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Eduard Tubin
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Results 1 to 12 of 12

Thread: Eduard Tubin

  1. #1
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    Eduard Tubin

    Il y une vingtaine d'années, j'avais commencé avec passion ma découverte de l'oeuvre de Chostakovitch. Tombant un jour sur un disque Bis où, en "première mondiale", étaient présentées par le chef estonien Neeme Järvi et l'Orchestre Symphonique de Göteborg deux oeuvres d'un compositeur jusqu'alors totalement inconnu de moi, Eduard Tubin (1905-1982), je me suis alors mis en tête qu'il avait écrit le même genre de musique et, par curiosité, je l'ai acheté.

    Or, en dépit de quelques analogies présentes dans telle ou telle des dix symphonies de ce compositeur (certaines critiques parues à l'époque, si je me souviens bien, voulaient absolument le comparer au grand Russe, usant de méchantes expressions du genre "c'est du sous-Chostakovitch"), je me suis assez vite rendu compte que c'était en réalité fort différent, tout en étant très beau néanmoins.

    A propos de l'Estonie, Wikipedia relève opportunément qu'elle est "un pays fennique, comme la Finlande ou la Carélie (Russie)", que "les langues fenniques font partie de la famille finno-ougrienne qui inclut les langues sames (Laponie linguistique), que "l'Estonie est donc abusivement appelée pays balte alors que les Estoniens ne parlent pas une langue balte et ne sont pas de culture balte", et que "sur ces points l'Estonie est un pays nordique comme la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, l'Islande et leurs Etats associés". Cela fait donc déjà une grande différence culturelle.

    Quant à Tubin, il ne vécut dans son pays que la première moitié de sa vie (l'Estonie ne fut d'ailleurs indépendante, à cette époque, que de 1920 à 1940) et passa la seconde moitié entièrement en Suède, où il s'était réfugié avec sa famille dès septembre 1944 et où il mourut trente-huit ans plus tard, très peu connu en dehors de ces deux pays. La période "soviétique" du compositeur se réduit ainsi à fort peu de chose.

    Cela étant, avant d'en dire davantage dans un autre post, je montre ci-dessous les deux disques contenant de la musique de Tubin que j'ai achetés en premier lieu :



    En fin de post, je me permets aussi de reproduire l'intéressant article écrit par Michel Tibbaut le 31 juillet 2008 sur le site "ClassiqueInfo-disque.com", à l'occasion de la réédition récente de l'intégrale des Symphonies sous le label Bis.

    Jacques

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    "Les Symphonies d’Eduard Tubin constituent l’un des joyaux les plus purs du catalogue du label Bis. Les retrouver en coffret à prix doux est une occasion à ne pas manquer.

    "Le compositeur estonien Eduard Tubin (1905-1982) était pratiquement inconnu internationalement avant 1980, et c’est grâce à son compatriote, le chef d’orchestre Neeme Järvi, qu’il a acquis une renommée d’ailleurs pleinement justifiée. La prise de conscience mondiale de la musique estonienne se développa surtout grâce à la forte personnalité d’Arvo Pärt, mais cela ne doit pas occulter le nom de ses précurseurs tels que Rudolf Tobias (1873-1918), Artur Kapp (1878-1952), Mart Saar (1882-1963), Artur Lemba (1885-1963), Heino Eller (1887-1970), Cyrillus Kreek (1889-1962), Kaljo Raid (1922-2005); et aux côtés d’eux, Eduard Tubin, avec ses dix Symphonies, occupe une position particulièrement privilégiée. En fait il en a écrit une onzième, inachevée, qui n’est pas reprise ici, mais que Paavo Järvi, le fils de Neeme, a enregistrée pour Virgin Classics.

