce que la suite, il faut le reconnaître, n'a pas pleinement confirm&#233, il y aurait bien sûr beaucoup à dire.

    Je me bornerai toutefois à relever deux aspects très particuliers de sa vie et de sa personnalité. Tout d'abord, une hypersensibilité à la critique, qui après l'échec de son Second concerto pour piano et orchestre (donné en première audition à Londres le 27 avril 1925 par Harold Samuel, qui détestait l'oeuvre parce que selon lui trop audacieuse et presque inxécutable, et l'orchestre de la Royal Philharmonic Society dirigé par Malcolm Sargent) le plongea dans une amertume et un désarroi tels qu'il resta ensuite incapable de composer pendant de nombreuses années. Puis le décès en 1935, à l'âge de neuf ans, de son fils unique Michael, qui l'affecta profondément et le hanta jusqu'à la fin de sa vie, l'orientant essentiellement vers la composition d'oeuvres à caractère religieux. Certaines sont à mon avis de véritables chefs-d'oeuvre, comme l' "Hymnus Paradisi" (1938) ou le "Stabat Mater" (1965).

    Tout en signalant qu'on en trouve - comme souvent - de très bons chez Naxos (je viens d'ailleurs d'en commander deux), voici quelques-uns des disques que je possède d'oeuvres de Herbert Howells (j'en ai plusieurs autres, notamment des pièces profanes pour orchestre, de musique de chambre et de piano). Deux de ces enregistrements m'ont beaucoup intrigué quand j'ai vu que l'orchestre mis en oeuvre, le LSO, avait pour chef Gennady Rozhdestvensky, mieux connu pour ses splendides versions, notamment, des Quatrième et Septième symphonies de... Chostakovitch .





    Jacques

  2. #2
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    Re : Herbert Howells

    Cher Jacques

    Les pochettes sont très attirantes et le petit portrait que vous brossez de Howells incite à sa découverte . À part ça vous aviez raison, ce fil à son sujet [n'a pas l'air] de nature à attirer les foules

    Pour ma part je ne demande qu'à découvrir. Une oeuvre, un Cd à conseiller, pour débuter ?




    Ph

  3. #3
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    Re : Herbert Howells

    Merci, cher Philippe , d'avoir manifesté de l'intérêt pour ce "pauvre" Herbert Howells (cela faisait presque une semaine que j'avais ouvert ce fil, il est vrai sans beaucoup d'illusions, et je commençais à me demander si je n'allais pas battre tous les records d'indifférence ).

    J'ai depuis lors réécouté la plupart des disques de Howells que j'ai dans ma collection et votre question, à vrai dire, me plonge un peu dans l'embarras... "Hymnus Paradisi" (composé peu après la mort du fils du compositeur, mais que ce dernier ne consentit - grâce à l'insistance affectueuse de son ami Vaughan Williams - à révéler au public qu'en 1950) est souvent considéré comme son chef-d'oeuvre. J'en possède deux versions, un peu complémentaires : l'une enregistrée chez Hyperion en 1991 par Vernon Handley et le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, avec Julie Kennard (soprano) et John Mark Ainsley (ténor), l'autre enregistrée en 1999 chez Chandos par Richard Hickox et le BBC Symphony Orchestra, avec Joan Rodgers et Anthony Rolfe Johnson. Pour bien moins cher (mais je ne connais pas cette version), on peut aussi se procurer un récent enregistrement Naxos de cette oeuvre (2006 - David Hill et le Bournemouth Symphony Orchestra, avec Claire Rutter et James Gilchrist), qui paraît-il n'est pas mal du tout. Mais s'il faut vraiment recommander une version, je pense que l'enregistrement Chandos est une réussite à tous égards.

    Pour le reste des principaux enregistrements disponibles d'oeuvres de Howells, il suffit par exemple d'aller sur Amazon, plus précisément ici (première page de plusieurs), où le site en donne un panorama assez complet.

    Il faut toutefois garder à l'esprit que la musique d'inspiration religieuse de Howells n'est pas aussi immédiament accessible à première écoute que celle de Vaughan Williams, en tout cas à mon avis. Mais si on "accroche", elle peut devenir une source de splendeurs vraiment insoupçonnées. A cet égard, je cite à la fin de mon post d'assez longs passages du livret joint au très beau disque suivant...



    ..., passages qui donnent une assez bonne idée du sens qu'on peut donner à cette musique.

    Jacques

    ----------------------------------------------------------------------

    «J'ai composé mû par un seul amour : tenter de faire de belles sonorités. » Cette assertion en forme de credo, prononcée par Howells vers la fin de sa vie dans une émission de la BBC, résume très clairement ce qui est au cœur de son pouvoir d'attraction : l'absolue volupté de son langage harmonique. Il est évident pour chacun, auditeur comme interprète, que cet amour de la sonorité, que le tissage mystique du contrepoint nous attirent et éveillent en nous des images. Mais Howells s'attacha à forger bien plus que de belles sonorités. Il avait, entre autres grands dons, celui de créer des atmosphères et, décrivant la Pastoral Symphony de Vaughan Williams, il fit remarquer combien cette création-là pouvait être une fin en soi, une partie intégrante de la forme musicale : «Jamais il ne dépeint ni ne décrit... Il élabore une atmosphère magnifique, d'une insistance peu commune, mais avec en soi bien plus de diversité que n'en suggérerait une simple connaissance superficielle ... C'est, si l'on veut, un cadre de l'esprit.» (Music and Letters, avril 1922).

