Aïda me semble l'opéra qui a engendré les décors les plus pharaoniquement kitsch. Un opéra intimiste souvent joué dans la grandiloquence. S'il y des scènes que vous aimez, n'hésitez pas.
Quel est ce film, où Sophia Loren joue Aïda, avec la voix, sublime, de la Tebaldi:
Bonjour,
J'avoue être un peu surpris de voir qualifier Aïda d'opéra 'intimiste' et qu'on y reproche des mises en scènes pharaoniques. Dès la commande, cette oeuvre fut voulue comme spectaculaire, et Verdi dut se plier à cette exigence, malgré qu'il en eût.
Qu'il y ait eu et y ait encore des MeS kitsch, de mauvais goût, etc., certes. Mais il en est qui tout en étant 'à grand spectacle', et donc appropriées, n'ont pas donné dans ce travers. Qu'est-ce dans Aïda qu'un effectif 'pléthorique', c'est à dire excédentaire ?
Il serait curieux de ramener Aïda aux dimensions scéniques de Cosi !
Beaucoup de scènes sont à très peu de personnages! La seule fois où je l'ai vu, c'était à Covent Garden il y a 30 ans, la mise en scène était tellement intimiste que c'était décor unique (ou plutôt une absence unique de décor) pour tout le monde, et trois malheureux gamins faisant des pirouettes pendant "les trompettes" ; peut-être un peu excessif, du coup...
Rétablissons la vérité: Aïda est un opéra qui alterne avec bonheur des scènes intimistes et des scènes pharaoniques.
Le film avec Sophia Loren?
La bande son regoupe une belle équipe: Renata Tebaldi, Ebe Stignani, Giuseppe Campora, Gino Becchi et Giulio Neri (je ne sais plus qui est le chef), avec malheureusement beaucoup de coupures.
La mise en scène est très kitsch, façon vieux peplum de Cinecitta.
Dernière modification par Alfredo ; 06/12/2008 à 20h12.
Beaucoup de scènes sont à très peu de personnages! La seule fois où je l'ai vu, c'était à Covent Garden il y a 30 ans, la mise en scène était tellement intimiste que c'était décor unique (ou plutôt une absence unique de décor) pour tout le monde, et trois malheureux gamins faisant des pirouettes pendant "les trompettes" ; peut-être un peu excessif, du coup...
C'est juste, mais il y en a pas mal d'autres où il y a multitude. Indépendamment du nombre de solistes impliqués, il y a les lieux. On ne sait trop comment était le palais du pharaon? Mais on sait que les temples, dans ou aux alentours desquels se déroulent certaines scènes, n'étaient pas la Maison Carrée de Nîmes !
Alors bien sûr, les metteurs en scène peuvent donner libre cours à leur imagination, ou souvent leur manque d'imagination en le faisant passer pour de l'originalité. Je ne suis pas sûr que cela serve l'oeuvre. J'ai vu une fois Aïda, dans un théâtre antique, dans une MeS qui savait fort bien servir les deux côtés de l'oeuvre, le grandiose et l'intime - la nomination de Radames et l'affrontement Amnéris-Aïda, le triomphe et la mort des amants ; avec des jeux de lumière très subtils et éloquents. Et qui ne donnait pas dans l'ultra-péplumesque à l'égyptienne style Cléopâtre / Mankiewicz !
Mais je ne vois pas on nom de quoi il faudrait systématiquement bannir de cette oeuvre le côté grand spectacle, qui en est partie constituante ; ce serait à mon avis un contresens. Ce ne serait pas le premier, d'ailleurs, le contresens étant depuis pas mal de temps haussé à la qualité de vertu innovatrice, dépoussiérante et aérante dans le mundillo de la mise en scène branchée !
On peut aussi tourner un remake de Lawrence d'Arabie ou de ben-Hur sur la place de l'église de Trifouillis-les-Brioches, 52 habitants, avec les seules ressources locales ...! Ca ferait fureur !
Le chef de l'Aîda avec Sophia Loren est Giuseppe Morelli.
Un grand mystère à propos de ce film: pourquoi Amonasro est-il joué à l'écran par un authentique baryton: Afro Poli, doublé sur la bande son par un autre baryton Gino Becchi?...
l'extrait ci-dessus vous montre comment la partition est sans cesse entachée de petites coupures destinées à abréger la durée de l'ensemble et finit par ressembler à un puzzle incomplet recollé avec du ruban adhésif...
Je pense que Aïda est le plus intimiste des opéras de Verdi. Après Don Carlo, Aïda devient au fil de la partition de plus en plus dépouillée. Certes les lieux choisis par Mariette ne sont pas des petits salons. (Cependant Verdi ne les connaissaient pas.) La scène d'Aïda qui demande les plus grands effectifs est celle des ballets, ballets qui étaient réduits dans la forme originale de l'opéra et qui ont été ajoutés lors des représentations parisiennes en 1880. On peut voir ici Maazel à la Scala:
Dans les actes III et IV, il n'y a qu'une ou deux personnes sur scène, on peut très bien imaginer déplacer le chœur des prêtres en dehors de la scène, presque comme une voie-off. Ce n'est pas le cas visuellement ici, mais vocalement si:
Merci de vos précisions Alfredo. (A props de physique, vous me permettrez d'admirer plus celui de Gina que celui d'Afro Poli.) Mais vous m'ouvrez des horizons, je ne connais pas du tout ce cinéma populaire italien d'adaptation d'opéra. Cela me semble, au moins sociologiquement, intéressant. Voire coup sur coup Sophia Loren et Gina Lollobrigida dans ces adaptations montre que ces films avaient véritablement une vocation grand public, et on peut imaginer qu'ils eurent du succès.
<< (A props de physique, vous me permettrez d'admirer plus celui de Gina que celui d'Afro Poli.) >>
Faire doubler à l'écran Onelia Fineschi par Gina Lollobridgida s'explique facilement pour des raisons évidentes. (comme disait un gamin tout émoustillé en la voyant "chanter" , accompagnant son commentaire du geste approprié:
<< Pétard! C'est normal qu'elle ait du coffre Tu as vu un peu ses "poumons"!?....>>
Faire doubler à l'écran un bon baryton par un autre bon baryton est une chose beaucoup plus inexplicable: pourquoi Poli ne chante-t-il pas Amonasro lui-même?
Eh bien soit, qu'Aïda soit donc classé dans la catégorie 'opéras intimistes' ! Si cela fait plaisir, fondamentalement, quelle importance cela a-t-il, qui cela gêne-t-il ? Pas moi. On peut aussi y classer Les Troyens, ou Don Carlo ! Et mettre Luisa Miller dans les opéras à grand spectacle. Chacun voit midi à sa fenêtre !
A propos, n'oubliez pas Don Carlo ce soir à la TV !
Bon dimanche.