    "Le label BIS, tout audacieux et aventureux qu’il est, a néanmoins initié prudemment cette série avec la plus courte, la Symphonie n° 9 dite «Sinfonia semplice» (1969), en deux mouvements à l’atmosphère toute élégiaque, teintée de mélancolie, œuvre enregistrée en public à Göteborg le 4 septembre 1981. Puis ce fut la Symphonie n° 4 «Sinfonia lirica» (1943/78), captée également en public mais à Bergen lors de la création de la version de 1978, le 5 novembre 1982 : œuvre admirable aux douces teintes pastel, achevée en août 1943, mais qu’un sort malheureux dû au bombardement de Tallinn par les Forces Aériennes Soviétiques, et plus particulièrement le Théâtre Estonia où était entreposé le manuscrit, amena le compositeur à la réviser en 1978 à partir de l’original roussi qui tombait en morceaux.

    "Le succès rencontré par ces enregistrements pionniers incita BIS à parachever l’intégrale des dix Symphonies, en studio cette fois. La Symphonie n° 1 est une œuvre complexe qui demanda du temps au compositeur : commencée en décembre 1931 et achevée en mai 1934, elle témoigne d’emblée de l’assurance du jeune Tubin; l’enregistrement proposé ici, datant d’octobre 1986, n’en est que la quatrième exécution.

    "Ce furent ensuite la Symphonie n° 2 «Légendaire» (1937) au titre on ne peut plus évocateur, et la Symphonie n° 3 «Héroïque» (1942), première écrite sous occupation soviétique, et que le créateur, le chef d’orchestre Olav Roots, commenta en ces termes : «Le désespoir, l’obstination et la haine qui ont triomphé d’une race qui languit après son indépendance perdue, trouvent une expression musicale dans la Symphonie n° 3. Elle se développe premièrement en un hymne passionné pour être une puissante expression de confiance en soi et de force intérieure, et deuxièmement en un appel héroïque à la justice.»

    "La Symphonie n° 5 (1946) fut la première écrite par un Tubin exilé à Stockholm. Le compositeur suédois Moses Pergament en fit le commentaire suivant : «On pourrait difficilement mettre en doute que cette symphonie a été conçue et écrite comme une description sonore de la tragédie nationale estonienne, une vue où le drame lui-même a été peint avec la même force et imagination artistique qu’un espoir teinté de religion pour le futur et la vision prophétique inspiratrice de liberté.»

    "La Symphonie n° 6 (1954) pour grand orchestre – avec saxophone et piano – révèle une fois de plus toute l’assurance et l’imagination de Tubin en une œuvre à la vitalité rythmique proche de Prokofiev. La Symphonie n° 7 (1958), selon les propos du compositeur, «utilise le potentiel du petit orchestre», tandis que la Symphonie n° 8 (1966), de caractère plus introspectif que les autres, fut la première à être créée à Tallinn après la guerre, le 24 février 1967.

    "Enfin la Symphonie n° 10 (1973), œuvre certainement ni moins sombre ni moins mélancolique que ses devancières, est ainsi caractérisée, un peu par boutade, par Tubin : «Comme j’étais pressé, la symphonie n’a qu’un mouvement, mais cet unique mouvement renferme, en vérité, les éléments de quatre mouvements fondus en une seule unité.»

    "Toute cette somme symphonique, constituant l’un des plus admirables fleurons du patrimoine musical estonien, est ardemment et idéalement défendue par Neeme Järvi, dont Eduard Tubin était l’ami personnel."

    ----------------------------------------------------------------------

  2. #2
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    Merci Jacques pour cette présentation, je ne connais ce compositeur que de nom... mais vous brûlez, j'en suis sûr, de nous le faire découvrir...

    thierry

  3. #3
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    Bonjour Jacques,

    En voilà une grande découverte faite il y a quelques années à l'occasion de la sortie du magnifique disque de Paavo Järvi qui regroupait la 2e de Sibelius et la 5e de Tubin. Sans doute sa symphonie la plus personnelle, la plus directe et la plus poignante et qui laisse l'auditeur pantois à la fin de son écoute (on n'est pas près d'oublier le solo de timbales de la fin).
    Depuis l'intégrale Neeme Järvi (dont le compositeur entendit une partie sur son lit d'hôpital), l'on s'est mis à redécouvrir cette musique qui n'appartient ni à Sibelius, ni à Chostakovitch quoi qu'on en dise (la 2e penche un peu du côté de Tapiola et En Saga, mais c'est tout) et qui commença sa carrière au conservatoire local.
    Depuis, une nouvelle intégrale a été réalisée (ou ets en cours de réalisation), par Arvo Volmer et l'Orchestre d'Estonie, et ma foi, c'est fort convaincant pour ce que j'ai pu en entendre (symphonies, 3, 4, 6 et 7).