    La création d'atmosphère est cruciale dans la musique sacrée (et pour orgue) de Howells car, consciemment ou non, les édifices s'« inscrivaient » dans la musique qui leur était destinée, devenant une composante fondamentale de l'équation. Et il s'agit là d'une notion tout sauf fantasque : Howells adorait les bâtiments — il grandit sous la tutelle de Herbert Brewer, à la cathédrale de Gloucester, et allait souvent, avec son père, à St Mary Redcliffe (Bristol). Être confronté si tôt à pareil théâtre architectural et acoustique ne pouvait qu'affecter une jeune âme sensible. Le succès du canon unique des mises en musique du Canticle composées par Howells à l'intention de maintes cathédrales, chapelles collégiales et églises reposa en partie sur la connaissance que ce compositeur avait de l'« ambiance » des bâtiments auxquels sa musique était destinée. Il déclara dans une autre émission de la BBC : «Je n'ai jamais pu composer la moindre note de musique sans avoir en tête un lieu ou un édifice. On m'a commandé une œuvre pour la cathédrale St Albans. Mais je n'ai pas raconté au doyen comment je me suis, un jour, glissé, pour ainsi dire, dans la cathédrale, à St Albans, parce que je n'y avais pas remis les pieds depuis presque cinquante ans. Et je me suis assis là, en espérant que personne ne reconnaîtrait le type qui devait leur écrire de la musique et qui voulait entendre le chœur ; mais, plus que cela, je voulais entendre l'impression que cet endroit dégageait - l'atmosphère de ce lieu où on allait chanter quelque chose de moi.»

    Autre vertu que Howells tint pour cruciale dans sa conception musicale : le pathos - de son aveu même, un des points de communication les plus puissants de la musique, qu'il utilisa avec une extraordinaire efficacité dans nombre de ses œuvres. Ainsi se dessine le portrait de l'esprit créatif de Howells, un esprit dont la musique linéaire trace les arcs entrecroisés d'un vaste édifice, un esprit qui se sert de l'acoustique pour amplifier et porter cette musique sensuelle comme jusqu'au seuil des cieux mêmes, transportant les auditeurs à un degré d'extase spirituelle jamais atteint depuis l'univers fort différent, mais tout aussi tangible, de Palestrina. On dit souvent qu'assister à l'Evensong dans une grande cathédrale, par une sombre soirée de novembre, à la lueur des cierges qui vacillent dans les stalles du chœur, jetant de longues ombres, est l'une des expériences les plus puissamment émotionnelles qui soit. Sachant cela d'instinct, Howells écrivit pour embrasser et rehausser cet élément-clé d'une tradition typiquement anglaise.

    Mais il est un autre élément incontournable dans la conception créative de Howells qui, même s'il a été maintes fois relaté, ne saurait être ignoré : la perte de son fils Michael, à l'âge de neuf ans, en 1935. Cet enregistrement s'ouvre sur A Sequence for St Michael, avec deux cris déchirants : « Michael ». Nombreux sont ceux qui, en musique comme en peinture, ont été attirés par le portrait de l'archange Michel, mais Howells, soutenu et encouragé par la miraculeuse traduction qu'Helen Waddell fit du latin médiéval d'Alcuin, y vit juste l'occasion d'extérioriser un sentiment demeuré aussi vif en 1961 qu'à la mort de Michael, vingt-six ans plus tôt. (...)

  4. #4
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    Re : Herbert Howells

    Revenir sur un fil aussi confidentiel, avec en plus un post que personne (ou presque) ne lira, "ça ne mange pas de pain" ... Mais je me suis dit que j'aurais pu quand même, en fait de recommandations, signaler aussi les quatre enregistrements que met en avant la revue "music" de ce mois, à qui on peut accorder un certain crédit (du moins à mon humble avis). Il s'agit des quatre disques ci-dessous, dont je ne connais et possède pour l'instant que le deuxième ("Orchestral Works" - double album) et le troisième ("Requiem", etc.) :






    En fait de musique de chambre, je suis pour ma part assez attaché au disque suivant (ces pièces pour violon et piano sont toutes des oeuvres de relative jeunesse - période 1917 à 1923 - encore assez proches de Vaughan Williams par certains aspects, mais elles s'en démarquent suffisamment pour avoir leur charme propre, que j'apprécie personnellement beaucoup) :



    Jacques

  5. #5
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    Re : Herbert Howells

    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Revenir sur un fil aussi confidentiel, avec en plus un post que personne (ou presque) ne lira, "ça ne mange pas de pain" ...
    Mais si Jacques, on vous lit - avec intérêt - mais la musique chorale britannique de la première moitié du XXème siècle c'est un sujet ardu ! Pour ma part je ne connais de Howells qu'un cd de pièces pour orchestre, qui sont un peu à part dans son oeuvre, et je prends bonne note de vos indications discographiques.

    Gilles

  6. #6
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    Je suis depuis longtemps très intrigué par l'univers musical britannique, qui au cours de la première moitié du XXème siècle s'est développé un peu en marge du reste du monde occidental. Or, disciple et ami de Ralph Vaughan Williams, Herbert Howells me semble être un représentant tout à fait typique de cet univers, son intérêt prépondérant pour la grande tradition chorale anglicane (surtout après la disparition tragique de son fils Michael en 1935) rendant sa musique encore moins "exportable" que celle d'autres compositeurs britanniques ayant vécu à la même époque. En revanche, lorsqu'elle est anglaise, la critique y adhère à tel point qu'on peut lire par exemple, sous la plume de Brian Wilson (MusicWeb International), la remarque suivante à propos du String Quartet No. 3, In Gloucestershire, de Howells : "I rate In Gloucesterhire one of the most sublime pieces of chamber music that I know; I place it not far below the Debussy and Ravel Quartets (...). In some moods I’d even want to hear it in preference to the Debussy or Ravel".

