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Thread: Marcel Dupré

  1. #1

    Marcel Dupré

    Monsieur "Couack",

    J'attends avec impatience (j'espère ne pas être le seul) votre rubrique sur Marcel Dupré

    Cordialement.

  2. #2
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    Bonjour iguaçu

    "Monsieur Couack" se fera une joie de venir alimenter ce fil en long, en large et en diagonales (sinon il aura affaire à moi ) dès qu'il le pourra ( ) mais en atttendant je joins ma voix à la vôtre pour réclamer une prompte présentation de l'oeuvre de ce compositeur (et peut-être pas du compositeur lui-même dont notre ami Jean nous apprend qu'il n'était sûrement pas l'homme le plus sympathique qui soit) mais bon, ça n'interdit évidemment pas de s'intéresser à ses compositions.

    Parmi ces dernières, Le Chemin de la Croix et la Symphonie n°2 en ut dièse mineur (deux oeuvres pour orgue seul, respectivement de 1924 et de 1929) peuvent être entendues sur cet album :




    Sans être - très loin s'en faut - un spécialiste de l'orgue, j'apprécie dans cet album (le seul que je connaisse de Dupré) les passages tels que la "Station VI" du Chemin de la Croix où la musique semble s'évanouir parfois dans une douce rêverie, - on croirait de l'improvisation. Nombreux passages de cet ordre dans cette oeuvre longue de près d'une heure, et composée de 14 "stations" (correspondant aux 14 stations du texte de Claudel ayant servi de "support" à la création de cette oeuvre). La Symphonie n°2 en ut dièse mineur est beaucoup plus virtuose et monumentale, la masse sonore est beaucoup plus importante et l'oeuvre, moins intimiste que la précédente, me plaît moins. À noter que si vous acquérez cet album, vous y trouverez un livret extrêmement détaillé et fournissant des deux oeuvres une analyse musicale fort précise. C'est Couack lui-même qui m'avait conseillé cet album alors que je lui demandais "comment débuter" dans Dupré.
    Mais nul doute qu'il ne s'agit là que d'aspects très partiels d'une oeuvre que d'autres plus connaisseurs que je ne le suis pourront développer beaucoup mieux que dans cette simple et modeste introduction

  3. #3
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    Laissez-moi quelques jours et je suis votre homme : défendre un compositeur qui ennuie tout le monde - et en plus un organiste : le beau défi

  4. #4
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    Avant que ne s'enfuient tous ceux qui n'aiment pas l'orgue (ça risque de faire beaucoup de monde), une petite introduction rapide à l'instrument ne sera peut-être pas inutile - les connaisseurs me pardonneront (peut-être) quelques simplifications excessives.

    Sur l'instrument en lui-même je ne dis rien, la Wikiedia s'en charge très bien.

    J'en viens donc au plus important ici : l'écriture de l'instrument.

    - Contrairement au piano, l'orgue est un instrument qui produit un son constant (comme une flûte ou un violon). Ceci a une conséquence considérable sur l'écriture, puisque que ces sons tenus permettent de superposer aisément des mélodies. Autrement dit de faire du contrepoint, également qualifié d'écriture horizontale. A l'inverse le piano ne permet des contrepoints qu'à vitesse rapide, car l'empreinte des sons ne reste pas dans l'oreille très longtemps (c'est un instrument percussif). Donc au piano on écrit plutôt en accords, plaqués ou décomposés en dessins (les arpèges par exemple) : c'est l'écriture verticale, laquelle est souvent beaucoup plus virtuose.

    - Contrairement au piano, l'orgue est insensible au toucher de l'interprète. On peut taper comme un demeuré le clavier de l'instrument que ça n'y changera rien. Pour compenser ce manque, l'organiste dispose de deux outils : les registres (sons différents et cumulables) et parfois aussi la pédale d'expression (qui permet de faire des crescendos et des descrescendos grâce à des astuces que je ne détaille pas). Les registres, qui ont grosso modo les noms d'instruments réels, mettent sous les doigts de l'interprète un véritable orchestre.

    Ci-dessous une console d'orgue avec les registres sur les côtés (on les tire pour les actionner ici)



    C'est l'orgue de la cathédrale de Nancy, pour info.

    - Contrairement au piano, l'orgue permet de jouer et de croiser deux mélodies distinctes dans les mêmes hauteurs sans qu'on s'emmêle les doigts, car il dispose (en général) de plusieurs claviers. La présence de plusieurs claviers permet en outre de jouer simultanément sur des registres (sons) différents.



    - l'orgue enfin, a un clavier plus court que le piano, ce que compense la présence d'un pédalier, lequel joue en général les lignes mélodiques basses. Une partition d'orgue s'écrit donc sur trois portées, comme le montre l'exemple ci-dessous (extrait de l'Ascension de Messiaen). On y voit également en haut, les indications de registres.



    Ici, on constate que Messiaen n'écrit pas en contrepoint mais en forme dite du "choral", avec le chant à la main droite et l'accompagnement vertical en accords à la main gauche et au pédalier. Comme quoi l'écriture verticale est aussi possible à l'orgue (et l'écriture horizontale au piano), mais c'est moins fréquent.