    On pourrait profiter de ce fil pour parler d'autres compositeurs estoniens qui me tiennent à coeur, à commencer par Eino Heller, Kaljo Raid et quelques autres. Car ils le valent bien!

    Bien à vous,
    Vincent

  4. #4
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    Bonjour Thierry et Vincent . Et merci d'avoir réagi aussi rapidement.

    Vincent, vous m'avez déjà appris plusieurs choses que j'ignorais (comme le fait qu'une nouvelle intégrale avait été enregistrée ou était en cours d'enregistrement).

    Ce que vous dites à propos de Sibelius (ou du moins de certaines de ses oeuvres) est très intéressant. Une fois, quelqu'un m'a dit : "Vous ne trouvez pas que Tubin, c'est un peu un «pont» entre Sibelius et Chostakovitch ?" Et dans une certaine mesure, j'ai pensé que c'était fort bien vu ...

    Profiter de ce fil pour évoquer d'autres compositeurs estoniens serait bien sûr une excellente idée . Surtout que, pour ma part, je ne les connais encore pas très bien, sauf ce qui figure sur le petit disque ci-dessous :



    A propos de l'Estonie (où je ne suis jamais allé), une petite anecdote remontant à septembre de l'année dernière m'est revenue en mémoire... J'avais fait quelque temps auparavant la connaissance, par amis interposés et à l'occasion d'un simple appel téléphonique à Paris durant les Fêtes de fin d'année, d'un tout jeune Estonien qui faisait la fête avec lesdits amis et qui avait tenu à me "souhaiter la bonne année" à cette occasion (c'est ce style de jeunes qui, alors qu'ils ne vous connaissent même pas, vous disent "tu" dès la première phrase et veulent tout savoir des régions où vous vivez). Or, deux ans et demi plus tard, voilà qu'il me téléphone en m'annonçant qu'il passera bientôt quelques jours en Suisse, et il me demande - car il n'est pas riche - si je ne peux pas lui offrir l'hospitalité à cette occasion (... ...). Ce jeune homme est en fait d'origine russe (40 % de la population de Tallinn est russe) et il parle parfaitement le russe et l'estonien, et couramment le français et l'anglais; et vu le sens "légendaire" de l'hospitalité qu'ont les Russes en général, je n'ai pas osé refuser ...

    Il a heureusement été d'une correction exemplaire et m'a appris beaucoup de choses sur son pays. Mon seul problème, c'est que lorsque j'ai voulu faire porter la conversation sur la musique classique estonienne (je n'attendais que ça), ce fut le "flop" complet () : il n'aime que le rock (il chante d'ailleurs dans un groupe de rock "jeune et branché" au nom bizarre), et il n'avait jamais entendu parler ni de Tubin, ni de Pärt, ni de Eller (ou Heller), ni de Raid ...

    Gros conflit de cultures et surtout - vu son âge - de générations .

    Jacques

  5. #5
    Vous me faites penser que j'ai acheté jadis le coffret Bis des symphonies et que je ne l'ai pas encore écouté! Je vous promets de combler cette lacune dès que possible.
    Quelle est celle que vous préférez? Et à quoi ressemble le Concertino pour piano, malheureusement non repris dans ce coffret?
    G.