    J'avais déjà, sur un disque Hyperion, un enregistrement de son "fameux" Piano Concerto No. 2 de 1925, dont l'échec plongea le compositeur dans une longue et profonde dépression, par la pianiste Kathryn Stott et le Royal Liverpool Philharmonic dirigés par le regretté Vernon Handley. J'en ai maintenant un autre, sur un album Chandos paru en 2000 où il est couplé avec le Piano Concerto No. 1 de 1914 et un court ballet (avec piano "obligé") intitulé Penguinski, deux oeuvres alors enregistrées en "première mondiale", les interprètes étant le pianiste Howard Shelley et le BBC Symphony Orchestra, dirigés par le chef - tout aussi regretté - Richard Hickox.

    Voici ce deuxième disque :



    L'auteur du texte de présentation figurant dans la brochure jointe à l'album, Paul Spicer, donne du jeune Howells une description saisissante qui mérite d'être reproduite. Il y dit notamment ceci :

    "Afin de replacer dans son contexte la musique la plus ancienne enregistrée sur ce disque, il faut se représenter un tout jeune homme de vingt-deux ans, en deuxième année d'études au Royal College of Music de Londres, où il arrive en mai 1912 de sa ville natale de Lydney, située à la lisière de la Forêt de Dean, dans le Gloucestershire. Le père de Herbert Howells, entrepreneur-décorateur travaillant à la tâche et incapable de recouvrer ses créances, fait peu à peu faillite. Comme Howells le dira par la suite: «(...) vous n'avez aucune idée de la cruauté des gens dans les petites villes. Si j'étais invité à une réception (...) on m'envoyait à la cuisine ou à l'office».

    Herbert doit aller tous les jours chez le boucher quémander les morceaux de viande les moins chers pour nourrir sa famille. Les blessures affectives et psychologiques infligées à ce garçon jeune et sensible vont le marquer pour le restant de ses jours, tout comme le sentiment d'avoir été blessé et le sens de l'injustice. On peut donc imaginer le parfum de liberté qu'il respira en se rendant à Gloucester pour prendre des leçons avec Herbert Brewer à la cathédrale. Il serait difficile de décrire Gloucester comme le centre d'un univers métropolitain, mais c'est sans doute l'impression qu'en eut Howells. Et, ce qui est important, la ville accueillait tous les trois ans le Three Choirs Festival, où des œuvres chorales de référence étaient présentées à côté d'œuvres nouvelles.

    En 1910 - n'ayant encore que dix-sept ans - Howells entend la Fantasia on a Theme of Thomas Tallis (Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis) de Vaughan Williams et, juste après, The Dream of Gerontius (Le Rêve de Gerontius) d'Elgar, les deux œuvres étant dirigées par leur compositeur respectif. Howells déclarera par la suite : «J'ai entendu cette œuvre magnifique [celle de Vaughan Williams] : j'ai été enthousiasmé, je ne la comprenais pas, mais j'ai été profondément ému. Je pense que si je devais isoler du reste une seule impression purement musicale qui a eu une importance essentielle pour moi dans toute ma vie de musicien, ce serait l'audition de cette œuvre». L'année précédente, Howells était devenu l'élève de Brewer, qui lui prodigua un enseignement théorique rigoureux tout en lui permettant d'acquérir de l'expérience puisque Howells l'assista dans ses fonctions à la cathédrale. Qu'il ait eu le courage d'abandonner ses activités à Gloucester en 1911, afin de se consacrer exclusivement à la composition de diverses œuvres qu'il voulait présenter à Stanford au Royal College of Music dans l'espoir d'obtenir une bourse, donne une idée de son indépendance d'esprit. Ivor Gurney, son ami et condisciple à Gloucester, était déjà parti pour Londres et l'exhortait à le suivre. Howells obtint la bourse et commença ses études à Londres le 6 mai 1912.

    Et voilà ce jeune provincial à l'état brut avec son accent caractéristique du Gloucestershire, rongé par le doute, les phobies, la nervosité et l'insécurité, sans un sou en poche, confronté au raffinement et à l'élégance tapageuse de Londres et à une nouvelle vie à propos de laquelle il n'a aucune certitude sinon une confiance assez fragile en son talent. Howells est si pauvre et a tellement le mal du pays qu'il se rend souvent à la gare de Paddington, achète un ticket de quai et passe des heures assis à regarder partir les trains à destination de Gloucester, car il ne peut s'offrir le luxe d'acheter un billet pour retourner chez lui.

    Voici donc un aperçu du contexte dans lequel fut composé le Premier Concerto pour piano. Deux ans, pourtant, c'est long lorsque vous n'en avez que vingt, et Howells est doué. Il devient rapidement l'un des étudiants les plus prisés du Royal College of Music et le préféré de Stanford, honneur exceptionnel de la part de cet Irlandais à l'irritabilité notoire. Ce concerto est la première œuvre orchestrale importante de Howells; il le composa pour son ami, pianiste et condisciple au Royal College of Music, Arthur Benjamin. Stanford en dirigea la création, qui eut lieu au Queens Hall de Londres, le 10 juillet 1914. (...)"