    Et j'allais oublier : l'orgue est l'instrument qui dispose de la plus grande étendue de notes, depuis les hyperbasses quasi-inaudibles qui font vibrer le banc jusqu'au suraigus qui appellent les chiens.





    Ici, le pédalier d'un orgue : on retrouve donc les notes comme sur le clavier. Les boutons situés au-dessus servent à actionner différents organes de l'instruments - par exemple en accouplant le pédalier avec l'un des claviers, ou plusieurs claviers entre eux etc.

  5. #5
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    La musique d'orgue :

    Comme le piano et la guitare, l'orgue requiert une connaissance assez approfondie de l'instrument : on ne compte plus les ratages de grands compositeurs non-organistes ayant écrit pour l'orgue, et qui confondent l'instrument avec un piano (quand ils n'écrivent pas directement pour piano avec pédalier comme Schumann, ce qui est encore pire).

    Ceci explique qu'une série de compositeurs soient connus spécifiquement pour leur répertoire d'orgue : parce qu'ils étaient eux-même organistes et qu'ils ont magnifiquement écrit pour l'instrument. C'est le cas de Dupré, mais aussi de Widor De Tournemire, de Guilmant ou de Vierne, par exemple. Leur répertoire est essentiellement dédié à l'instrument : parmi les organistes qui ont dépassé cet horizon, on compte en particulier Franck, Messiaen et Reger. Et Bach évidemment.

    A l'inverse, très rares sont les compositeurs pianistes à avoir écrit des choses intéressantes pour l'orgue. Il faut quand même signaler Brahms, qui lui s'est magnifiquement illustré dans une série de superbes chorals, entre autres, et de préludes et fugues très réussis.

  6. #6
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    Ceci étant dit, passons au coeur du sujet :comme d'habitude j'en reste à des impressions personnelles et subjectives sur les oeuvres. Dupré n'a quasiment écrit que pour l'orgue, il n'y aura donc pas de rubrique "musique de chambre" ou "musique chorale". Je vais me contenter de suivre l'ordre de l'intégrale Naxos (en 13 cd).

    Ah oui, Dupré avait-il une tête sympa ? Difficile à dire avec sa coiffure à la Derrick :



    Bon : cd 1



    lequel réunit des oeuvres suivantes de la dernière période :

    24 Inventions pour orgue (1956 - 46 mn)

    Magnifique illustration des harmonies mouvantes et oniriques de Dupré, avec des registrations très inventives : c'est très doux, parfois féérique, souvent insaisissable, mais il faut tendre l'oreille. Supposément écrites pour des débutants, ces inventions réclament quand même une certaine technique. A mon avis l'une de ses oeuvres les plus intéressantes.

    4 Fugues Modales op.63 (1968 - 9')

    La fugue est un type d'écriture typiquement organistique qui est une forme de canon à 4 voix très compliquée. Une fugue par mode grec : locrien, dorien, phrygien et ionien : c'est un exercice assez formel et plutôt terne, je trouve.

    2 Chorals op.59 (1963 - 5')

    Le premier est assez majestueux et brillant, très joli, en forme d'improvisation verticale, et le 2ème plus doux et plus contrapuntique mais aussi plus ennuyeux.

  7. #7
    Merci beaucoup GILLES !

    Je ne suis toujours pas convaincu pour autant par Dupré.
    Mais je vous promets un effort : trouver et écouter chez NAXOS un des opus enregistrés à l'orgue.

    Sinon, pour ¨Max REGER c'est septante mille fois septante mille !

    Nicolas

  8. #8
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    Bonjour Nicolas

    Pour aller droit au but et couper court à ma lente progression dans l'oeuvre de Dupré, je vous recommande - ainsi qu'à tous ceux qui doutent - d'écouter en priorité :

    - Le 3ème des 3 Préludes et Fugue op.7
    - La Symphonie-Passion

    Si vous n'êtes toujours pas séduit, c'est que vous n'aimez vraiment pas Dupré !

  9. #9
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    Pour aller droit au but et couper court à ma lente progression dans l'oeuvre de Dupré, je vous recommande - ainsi qu'à tous ceux qui doutent - d'écouter en priorité :

    - Le 3ème des 3 Préludes et Fugue op.7
    - La Symphonie-Passion

    Si vous n'êtes toujours pas séduit, c'est que vous n'aimez vraiment pas Dupré !
    Quelle bonne idée, Iguaçu , d'avoir incité "Monsieur Couack" à partager ses connaissances sur l'orgue en général et sur Marcel Dupré en particulier !

    Je possède à ce jour les volumes 1 à 4 et 6 à 9 de l'intégrale Naxos, tous par des organistes et sur des instruments (pour la plupart américains) différents, et crois pouvoir confirmer, car je viens de les réécouter, que le 3ème Prélude de l'Op. 7 (Vol. 4) et la Symphonie-Passion Op. 23 (Vol. 8) sont vraiment remarquables .