  6. #6
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    Quote Originally Posted by Gustave View Post
    Quelle est celle que vous préférez? Et à quoi ressemble le Concertino pour piano, malheureusement non repris dans ce coffret?
    G.
    Bonsoir Gustave ,

    Vous avez certainement fait un bon achat en acquérant ce coffret de 5 disques, que je montre (recto/verso) ci-dessous :



    Je possédais déjà quelques disques isolés (avec diverses symphonies) quand j'ai moi-même acheté ce coffret, mais je ne l'ai pas regretté car plusieurs compléments, comme vous avez pu le voir sur le premier post, n'ont pas été repris dans l'intégrale. Cette dernière est en outre complétée par des oeuvres que je n'avais pas (Toccata pour orchestre [1937] et la Suite tirée du ballet "Kratt" [1961], un ballet qui dans sa forme originale de 21 ans antérieure semble avoir donné, de la part des autorités soviétiques, du "fil à retordre" au compositeur -- il a dû le "refaire", apparemment pour le rendre plus conforme à l'idéologie officielle; les compositeurs estoniens, à cette époque, ont de toute façon été "envoyés" de gré ou de force à Léningrad ou à Moscou pour y "étudier la vie musicale soviétique", ce qui n'a pas dû les enchanter outre mesure).

    Difficile de dire quelle symphonie je préfère... J'aime plus particulièrement la Troisième, la Cinquième, la Sixième et la Dixième. Mais c'est vraiment une affaire de goût personnel, et vous pourriez être d'un avis tout différent.

    Décrire à quoi ressemble le Concertino pour piano et orchestre (1944/45) n'est pas chose facile non plus. C'est évidemment plus "léger" que les symphonies, mais c'est fort plaisant et ça peut évoquer tour à tour - aussi étonnant que ça paraisse - Bartok (en moins "radical" évidemment), Kodaly, Chostakovitch, voire des compositeurs anglais comme Walton, Britten, ou même Bax et ses oeuvres pour piano et orchestre (cf. le beau "romantisme" du mouvement lent).

    Je signale aussi que le Requiem (1979), couplé sur l'un des disques isolés avec la Symphonie No 10, est une oeuvre très émouvante et de toute beauté.

    Plus tard, mais sans doute pas ce soir (car j'ai toute une correspondance à faire en anglais, ainsi que de la musique d'Ernest Bloch à écouter), j'évoquerai la musique de chambre de Tubin (au travers du seul disque que j'en possède, mais il est remarquable) et sa musique pour piano (là, je dispose d'une intégrale).

    Jacques

  7. #7
    Merci beaucoup, Jacques. J'attends avec impatience votre recension de la musique pour piano.
    G.

  8. #8
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Il y une vingtaine d'années,
    Là (je m'en aperçois seulement maintenant), ça partait vraiment mal : une faute de frappe (le mot "a" [verbe] passé à la trappe) après les deux premiers mots, c'est tout moi ... Ça me rappelle certaines lettres très officielles adressées à mes patrons, où ce genre de choses arrivait quand même après dix relectures; et il me fallait ensuite des jours pour m'en remettre ...

    Puisque je suis revenu un instant, j'en profite pour signaler que mon intégrale du piano du Tubin, que je n'ai plus écoutée depuis belle lurette, comporte trois disques remplis à ras bord. Comme ça n'est pas "ultra-accessible" mais que j'ai l'intention de tout réentendre quand même attentivement, ça pourrait me prendre un certain temps ... Je ferai toutefois de mon mieux ce prochain weekend, en espérant ne pas dire ensuite trop de bêtises .

    Jacques

  9. #9
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    Me voici à nouveau . Je me suis levé de bonne heure pour un samedi matin, et j'ai tout réécouté ()...

    Sans qu'on puisse la qualifier de centrale dans sa production (l'orchestre l'attirait davantage), l'oeuvre pour piano d'Eduard Tubin n'en est pas moins importante, riche et variée. Elle comporte même deux chefs-d'oeuvre reconnus : la Ballade sur un thème de Mart Saar (1945) et surtout l'extraordinaire Sonate No 2 dite "Aurore boréale" (1950), composée "atonale" soit sans aucune désignation de tonalité, qui est considérée de nos jours non seulement comme le sommet du piano estonien mais comme l'une des oeuvres les plus importantes de toute la musique pour piano du XXème siècle (il faudrait des pages et des pages pour la décrire).