    Le Piano Concerto No. 1, dont les mesures finales, perdues, ont été reconstituées par John Rutter (auteur de nombreuses compositions chorales souvent très belles mais parfois un peu trop "sucrées" à mon goût), est intéressant à connaître et révèle chez le jeune musicien qu'était Howells lorsqu'il le composa un talent remarquable. Les influences de Brahms et de Rachmaninov y sont encore patentes, et Paul Spicer va peut-être un peu loin lorsqu'il suggère d'autres influences, comme celles de Debussy, de Ravel, voire de Stravinsky.

    Quant au Piano Concerto No. 2, il mérite encore bien davantage l'attention. Car en plus de ses qualités propres (et une modernité frappante pour l'époque, en tout cas dans le contexte particulier), il fut reçu à sa création à Londres comme une sorte de "coup de tonnerre dans un ciel serein". Je ne sais pas si Vaughan Williams, Bax ou Walton étaient présents ce jour-là mais on peut présumer qu'ils eussent été ravis, chacun à sa manière (je pense en particulier à Bax, le premier nom qui m'est venu à l'esprit quand je me suis posé la question d'éventuelles influences, bien que je n'en sois maintenant plus très sûr). Mais le public ordinaire et la critique demeurèrent hostiles et furent choqués par "tant d'audaces", ce qu'il est aujourd'hui difficile de comprendre. Pour le reste, je me réfère encore à Paul Spicer, qui présente ce concerto en ces termes :

    "Le Deuxième Concerto pour piano est une commande de la Royal Philharmonie Society; la création allait avoir lieu le 27 avril 1925. La réputation de Howells était alors établie et la nouvelle œuvre très attendue. Malcolm Sargent devait la diriger et le célèbre pianiste et spécialiste de Bach Harold Samuel fut engagé comme soliste. L'œuvre devint vite une «cause célèbre» après que le critique Robert Lorenz se soit levé dès la conclusion en s'écriant: «Thank God, that's over!» («Dieu merci, c'est fini !»), ce qui provoqua un silence de mort avant la réaction des partisans de Howells qui firent preuve d'un enthousiasme accru. A l'époque, cet incident défraya la chronique. Howells renonça aussitôt à faire publier son œuvre. L'accueil qui lui avait été réservé n'était pas étranger à l'exécution, apparemment terne. Harold Samuel ne l'aimait pas et Sargent ne l'avait peut-être pas comprise. Pour Howells, l'atmosphère était aussi importante que la forme et constituait un élément tout aussi déterminant dans le contenu d'une œuvre. (...)

    Selon Howells, les thèmes de cette œuvre ont un caractère délibéré d'un bout à l'autre, des thèmes joyeux qui tentent d'entrer dans le vif du sujet aussi vite que possible. C'était beaucoup trop pour la critique qui, en cette première soirée, l'a presque unanimement condamnée; car si le Musical Times a reconnu que la plupart des auditeurs présents étaient probablement intéressés d'entendre une œuvre plutôt expérimentale bien jouée, presque tous les autres ont trouvé la musique indigeste d'un point de vue ou d'un autre. Il ne faut pas sous-estimer la modernité de cette musique. Sur le plan stylistique, elle représente un progrès considérable par rapport au concerto antérieur et constitue un remarquable tour de force; elle ne ressemble à aucune autre œuvre de la même époque."


    Jacques



  7. #7
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    Au début du post 4, j'ai montré quatre enregistrements en disant que je n'avais encore que le deuxième et le troisième. J'ai maintenant aussi le premier et le quatrième ...

    Le CD Lyrita, paru en 2007 (les enregistrements étaient déjà sortis sur disque vinyl en 1975), est tout à fait remarquable.

    Aussi, bien que ce ne soit ni la plus aboutie, ni la plus connue des trois oeuvres de musique de chambre qui y figurent (toutes de la "première maturité" du compositeur), je viens de mettre sur ma liste SM le Piano Quartet in A minor Op. 21, qui date de 1916 (le compositeur avait alors 24 ans) . Howells y montre en tout cas beaucoup d'invention et d'idées, même s'il ne les maîtrise pas toujours parfaitement.

    S'agissant du CD Naxos, paru en 2007 aussi, ce n'est pas tellement pour avoir une nouvelle version de Hymnus Paradisi que je l'ai acheté (j'avais déjà celles de Hickox [Chandos] et de Handley [Hyperion]), mais parce qu'y figure l'enregistrement en "première mondiale" d'une composition pour baryton, ténor, choeur et orchestre intitulée Sir Patrick Spens, qui suscita un certain émoi en Angleterre lors de sa récente redécouverte (l'oeuvre met en musique une ancienne ballade écossaise racontant l'histoire d'une héroïque expédition en mer, qui débute dans l'exaltation mais finit tragiquement). Cette musique, composée en 1917 et annonçant déjà toute la maîtrise dont Howells fera preuve par la suite dans le genre, n'avait été exécutée qu'une seule fois, le 1er février 1930 à Newcastle, avant de tomber dans l'oubli le plus complet. Un sort que la critique musicale britannique actuelle, à la sortie de ce CD, trouva totalement injuste et inexplicable, vu la fraîcheur de l'oeuvre et son inventivité (même si la Sea Symphony de Vaughan Williams, parmi d'autres, paraît lui avoir servi de modèle -- cf. notamment cet article, paru sous la plume de John Quinn sur MusicWeb International).

    J'ai donc aussi mis Sir Patrick Spens sur ma liste SM .

