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Rued Langgaard
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Thread: Rued Langgaard

  1. #1
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    Rued Langgaard

    à tous.



    J'ouvre ce sujet ici car voici un compositeur prolixe (et Danois), qui a abordé de nombreux genres mais dont l'oeuvre est généralement jugée inégale.
    Alors que lors d'une conversation privée avec un forumiste qui se reconnaîtra , et celui-ci ayant qualifié Langgaard de compositeur inintéressant et terriblement académique... voilà que je découvre ces deux albums, tous deux chez Chandos et tous deux dirigés par Rozhdestvensky :

    ..............

    Le réputation de ce chef faisant, je me procure et écoute ces deux albums et finalement je découvre un compositeur... peu académique. The End of Time, en particulier, m'a touché par son élan et des effets parfois un peu faciles, il est vrai, mais voilà une oeuvre qui me semble finalement bien inspirée et ne méritant guère l'horrible qualificatif dont ce forumiste qui se reconnaîtra l'avait affublé.
    Music of the Spheres contient en outre Four Tone Pictures, Quatre Images symphoniques (pour voix et orchestre), très belles également.
    Les oeuvres présentées ici sont toutes avec accompagnement vocal : solistes et/ou chœur ; mais Langgaard a composé aussi de nombreuses symphonies et ses quatuors ont été joués et enregistrés par le Kontra Quartet chez Dacapo, la formation qui a réalisé pour le même label une extraordinaire intégrale des quatuors de Holmboe, - notamment.
    Langgaard, que sa réputation de compositeur hostile à la modernité, tourné vers le post-romantisme n'a certainement pas aidé, mérite-t-il selon vous le peu de considération dont il est l'égard ? quelles sont les oeuvres de lui à connaître ?
    Bref, vous l'aurez compris : si vous connaissez, et aimez ce compositeur (ou si vous ne l'aimez pas... ?), c'est le moment d'en parler !

    Merci d'avance !
    Phil

  2. #2
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    Re : Rued Langgaard

    Ça c'est violent ! Y' a un type qui t'a dit que Langgaard était ennuyeux et académique Si jamais on le chope, c'est le goudron et les plumes !

  3. #3
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    Re : Rued Langgaard

    Bon... soir ou jour!

    J'ai découvert ce compositeurs au début des années 90 grâce à ce disque! Heureusement surpris au début j'avoue que mon intérêt s'est plutôt émoussé après plusieurs écoutes! Je crois que la surprise venait surtout d'une orchestration assez chouette! Sinon je préfère encore écouter Nielsen!!!

    thierry




  4. #4
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    Re : Rued Langgaard

    Bonsoir Philippe,

    Un fil sur Langgaard. Décidément, je ne regrette pas mon inscription sur le nouveau forum. Ce compositeur est un monstre protéiforme, mais doublé d'un authentique génie. Je sais qu'il y a quelques allergiques à son style qui oscille entre l'ultra-réac et l'ultra-révolutionnaire, mais j'avoue avoir succombé dès la première écoute. Nous avions lancé quelques fils sur son sujet sur Abeille.

    Il ne faut surtout pas se contenter de la seule musique des Sphères et des symphonies 4, 5 et 6 : il y a la musique pour piano (l'Afgrundsmusik ou "Musique des Abysses"), les sonates pour violon, les quatuors à cordes (le 3e spécialement), les symphonies 10 à 16, l'opéra Antikrist et toutes les petites bizarreries écrites ici ou là (y compris son propre requiem).
    Danacord est actuellement en train de lancer un nouveau cycle symphonique (les symphonies 2 et 3, 12 et 13) absolument somptueux. N'hésitez pas un moment: c'est fantastique (et recommandé).
    Bien à vous,
    Vincent

  5. #5
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    Thierry et Vincent et tous

    Merci de ces messages ! même si finalement je ne sais pas quoi penser de la réponse mi-figue mi-raisin de Thierry, mais bon j'écouterai ce CD et reviendrai livrer mon propre sentiment à propos de ces symphonies

    En fait je découvre complètement ce compositeur, - avec les deux CDs mentionnés ci-dessus.