    A toutes fins utiles, car de telles formations sont assez inhabituelles, je signale que figurent aussi sur ces disques des oeuvres aussi étonnantes qu'une Ballade, des Variations sur deux thèmes et une Sinfonia, toutes pour piano et orgue (Vol. 6), ainsi qu'une Sonate pour violoncelle et orgue, un Trio pour violon, violoncelle et orgue et un Quatuor pour violon, alto, violoncelle et orgue (Vol. 9) .

    Jacques

  10. #10
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    Ah oui bonne idée en effet - d'autant que je ne suis pas (encore ?) prêt en ce qui me concerne à me lancer dans une intégrale (je viens de regarder sur Naxos, il y a 13 albums !!! ) et que des conseils sont toujours bienvenus. Bon je note les vol. 4, 6, 8 et 9 pour commencer - mais pas tout de suite, trop de trucs en retard à écouter

  11. #11
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Je possède à ce jour les volumes 1 à 4 et 6 à 9 de l'intégrale Naxos, tous par des organistes et sur des instruments (pour la plupart américains) différents, et crois pouvoir confirmer, car je viens de les réécouter, que le 3ème Prélude de l'Op. 7 (Vol. 4) et la Symphonie-Passion Op. 23 (Vol. 8) sont vraiment remarquables .
    Voilà qui fait plaisir à lire, moi qui me demande régulièrement si mes suggestions d'écoute sont vraiment avisées

    Je continue avec le volume 2 de l'intégrale Naxos :



    lequel contient principalement les

    15 Versets sur les Vêpres de la Vierge op.19 (1919 - 41' )

    où le compositeur déploie une science magnifique de la registration (= de l'orchestration pour l'orgue) : du brillant au très doux en passant par leféérique; toujours dans une ambiance baignée d'une lumière fine et de couleurs harmoniques raffinées. Dupré est toujours dans un entre-deux ni gai ni triste caractéristique de son style.

    Elévation op.2 (1912 - 5' )

    Un classique de Dupré bien qu'il fût composé à 16 ans : tout le style du compositeur y est déjà avec son côté lumière du soleil à travers la brume. Une ondulation aérienne sur une voix céleste (un registre de l'orgue).

    Triptyque op.51 (1957 - 16' )

    3 parties donc : Chaconne, Musette et Dithyrambe. La première constitue à elle seule l'essentiel de l'oeuvre et on s'en réjouit car les deux dernières sont un peu fades. La Chaconne est une pièce douce et aérienne, comme une inflorescence de notes. Très joli.

    Lamento op.24 (1926 - 8' )

    Un lamento rêveur et sans apitoiement ni noirceur.

    Il faut également dire un mot sur les 79 chorals op.28. Ne souhaitant pas infliger ça à l'auditeur en une seule fois, les gars de Naxos les ont répartis plus ou moins sur les 13 cd, on en a donc un bout à chaque fois. C'est une oeuvre qui n'a d'intérêt que pédagogique : Dupré souhaitait élaborer une méthode permettant aux organistes débutants de se familiariser avec les (difficiles) chorals de Bach, et en a donc écrit des versions simplifiées. Ce sont ces 79 chorals ; inutile de dire que leur intérêt pour l'auditeur est à peu près nul; mieux vaut écouter les chorals originaux de JSB.

  12. #12
    Bonjour,

    voici aussi quelques références qui n'ont pas été évoquées et qui valent le détour (à mon avis)

    - 3 préludes et fugues op. 7; Variations sur un Noël; Cortège et litanie; Symphonie-passion: voici pour les "classiques" de base chez Dupré; joué par Pierre Cochereau à Nd de Paris; (editeur: Solstice)

    - Dupré par lui-même sur le cavaillé-Coll de St Ouen de Rouen: Symphonie-passion + quelques oeuvres extraites du Tombeau de Titelouze, des 79 chorals; etc. voici pour l'"enregistrement historique"(Philips; collection "grandes orgues")

    - Symphonie-passion; Evocation par Yves Castagnet à St Ouen de Rouen aussi; probablement un des enregistrements Dupré les plus aboutis (ed. Sony BMG "Organa Viventia")

    - Les 14 stations du chemin de croix d'après un texte de Claudel par Françoise Renet sur le C-Coll de St Sernin de Toulouse (ed. Festivo)

    - moins connue mais tout aussi intéressante, la belle symphonie avec orgue et orchestre en sol mineur (+ concerto orgue/orchestre...moins réussi à mon sens); vol. 3 de l'intégrale Dupré chez Naxos

    Puisqu'on évoquait plus haut l'absence de musique vocale par Dupré, il existe néanmoins un Cd edité chez Guild une quasi intégrale des oeuvres vocales du compositeur qui sont loin d'être laides: l'émouvant "De profundis" composé en hommage aux victimes de la guerre 14-18, 4 motets, la France au Calvaire... (pour les pièces accompagnées: Jeremy Filsell à l'orgue)

    Voilà, voilà...

    Excellente soirée à tous.

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