    Et dans la foulée, ayant remis la main sur l'enregistrement que le pianiste John McCabe avait fait, en 1993 pour Hyperion, des recueils Lambert's Clavichord [1927] et Howells' Clavichord [1941: Book I / 1962: Book II], qui comportent en tout 32 pièces composées par Howells pour le clavicorde ou le piano, j'ai encore ajouté à ma liste six pièces tirées du Howells' Clavichord .

    Je précise que ce recueil contient toute une série de petits hommages rendus en musique par Howells à diverses personnalités du monde musical britannique de son temps, dont plusieurs compositeurs. Et dans ce dernier cas, c'est bien sûr des... "à la manière de" ().

    Les pièces que j'ai choisies sont celles qui concernent :

    - Malcolm Arnold ["Arnold's Antic"]
    - Arthur Bliss ["Bliss's Ballet"]
    - Ralph Vaughan Williams ["Ralph's Pavane" et "Ralph's Galliard"]
    - Gerald Finzi ["Finzi's Rest"]
    - William Walton ["Walton's Toye"].

    Le 8 mars 1958, après avoir reçu les deux pièces qui lui étaient destinées, Vaughan Williams, alors très âgé et fragile, écrivit à Howells l'émouvante note suivante (au début, c'est à l'une des Passions de Bach qu'il se réfère, ayant dirigé le London Bach Choir dans cette oeuvre) :

    "Now the Passion is over -- though very tired I went through the clavichord pieces, or tried to: naturally I can't play them, or always understand them, so you must come and play them to me. It is all nonsense to say you can't! THANK you a thousand times for the Pavane and Galliard. I love the Pavane - I haven't got hold of the Galliard quite, yet, that is chiefly because I can't play it, and as you know I can't read music, so you simply must come and play them to me, and also the Mass and the beginning of the Concerto."

    Jacques

  8. #8
    Ces petites pièces pour piano de Howells sont de vrais bijoux, je trouve. Leur force émotionnelle est totalement disproportionnée par rapport à la simplicité des moyens mis en œuvre.
    Je suis loin de connaître tous les disques dont il a été question ici, mais les sonates pour violon m'ont enchanté.
    Ces merveilles ne coûtent pas très cher, il serait dommage de s'en priver.

  9. #9
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    Quote Originally Posted by Gustave View Post
    Ces merveilles ne coûtent pas très cher, il serait dommage de s'en priver.
    Oui . Les disques Hyperion ne sont généralement pas donnés. Mais ce label fait parfois passer, après quelques années, certains de ses enregistrements dans une petite série intitulée "Helios", avec un prix beaucoup plus attractif (de l'ordre de celui auquel sont vendus les disques Naxos).

    En ce qui concerne Howells, voici les enregistrements qui paraissent encore disponibles dans cette série (et parmi eux, justement, le disque d'oeuvres pour violon et piano, ainsi que celui des recueils Lambert's Clavichord et Howells' Clavichord -- j'avais acheté ce dernier au prix fort à sa sortie, tout comme celui contenant diverses oeuvres pour orchestre dirigées par Vernon Handley) :





    Jacques

  10. #10
    J'ai écouté le 1er concerto pour piano (Shelley/Hickox) : les amateurs de dissonances peuvent passer leur chemin, on pense effectivement beaucoup à Rachmaninov avec par moment de petites louches de Brahms. Tout comme Jacques j'ai beaucoup de mal à voir où Paul Spicer peut bien entendre du Ravel / Debussy / Stravinsky dans cette partition et ce rapprochement me paraît complètement incongru (qu'avait-il fumé ce jour là ?). Dans l'ensemble le concerto se laisse écouter, même s'il est un peu trop long sur la fin (le dernier mouvement complété par Rutter est un peu chiant).

    Le deuxième concerto est bien plus intéressant, en l'écoutant j'ai parfois pensé à un mélange de RVW et de musique américaine.

  11. #11
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    Nouvelle petite incursion, par le biais d'un disque d'oeuvres de Herbert Howells et d'un livre sur ce dernier que je viens d'acquérir, dans l'univers particulier de la musique anglaise du XXème siècle :



    Le disque, qui n'est pas nouveau (enregistrements de 1992, parution l'année suivante) mais que je ne connaissais pas encore, m'a semblé remarquable. Il présente quatre belles compositions pour orchestre à cordes : la Serenade for Strings (1917), l'Elegy for Solo Viola, String Quartet and String Orchestra (1917, dédiée à la mémoire de Francis Purcell Warren, compagnon d'études du compositeur au Royal College of Music, tué pendant la Première Guerre mondiale), le Concerto for String Orchestra (1938) et la Suite for String Orchestra (1942).

    Mais c'est surtout, je crois, le Concerto for String Orchestra qui vaut le détour. Inexplicablement, car il est superbe, il était tombé dans un oubli complet quand son dédicataire, Sir Adrian Boult, le "ressuscita" en avril 1974 alors que lui-même et le compositeur étaient déjà âgés de plus de quatre-vingts ans. A cette occasion, Howells rédigea la présentation suivante :

    "Pour des raisons qui me sont très personnelles, le Concerto fut composé peu de temps après le décès de Sir Edward Elgar et moins de temps encore après la perte d'un fils unique, Michael Kendrick Howells, une disparition liée plus spécifiquement à Hymnus Paradisi, composé au cours des mêmes années que le Concerto. Pour cette raison et pour d'autres, le mouvement lent du Concerto est, de par son origine et sa nature, commémoratif. Il porte cette inscription : 'In memoriam, E.E. (1934) et M.K.H. (1935)'. De cette double relation, la première est de toute évidence celle qui marqua le plus la musique en tant que telle, stylistiquement et techniquement. Une musique conçue comme un modeste reflet de l'éternelle magie des cordes, et dans cette veine, de deux oeuvres suprêmes : la Tallis Fantasia de Vaughan Williams et l'Introduction and Allegro d'Elgar. J'étais présent, en 1910, lors de la création de la Tallis Fantasia au Three Choirs Festival à la Cathédrale de Gloucester. Dans les jours qui suivirent, j'entendis pour la première fois l'Introduction and Allegro."

