Il y une vingtaine d'années, j'avais commencé avec passion ma découverte de l'oeuvre de Chostakovitch. Tombant un jour sur un disque Bis où, en "première mondiale", étaient présentées par le chef estonien Neeme Järvi et l'Orchestre Symphonique de Göteborg deux oeuvres d'un compositeur jusqu'alors totalement inconnu de moi, Eduard Tubin (1905-1982), je me suis alors mis en tête qu'il avait écrit le même genre de musique et, par curiosité, je l'ai acheté.
Or, en dépit de quelques analogies présentes dans telle ou telle des dix symphonies de ce compositeur (certaines critiques parues à l'époque, si je me souviens bien, voulaient absolument le comparer au grand Russe, usant de méchantes expressions du genre "c'est du sous-Chostakovitch"), je me suis assez vite rendu compte que c'était en réalité fort différent, tout en étant très beau néanmoins.
A propos de l'Estonie, Wikipedia relève opportunément qu'elle est "un pays fennique, comme la Finlande ou la Carélie (Russie)", que "les langues fenniques font partie de la famille finno-ougrienne qui inclut les langues sames (Laponie linguistique), que "l'Estonie est donc abusivement appelée pays balte alors que les Estoniens ne parlent pas une langue balte et ne sont pas de culture balte", et que "sur ces points l'Estonie est un pays nordique comme la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, l'Islande et leurs Etats associés". Cela fait donc déjà une grande différence culturelle.
Quant à Tubin, il ne vécut dans son pays que la première moitié de sa vie (l'Estonie ne fut d'ailleurs indépendante, à cette époque, que de 1920 à 1940) et passa la seconde moitié entièrement en Suède, où il s'était réfugié avec sa famille dès septembre 1944 et où il mourut trente-huit ans plus tard, très peu connu en dehors de ces deux pays. La période "soviétique" du compositeur se réduit ainsi à fort peu de chose.
Cela étant, avant d'en dire davantage dans un autre post, je montre ci-dessous les deux disques contenant de la musique de Tubin que j'ai achetés en premier lieu :
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En fin de post, je me permets aussi de reproduire l'intéressant article écrit par Michel Tibbaut le 31 juillet 2008 sur le site "ClassiqueInfo-disque.com", à l'occasion de la réédition récente de l'intégrale des Symphonies sous le label Bis.
Jacques
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"Les Symphonies d’Eduard Tubin constituent l’un des joyaux les plus purs du catalogue du label Bis. Les retrouver en coffret à prix doux est une occasion à ne pas manquer.
"Le compositeur estonien Eduard Tubin (1905-1982) était pratiquement inconnu internationalement avant 1980, et c’est grâce à son compatriote, le chef d’orchestre Neeme Järvi, qu’il a acquis une renommée d’ailleurs pleinement justifiée. La prise de conscience mondiale de la musique estonienne se développa surtout grâce à la forte personnalité d’Arvo Pärt, mais cela ne doit pas occulter le nom de ses précurseurs tels que Rudolf Tobias (1873-1918), Artur Kapp (1878-1952), Mart Saar (1882-1963), Artur Lemba (1885-1963), Heino Eller (1887-1970), Cyrillus Kreek (1889-1962), Kaljo Raid (1922-2005); et aux côtés d’eux, Eduard Tubin, avec ses dix Symphonies, occupe une position particulièrement privilégiée. En fait il en a écrit une onzième, inachevée, qui n’est pas reprise ici, mais que Paavo Järvi, le fils de Neeme, a enregistrée pour Virgin Classics.
"Le label BIS, tout audacieux et aventureux qu’il est, a néanmoins initié prudemment cette série avec la plus courte, la Symphonie n° 9 dite «Sinfonia semplice» (1969), en deux mouvements à l’atmosphère toute élégiaque, teintée de mélancolie, œuvre enregistrée en public à Göteborg le 4 septembre 1981. Puis ce fut la Symphonie n° 4 «Sinfonia lirica» (1943/78), captée également en public mais à Bergen lors de la création de la version de 1978, le 5 novembre 1982 : œuvre admirable aux douces teintes pastel, achevée en août 1943, mais qu’un sort malheureux dû au bombardement de Tallinn par les Forces Aériennes Soviétiques, et plus particulièrement le Théâtre Estonia où était entreposé le manuscrit, amena le compositeur à la réviser en 1978 à partir de l’original roussi qui tombait en morceaux.
"Le succès rencontré par ces enregistrements pionniers incita BIS à parachever l’intégrale des dix Symphonies, en studio cette fois. La Symphonie n° 1 est une œuvre complexe qui demanda du temps au compositeur : commencée en décembre 1931 et achevée en mai 1934, elle témoigne d’emblée de l’assurance du jeune Tubin; l’enregistrement proposé ici, datant d’octobre 1986, n’en est que la quatrième exécution.
"Ce furent ensuite la Symphonie n° 2 «Légendaire» (1937) au titre on ne peut plus évocateur, et la Symphonie n° 3 «Héroïque» (1942), première écrite sous occupation soviétique, et que le créateur, le chef d’orchestre Olav Roots, commenta en ces termes : «Le désespoir, l’obstination et la haine qui ont triomphé d’une race qui languit après son indépendance perdue, trouvent une expression musicale dans la Symphonie n° 3. Elle se développe premièrement en un hymne passionné pour être une puissante expression de confiance en soi et de force intérieure, et deuxièmement en un appel héroïque à la justice.»
"La Symphonie n° 5 (1946) fut la première écrite par un Tubin exilé à Stockholm. Le compositeur suédois Moses Pergament en fit le commentaire suivant : «On pourrait difficilement mettre en doute que cette symphonie a été conçue et écrite comme une description sonore de la tragédie nationale estonienne, une vue où le drame lui-même a été peint avec la même force et imagination artistique qu’un espoir teinté de religion pour le futur et la vision prophétique inspiratrice de liberté.»
"La Symphonie n° 6 (1954) pour grand orchestre – avec saxophone et piano – révèle une fois de plus toute l’assurance et l’imagination de Tubin en une œuvre à la vitalité rythmique proche de Prokofiev. La Symphonie n° 7 (1958), selon les propos du compositeur, «utilise le potentiel du petit orchestre», tandis que la Symphonie n° 8 (1966), de caractère plus introspectif que les autres, fut la première à être créée à Tallinn après la guerre, le 24 février 1967.
"Enfin la Symphonie n° 10 (1973), œuvre certainement ni moins sombre ni moins mélancolique que ses devancières, est ainsi caractérisée, un peu par boutade, par Tubin : «Comme j’étais pressé, la symphonie n’a qu’un mouvement, mais cet unique mouvement renferme, en vérité, les éléments de quatre mouvements fondus en une seule unité.»
"Toute cette somme symphonique, constituant l’un des plus admirables fleurons du patrimoine musical estonien, est ardemment et idéalement défendue par Neeme Järvi, dont Eduard Tubin était l’ami personnel."
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. Surtout que, pour ma part, je ne les connais encore pas très bien, sauf ce qui figure sur le petit disque ci-dessous :

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- et pourtant j'étais parti sur ma lancée, après l'enthousiasme immodéré qu'avaient suscité en moi les symphonies. Je dois dire que je n'ai pas été transporté. 