    Mais ce corpus ne se laisse pas "apprivoiser" du premier coup. Quand j'ai voulu m'y lancer, ça m'a un peu rappelé (sans établir une comparaison de style) mon étonnement à la découverte de l'oeuvre pour piano de Carl Nielsen : j'ai vu un coffret orné d'un beau paysage danois, j'ai cru que ce serait "plein de merveilleuses miniatures scandinaves romantiques" comme je les aime chez Grieg, j'ai acheté ce coffret et... je me suis vite rendu compte que ce n'était pas tout à fait ça ().

    Quand il était encore élève de Heino Eller, Tubin commença par composer deux petites pièces - Hällilaul (Berceuse) et Albumileht (Feuille d'album) - dont la première comporte de surprenantes harmonies ravéliennes. Puis il composa une série de Six Préludes (de 1927 à 1935), des pièces pour la plupart "rêveuses" et où se devine l'influence de Eller, de Scriabine et de Debussy. Il composa par la suite encore un Prélude isolé (1949), puis une autre série de Sept Préludes (1976), d'inspiration toute différente et largement influencés par un folklore stylisé (on songe notamment aux pièces tardives de Szymanowski).

    La Sonate No 1 (1928), composée quand Tubin était encore dans la classe de Eller, est une oeuvre à grande échelle qui comportait à l'origine quatre mouvements mais dont l'un a été perdu. L'univers de cette sonate déjà fascinante, c'est un peu celui de la Sonate No 5 de Scriabine (une oeuvre charnière chez ce dernier) : "l'aspiration créatrice effrénée du compositeur, son expressivité extrêmement passionnée explosent dans une apogée extatique", ce qui n'empêche pas (dans le deuxième mouvement, Scherzo - Presto) des rythmes très marqués et d'un impact irrésistible.

    Avec la longue Sonatine en ré mineur en trois mouvements (1942 - elle dure environ 25 minutes, avec un matériel pourtant basé sur un seul et unique thème), qui se caractérise par un style beaucoup plus personnel, "les moyens d'expression typiques du piano romantique s'éloignent et la structure s'enrichit", "l'idiome musical caractéristique de son créateur est élaboré", donnant à cette oeuvre une certaine "clarté classique" (ce qui n'exclut pas la modernité d'écriture).

    Dans sa Ballade sur un thème de Mart Saar (1945), Tubin utilise un thème mémorisé tiré du chant choral de Saar intitulé "Sept Tombes vêtues de mousse". Elle fut l'une de ses premières oeuvres à être immédiatement acclamées par les critiques étrangers, compte tenu peut-être d'un certaine parenté d'inspiration avec Sibelius (le symphoniste, pas l'auteur de pièces pour piano assez mineures dans l'oeuvre du grand Finlandais). "Avec son matériel musical et sa concentration formelle travaillée avec soin, c'est une des oeuvres pour piano les plus fécondes de Tubin, impressionnante avec son développement dramatique, sa force expressive suggestive et une grande abstraction (...)".

    D'autres oeuvres, comme les Variations sur un thème folklorique estonien (1945, rév. 1981), Quatre Chansons folkloriques de mon pays (1947), Suite sur des mélodies pastorales estoniennes (1959), Trois Danses folkloriques estoniennes (1978), de même que certaines pièces mineures comme Trois pièces pour enfants (1935), sont d'un grand intérêt également mais ne nécessitent pas de faire l'objet d'une analyse détaillée. Je relève juste que Tubin avait une connaissance et une conscience profondes de la culture et du folklore musical de son pays, qu'il rencontra aussi dans les années "30" Bartok et surtout Kodaly, lequel lui prodigua de précieux conseils, tout cela lui permettant de composer dans ce domaine particulier des oeuvres aussi belles qu'attachantes.