    Howells, dans son Concerto for String Orchestra, est toutefois loin d'imiter servilement ses modèles, épiçant sa propre composition d'harmonies et de tournures "modernisantes" qui n'appartiennent qu'à lui.

    Quant au livre, évidemment rédigé en anglais (on ne trouve rien de semblable en français sur un sujet pareil), je n'ai fait pour l'instant que le parcourir. Il s'annonce riche en informations intéressantes sur la vie musicale britannique de l'époque concernée.

    Les photos qu'il contient sont pour la plupart de qualité médiocre, mais aucune d'elles ne m'était connue. J'en reproduis trois ci-dessous, montrant Howells avec ses deux enfants (à un moment qui n'est pas précisé mais qui sans doute précède de peu la mort tragique du petit Michael en septembre 1935), en 1956 aux côtés du bien-aimé "Uncle Ralph" (autrement dit Ralph Vaughan Williams) et en 1974 en compagnie de Sir Adrian Boult (à l'époque de la reprise tardive du Concerto for String Orchestra) :






    Jacques




  12. #12
    Je voudrais signaler, pour en avoir déchiffré pas mal, que la musique pour piano de Howells est magnifique, notamment une pièce assez tardive comme Musica sine nomine à l'écriture particulièrement élégante.

  13. #13
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    Le message précédent, qui m'enchante, m'avait échappé...

    Interprétée par Margaret Fingerhut, remarquable soliste des oeuvres symphoniques avec piano de Bax dirigées par Bryden Thomson, la pièce évoquée par Havergal figure dans ce récital Howells diffusé par Chandos :



    Comme je n'avais pas encore cet album, je viens de le commander chez un marchand lié à Amazon (pour environ 9,80 euros, l'article n'étant pas neuf mais dans un état qualifié de "good" -- sinon, c'était six fois plus cher).

    Jacques

  14. #14
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    -- sinon, c'était six fois plus cher
    Je crois que je me suis "mélangé les pinceaux" (): 59,99 dollars sur Amazon.com pour avoir cet album neuf, ça ne fait, après conversion en euros, "que" quatre fois ce que j'ai payé, et non pas six.

    Mais c'est quand même bien cher, alors qu'il reste un exemplaire neuf dudit album proposé par Amazon.fr à 25,98 euros "seulement" (prix nettement plus raisonnable, tout en demeurant élevé).

    Cela dit, on ne sait jamais (): vu sa tendance à vouloir "tout aborder" et le dynamisme de sa production, le label Naxos va peut-être se lancer bientôt dans l'enregistrement d'une intégrale de l'oeuvre pour piano de Herbert Howells ...

    Ce qui couperait court à des comparaisons de prix aussi terre à terre que celles qui précèdent ...

    Jacques

  15. #15
    Bonsoir Jacques,
    Je pensais que l'album que vous montrez n'était plus disponible; du coup, j'avais renoncé à me le procurer.
    J'éprouve moi aussi un vif intérêt pour la musique de Howells, souvent bouleversante, y compris dans des pièces d'apparence anodine, comme les miniatures pour piano qu'a enregistrées John McCabe pour Hyperion.
    Chez ce même label est justement annoncé un nouvel enregistrement des œuvres chorales tardives.

    Quid de l'œuvre pour orgue? Je présume qu'elle doit contenir de belles choses, si j'en juge par une pièce que j'ai eu l'occasion d'entendre, il y a des années, en une "occasion" que je ne risque pas d'oublier. Malheureusement pour moi, je ne me souviens pas du titre de cette pièce. Une intégrale serait la bienvenue, s'il en existe.

  16. #16
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    Bonsoir Gustave ,

    Je partage évidemment l'intérêt que vous éprouvez pour la musique de Howells, la trouvant moi aussi souvent bouleversante.

    J'aime également beaucoup ces miniatures pour piano que vous évoquez, enregistrées pour Hyperion par John McCabe (cf. la troisième image du post 9).

    Et il est fort probable que je me procurerai, le moment venu, ce nouvel enregistrement annoncé pour juin prochain des oeuvres chorales tardives (même label).

    S'agissant de l'oeuvre pour orgue de Howells, je n'en connais à ce jour que dix pièces (je les trouve d'ailleurs superbes pour la plupart et, par moments, très envoûtantes). Elles sont sur ce double album Hyperion (déjà montré au début du fil) où alternent pièces pour orgue seul et compositions pour choeur avec accompagnement d'orgue :



    Les pièces pour orgue seul correspondent aux plages 1, 3, 5 et 7 à 9 du premier CD, et aux plages 2, 3, 5 et 7 du second.