    Quote Originally Posted by Vincent H View Post
    Nous avions lancé quelques fils sur son sujet sur Abeille.
    Quant à ce fil hé bien... il m'avait échappé

    Quote Originally Posted by Vincent H View Post
    Il ne faut surtout pas se contenter de la seule musique des Sphères et des symphonies 4, 5 et 6 : il y a la musique pour piano (l'Afgrundsmusik ou "Musique des Abysses"), les sonates pour violon, les quatuors à cordes (le 3e spécialement), les symphonies 10 à 16, l'opéra Antikrist et toutes les petites bizarreries écrites ici ou là (y compris son propre requiem).
    Danacord est actuellement en train de lancer un nouveau cycle symphonique (les symphonies 2 et 3, 12 et 13) absolument somptueux. N'hésitez pas un moment: c'est fantastique (et recommandé)
    J'ai commandé l'album des quatuors chez Dacapo ! c'est un genre que j'affectionne et pourquoi ne pas continuer la découverte de ce mystérieux personnage, par ses quatuors ?

    Sinon, concernant les symphonies, je vois qu'une intégrale chez Danacord existe déjà, avec le Arthur Rubinstein Philharmonic Orchestra et Ilya Stupel (ainsi que John Frandsen) au pupitre ; toujours disponible en médiathèque parce qu'à l'achat, ça paraît cher (102 euros pour les symphonies 13 et 16 sur Amazon, par exemple )... Y a-t-il une nouvelle intégrale en cours de réalisation ? La précédente était comment ?

    Merci
    Phil

  6. #6
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    Re : Rued Langgaard

    Bonjour Philippe,

    Désolé, ce n'était pas Danacord mais bien Dacapo : voilà le lien :
    http://www.dacapo-records.dk/?page=article&id=2020

    Pour les quatuors, vous ne serez pas déçu.

    Par rapport à l'intégrale Stupel, il convient de dire qu'elle était nécessaire mais franchement pas emballante (l'orchestre est parfois un peu techniquement limité, notamment dans les traits de violons de la 10e) et souffrait d'une prise de son pas vraiment géniale. Mais elle avait le mérite de présenter plusieurs pièces symphoniques de jeunesse très intéressantes (voire magnifique), comme Drapa, écrit pour la mort de Grieg ou Sfinx, un poème pour orchestre d'une beauté bouleversante.

    A bientôt,
    Vincent

  7. #7
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    Re : Rued Langgaard

    [quote=Philippe;3508


    Quant à ce fil hé bien... il m'avait échappé

    Je vous ai retrouvé la référence, si des fois cela vous intéresse...

    Mais suite à ce que j'ai lu par rapport à la propriété d'Abeille, je devrais peut-être vous l'envoyer par mail privé.

  8. #8
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    Re : Rued Langgaard

    Quote Originally Posted by Vincent H View Post

    Pour les quatuors, vous ne serez pas déçu.
    Pas sûr! En ce qui me concerne, je ne les trouve pas terribles, ces quatuors, et même assez ennuyeux... Cela m'a même dissuadée d'aller explorer plus avant son oeuvre...

  9. #9
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    Re : Rued Langgaard

    Eh bien voilà, je les ai enfin reçus ces quatuors de Langgaard

    Voici la bête :

    Alors mes impressions ? d'abord, sur l'adjectif ennuyeux avancé par Patricia. Pour ma part je ne les trouve pas ennuyeux du tout ! c'est bien entendu inégal, certains mouvements sont en effet bien moins réussis que d'autres, mais il y a de très belles réussites comme le n°2, par exemple, que j'ai vraiment apprécié. À l'arrivée voici deux CDs ma foi bien agréable à écouter, mais je me demande dans quelle mesure ce plaisir que j'ai éprouvé à écouter ces oeuvres n'est pas en grande partie dû aux interprètes.
    Comme je l'ai déjà dit "autrefois", il m'est impossible de juger de la qualité intrinsèque des oeuvres (et encore moins de juger de la valeur des compositions), n'étant pas un "professionnel" mais un simple amateur
    Cela dit, les cordes du quatuor Kontra sont tellement soyeuses et le son tellement soigné qu'on ressort de cette écoute plus satisfait que déçu.
    Mais on n'atteint pas aux sommets de l'intégrale Holmboe par les mêmes interprètes !