    Quant à la Sonate No 2, "Aurore boréale" (1950), dont la modernité pourrait surprendre plus d'un auditeur mal préparé, c'est un sujet si "énorme" que, paradoxalement, je préfère m'abstenir de la commenter (j'aurais pu reproduire tout ce qu'en dit le livret joint au coffret, mais ce serait beaucoup trop long). Je me borne donc à montrer comment se présente le coffret en question, qui comme il se doit s'orne d'une image directement en rapport avec cette oeuvre :



    Je ne recommande pas l'achat de ce coffret au même titre que celui des Symphonies, à mon avis plus essentiel. Mais je suis certain que si l'un ou l'autre d'entre vous se décidait quand même à l'acquérir, mû par un audacieux instinct de découverte, il aurait beaucoup de joie et de belles heures d'écoute devant lui .

    Jacques

  10. #10
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    Je signale juste une petite contradiction, s'agissant de la date de composition de la Sonatine en ré mineur, entre le livret joint au coffret de l'oeuvre pour piano de Tubin (très détaillé et dont je me suis largement inspiré pour ma petite "présentation") et ce qui figure au dos du coffret lui-même : ce dernier indique 1949, alors que le livret dit 1942.

    Comme le texte du livret me paraît plus "sûr" (vu toutes les indications qui y figurent et sa cohésion minutieuse), j'ai donc préféré mettre la date qu'il mentionne (1942).

    Jacques

  11. #11
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Me voici à nouveau . Je me suis levé de bonne heure pour un samedi matin, et j'ai tout réécouté ()...
    Bravo, moi ça m'a pris un mois - et pourtant j'étais parti sur ma lancée, après l'enthousiasme immodéré qu'avaient suscité en moi les symphonies. Je dois dire que je n'ai pas été transporté.

    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Elle comporte même deux chefs-d'oeuvre reconnus : la Ballade sur un thème de Mart Saar (1945) et surtout l'extraordinaire Sonate No 2 dite "Aurore boréale" (1950), composée "atonale" soit sans aucune désignation de tonalité, qui est considérée de nos jours non seulement comme le sommet du piano estonien mais comme l'une des oeuvres les plus importantes de toute la musique pour piano du XXème siècle (il faudrait des pages et des pages pour la décrire).
    A vrai dire, et très globalement, je n'ai pas tellement apprécié le piano de Tubin, qui me semble jouer soit dans le ffff soit dans le ppp sans aucune nuance entre les deux. J'exagère à peine. De plus, c'est une écriture très massive, par blocs de gros accords, ce qui en accroit encore le caractère "binaire" quand c'est joué au piano.

    Par exemple, cette sonate n°2 illustre assez bien ces défauts : ça m'a semblé beaucoup trop bourrin : il enchaine des accords plaqués qui finissent par être assommants, quelques oasis de froide féérie viennent interrompre la machine à taper, mais ça ne suffit pas à rendre l'œuvre intéressante, à mon avis.

    Par contre, la Ballade sur un thème de Saar est très belle, il faut l'avouer. Le début est très austère et assez sombre, la fin est d'une transparence et d'une virtuosité ravéliennes, un vrai bonheur.

    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    La Sonate No 1 (1928), composée quand Tubin était encore dans la classe de Eller, est une oeuvre à grande échelle qui comportait à l'origine quatre mouvements mais dont l'un a été perdu. L'univers de cette sonate déjà fascinante, c'est un peu celui de la Sonate No 5 de Scriabine (une oeuvre charnière chez ce dernier) : "l'aspiration créatrice effrénée du compositeur, son expressivité extrêmement passionnée explosent dans une apogée extatique", ce qui n'empêche pas (dans le deuxième mouvement, Scherzo - Presto) des rythmes très marqués et d'un impact irrésistible.
    Sur la Sonate n°1, je partage votre sentiment sur la perception de l'oeuvre (surtout la dernière phrase); mais ces rythmes très marqués m'ont gêné. Cette sonate est une œuvre taillée dans la masse à grand coups de pioche: c'est clair, brutal (un peu trop) et limpide, mais pas toujours très inspiré je trouve.