    Pour plus de détails (titres, durées, etc.), voici une grande image de la face arrière de l'album :




    Sinon, d'après ce que j'ai pu voir sur Amazon.co.uk, il existe au moins une intégrale de l'oeuvre pour orgue de Howells, en trois disques (du label Priory Records) encore disponibles pour pas trop cher et se présentant ainsi :



    Je ne connais pas ces enregistrements, réalisés entre 1995 et 1999, et aucune critique, bonne ou mauvaise, n'est formulée à leur sujet sur ce site de vente.

    Mais j'avoue qu'ils me tentent beaucoup ...

    Jacques

  17. #17
    Merci de ces renseignements, Jacques. Si un jour je tombe sur ces enregistrements de la musique d'orgue, je ne les laisserai peut-être pas passer.

  18. #18
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    Tout en remerciant Havergal () de m'avoir conduit (cf. le post 12) à acquérir l'album ci-dessous (je l'ai déjà montré au post 13 mais il s'agit maintenant d'une image "homemade"), je signale que je viens de le recevoir en parfait état, alors que c'était un article vendu d'occasion :



    Je l'ai bien sûr déjà écouté et j'en suis enchanté : c'est pour moi une vraie merveille .

    Comment caractériser cette musique () ? C'est un peu long, j'en conviens, mais rien ne vaut à mon avis ce que dit du programme enregistré l'excellent Christopher Palmer dans la brochure jointe à l'album (la traduction française est de Marie-Françoise de Meeûs).

    Alors voici ce texte, que je trouve plein d'intérêt :


    "Howells composait essentiellement de la musique vocale. Le piano, de par l'absence relative du cantabile vocal, ne fut jamais une de ses priorités. Mais Stanford l'ayant initié en profondeur au clavier (de même qu'à tous les autres aspects de son art), sa technique, à la fois comme compositeur et interprète, était irréprochable, et toute sa musique de piano porte l'empreinte caractéristique de charme et de distinction qui lui est propre. Trois périodes semblent marquer la production pour piano de Howells :
    a) La maturité précoce de 1916 à 1920 environ.
    b) Une période de transition s'étendant approximativment de 1920 à 1927.
    c) La maturité tardive, à partir de 1970.
    Pour en rendre l'audition plus agréable, les pièces du présent enregistrement ne se succèdent pas selon cette chronologie.

    Gadabout est une composition publiée en 1928 dans les collections pour piano Clarendon (Oxford University Press) éditées par John Ireland, mais elle peut avoir été composée en 1922 déjà. Cette œuvre est infiniment plus raffinée que toutes celles qui l'ont précédées. C'est un scherzo joyeux et animé, élaboré librement sur le motif de fanfare introduit dans la 15e mesure. Les cloches, suggérées dans la section centrale, réapparaissent fortissimo dans la coda.

    Les Sarum Sketches (1917) rappellent les quelques mois au cours desquels Howells assista Sir Walter Alcock à la cathédrale de Salisbury en 1917. L'un de ses choristes était un jeune garçon assez solitaire, John Stewart, le dédicataire de la suite ('Ooce' étant une contraction de 'Oo, Sir'). Howells a recours au langage de Grieg pour évoquer simplement, mais délicatement, les différents états d'âme de 'Ooce' tandis qu'il travaillait ou se délassait.

    Rhapsody, Jackanapes et Procession (op. 14, 1918-1920) — et les Snapshots (voir plus loin) — reflètent toutes l'influence exercée sur Howells, comme sur la plupart des compositeurs de sa génération, par la musique qu'ils entendirent lorsque Diaghilev présenta pour la première fois les Ballets russes à Londres en 1913. Les Anglais eurent accès à un vaste répertoire de musique française et russe qu'ils n'auraient sinon guère eu l'occasion d'entendre. Howells fut particulièrement impressionné par Pétrouchka de Stravinsky et les trois pièces de l'opus 14 ont une coloration russe marquée. La virtuosité de l'écriture pianistique peut dériver directement de Rachmaninov ou avoir été filtrée au travers des œuvres 'russes' pour piano d'Arnold Bax. Jackanapes (dont le titre original est Humoresque) est peut-être la pièce la plus manifestement redevable au style pianistique percutant de Pétrouchka, tandis que Procession est une étude, un ostinato fondé sur un rêve situé dans la réalité — Howells rêva qu'il se trouvait dans une grande ville russe, menacé par une foule qui s'approchait de lui. Des cloches vocifèrent abondamment; la foule se disperse enfin et disparaît. Plus tard, Howells adapta cette pièce pour un orchestre gigantesque, mais elle a davantage d'impact dans la version pour piano.

    Slow Dance (Double the Cape) et Cobler's Hornpipe sont des compositions construites toutes deux sur des airs de Dancing Master de John Playford, une riche collection de pièces brèves, de chansons populaires et de danses villageoises, dont la première publication remonte à 1650. Double the Cape est un air d'une telle beauté que Howells ne le dénature ni n'intervient en rien, se contentant d'en moderniser agréablement l'harmonie. Il le joue tout en douceur, le répète avec force et y ajoute une coda paisible. Néanmoins, tout cobbler (cordonnier) qui essayerait de danser un hornpipe sur cette version s'empêtrerait bientôt dans les complications et surprises rythmiques de Howells. Les deux pièces furent composées à quelques jours d'intervalle (3-5 août 1926) à Far Oakridge, la maison de Sir William Rothenstein dans le Gloucestershire. (...).

    Snapshots. Ces trois pièces (il y en avait plus à l'origine, mais l'éditeur ferma boutique au moment où il les imprimait et Howells ne put récupérer les manuscrits) furent composées, de toute évidence, au plus fort de l'admiration qu'il vouait à Pétrouchka (1916-1918). Son ours polaire se déplace pesamment dans les basses, tout comme celui de Stravinsky, mais le carillon de Westminster à la fin de Wee Willie Winkee situe l'action en un lieu fort éloigné de Saint-Pétersbourg.