    La 5ème sonate de Scriabine, même si je comprends les termes de votre comparaison (sur le rythme) me semble très au-dessus de celle de Tubin. C'est une sonate très optimiste et pleine de lumière, habitée par une inspiration païenne fulgurante.

    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Avec la longue Sonatine en ré mineur en trois mouvements (1942 - elle dure environ 25 minutes, avec un matériel pourtant basé sur un seul et unique thème), qui se caractérise par un style beaucoup plus personnel,
    Oui, c'est très personnel. On retrouve dans cette sonatine (je me demand en effet pourquoi il a appelé ça sonatine) la froideur brutale et magnifiquement lumineuse qui fait son style, avec quelques accès de douceur qui ne laissent jamais affleurer le sentimentalisme. Il y a de jolis passages, surtout dans le final, mais son binarisme pp/ffff est parfois un peu ennuyeux.

    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    D'autres oeuvres, comme les Variations sur un thème folklorique estonien (1945, rév. 1981), Quatre Chansons folkloriques de mon pays (1947), Suite sur des mélodies pastorales estoniennes (1959), Trois Danses folkloriques estoniennes (1978), de même que certaines pièces mineures comme Trois pièces pour enfants (1935), sont d'un grand intérêt également mais ne nécessitent pas de faire l'objet d'une analyse détaillée.
    Bon, je précise alors - mais j'ai été moins indulgent que vous - Les 4 Chansons Folkloriques de mon pays m'ont semblées très coloré et très virtuoses; les thèmes ne sont malheureusement pas transcendants mais ça se laisse écouter.

    La Suite sur des mélodies pastorales estoniennes m'a parue très ras des mottes, sans aucune transcendance esthétique et aussi ennuyeux que Merikanto dans le même genre. On est loin de Dvorak en ce qui l'utilisation du matériau traditionnel.

    Les 3 Danses Estoniennes m'ont semblées être du Bartok réchauffé - vous soulignez à juste titre l'influence de Bartok sur Tubin, et c'est frappant ici.

    Quant aux 3 Pièces pour enfants, dès le titre on sait que ce sera pas un chef-d'œuvre, et le fait est que ça n'en est pas un.
    Quant aux Variations, je ne les ai pas entendues - ça vient peut-être de mon intégrale pas tout à fait intégrale...

    J'ajoute en retour quelques oeuvres que vous n'avez pas mentionnées :

    Les 6 Préludes pour piano de 1937 (9' ) qui n'ont de mon point de vue aucun intérêt. et les 7 Préludes pour piano de 1976 (15' ) illustrent assez bien ce côté pimpimBOUMBOUM dont j'ai parlé. On retrouve étrangement ce même défaut dans l'oeuvre pour piano de Scelsi.

    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Je ne recommande pas l'achat de ce coffret au même titre que celui des Symphonies, à mon avis plus essentiel.
    Ca ne fait aucun doute : les symphonies sont des splendeurs. J'y reviendrai plus en détail, et il me semble que son écriture massive et taillée à la serpe n'est pas adaptée au piano, à quelques exceptions près. La musique symphonique de Tubin m'évoque irrésitiblement l'univers de Tolkien - transposé au piano cet univers se retrouve un peu à l'étroit; ça n'est évidemment que mon avis.

    En tous cas merci Jacques pour cette très riche présentation

  12. #12
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    Je voulais dire aussi un ou deux mots de la musique de chambre. Mais mon problème c'est que je n'en possède qu'un disque...

    Est-ce suffisamment représentatif du reste ? J'en doute, mais j'évoquerai quand même cet enregistrement "par acquit de conscience". Je le ferai cependant à une autre occasion, après l'avoir réécouté .

    Je crois toutefois que vos remarques, Couack, résument assez ce qui est important et prime sur le reste : ce sont les oeuvres pour orchestre qui sont les plus intéressantes. Et l'avantage, c'est que le coffret des Symphonies ne coûte pas très cher (ce ne sont pas les prix "Brilliant Classics", mais c'est abordable).

    Jacques

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