    Si Chosen Tune ressemble fort à un hymne, c'est parce que c'en est un véritablement. Howells l'écrivit pour son mariage avec Dorothy Dawe (le 3 août 1920) à l'église de Twigworth dans le Gloucestershire. Chosen ou Churchdown était une colline d'où l'on avait, à l'époque, une vue magnifique sur les Malvern Hills. C'était un des coins favoris de Howells, Gurney, Finzi et d'autres amis. George Thalben-Ball joua cette composition, à l'orgue, à cette occasion, tout comme lors des funérailles de Dorothy en 1975 et de Howells en 1983.

    Lambert, dans Lambert's Clavichord (1926-1927), n'était pas Constant Lambert, mais Hugh Lambert de Bath, qui était photographe et facteur de clavicorde. Il consacra à Howells et à sa famille de nombreuses et très belles pages, et c'est sans aucun doute le superbe instrument qu'il fabriqua qui incita Howells à tenter de ressusciter 1'esprit de la musique pour clavier de l'époque Tudor à la manière du 20e siècle — son modèle étant, bien sûr, Fantasia on a Theme by Thomas Tallis de Vaughan Williams. Cette pièce avait profondément ému Howells lorsqu'il assista, à 18 ans, à sa création à la cathédrale de Gloucester en 1910. Le clavicorde se prête mal à l'enregistrement — sa sonorité très délicate a tendance à se laisser dominer par le bruit de la mécanique — et les pièces ont été jouées au piano, au clavecin ou à l'orgue.

    Musica Sine Nomine est une pièce qui n'a été ni éditée, ni exécutée jusqu'à ce jour. Howells la composa en hommage à John Ireland, à l'occasion de son 80e anniversaire en 1959. Le compositeur avait coutume d'écrire des impromptus pour ses amis et les élèves qui lui étaient chers. Bon nombre d'entre eux ont été retrouvés et d'autres le seront encore sans aucun doute. Celui-ci est imprégné d'une mélancolie et d'une nostalgie délicates, caractéristiques des deux compositeurs. Sine Nomine est le titre à la fois de la première œuvre symphonique majeure (1922) de Howells et de l'une des Six pièces pour orgue (1940). C'est à l'amabilité de Peter Taylor de la John Ireland Trust que l'on doit de pouvoir disposer du manuscrit de Musica Sine Nomine.

    La Sonatina de 1971 est une émanation tardive de la muse pianistique de Howells, inattendue peut-être pour le compositeur lui-même (il avait près de 80 ans). Elle fut écrite pour Hilary Macnamara (qui la créa) et est l'une des plus belles parmi ses œuvres tardives plus condensées. Cette pièce a une coloration dramatique variée : véhémence et violence, même, marquent le premier mouvement, amour et tendresse le second (hanté certes comme l'était le Sine Nomine dédié à Ireland, par le fantôme d'une sarabande à la manière de De la Mare, oubliée depuis des lustres), tandis que le troisième, à l'allure de toccata, est plein de fougue — l'une des sections est marquée come movimento di orologio (comme le balancement d'une horloge). Ravel aurait aimé cela !"


    Voici enfin, provenant de la même brochure, une photo (un peu abîmée) montrant Howells examinant ce fameux clavicorde de Herbert Lambert :




    Jacques

  19. #19
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    Maintenue vivante par des traditions typiquement anglaises comme celle du Three Choirs Festival (une manifestation ayant lieu chaque année au mois d'août, en alternance dans les cathédrales des comtés de Herford, de Gloucester et de Worcester), la musique d'inspiration religieuse anglicane, essentiellement chorale, fut un "passage obligé" pour maints compositeurs britanniques du XXème siècle. Même pour Walton, Bax, Vaughan Williams ou Britten, qui étaient peu croyants (voire pas du tout), ou pour Finzi, dont les ascendants étaient juifs.

    En ce qui concerne Howells, ce fut même bien davantage que cela puisqu'il se consacra quant à lui presque uniquement à ce genre de musique après la mort de son fils en 1935, emporté par la polio à l'âge de 9 ans. On ne saurait bien sûr lui reprocher pareille réaction à ce drame personnel, qui le hanta jusqu'à la fin de ses jours, mais cette orientation rend sa musique encore moins "exportable" hors du Royaume-Uni que celle de ses collègues précités.

    Et c'est fort dommage quand on entend, par exemple, ce florilège d'oeuvres tardives de Howells (composées entre 1958 et 1976) publié récemment par le label Hyperion :



    Car si les douze compositions - dont deux pour orgue seul - enregistréees sur ce disque sont peu jouées (même en Angleterre), vu leur difficulté d'exécution, on trouve dans chacune d'elles des moments d'une beauté saisissante, soulignés par des harmonies aussi singulières qu'envoûtantes ().

    Jacques

  20. #20
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    Pardon pour la coquille [un "e" de trop] dans un mot de la dernière phrase de mon précédent post ().

    Cela dit, je viens de trouver sur YouTube une vidéo qui justement présente une pièce tardive de Howells, A Sequence for St Michael (1961), mais figurant sur un album Hyperion plus ancien évoqué en détail au post 3.

    Voici cette vidéo :

    Herbert Howells - A Sequence for St Michael - YouTube[/URL]

    Jacques

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