    Maintenant il reste les symphonies...
    Si comme je l'imagine, plusieurs amateurs comme moi ont abondamment consulté pendant la phase d'initiation et de découverte Les indispensables de Kaminski-Hoffelé, voici (juste pour le fun) ce que ces auteurs, généralement bien informés mais bon... , en disaient en 1993 :

    Langgaard, Intégrale des seize Symphonies chez Danacord (Ilya Stupel) :

    L'autre grand symphoniste danois, occulté par l'ombre écrasante de Nielsen qui brisa net ses espoirs de carrière. Langgaard a été fraîchement accueilli par la presse spécialisée française lors de la sortie de cette intégrale, et l'on a pu lire bien des critiques blessantes à l'égard de ces oeuvres. Par nombre d'aspects, ses symphonies sont plus modernes, plus diverses et surtout plus subtilement écrites que celles de Nielsen. Les deux compositeurs n'ont d'ailleurs rien à voir, la forme symphonique pour Langgaard relevant davantage du poème orchestral. Mystique reclus, créateur amer réfugié dans son art, la longue suite de ses symphonies constituent l'épine dorsale de sa création.
    J'imagine que ce jugement en fera bondir plus d'un ! (ou au moins un qui se reconnaîtra ) mais bon, je suppose qu'il faut écouter avant de se faire un jugement et comme je n'ai pas encore écouté... je m'en abstiendrai, même s'il paraît quand même assez peu crédible a priori que Langgaard soit... supérieur à Nielsen !

    Phil

  10. #10
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    Re : Rued Langgaard

    Quel saligaud ce Philou ! Il m'a fait emprunter cinq disques de ce gazier !
    J'ai failli perdre une partie de Skip Bo en écoutant ce danois !!
    J'ai mis immédiatement du Maderna pour me remettre
    Et tu voudrais que je me farcisse ses quartets maintenant ??

  11. #11
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    Re : Rued Langgaard

    Dominique! Vous êtes la plus grande déception de ma vie.
    Un gazier? C'est quoi cette expression?

    "Je ne savais pas que je faisais du Langgaard"
    G. Ligeti, Copenhague, 1970, en découvrant la partition de la Musique des Sphères.

  12. #12
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    Re : Rued Langgaard

    "gazier" c'est de l'argot. Ça signifie un type commun, quelconque . C'est assez péjoratif mais pas méchant...

  13. #13
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    Re : Rued Langgaard

    J'ai profité d'une petite semaine de vacances pour me replonger, suite à la lecture de ce fil, dans les oeuvres de Langgaard et pour réécouter ses quatuors et ses symphonies : je me permets donc d'ajouter mon grain de sel au débat.

    Avant de parler en détail des symphonies, je réagis à la citation que Philippe a fait de Stupel sur la comparaison Nielsen/Langgaard : il me semble que les symphonies de Nielsen ne sont pas du tout, mais alors pas du tout, du même niveau d'inspiration que celles de Langgaard. Mélodiquement parlant c'est écrasant, mais pas seulement : sur le plan de l'orchestre, Langgaard se cantonne à une opposition permanente cordes/cuivres, souvent traités par blocs compacts, et ne profite pour ainsi dire jamais des bois (et ne parlons pas du reste). Sans parler du raffinement rythmique qui permet à Nielsen de produire de formidables appuis contrapuntiques dont on ne trouve aucun équivalent chez Langgaard.

    Par ailleurs, que l'écriture soit académique ne me dérange pas particulièrement, je ne crois pas trop dans l'idée de progrès en musique. A vrai dire là où le bât blesse c'est davantage dans l'originalité de l'oeuvre : Langgaard est très influencé par Gade et Hartmann (JPE, pas K.A), et derrière eux par Mendelssohn, et on ne sort pas vraiment de là, sauf à quelques notables exceptions. Nielsen lui cumulait les influences de Gade et (surtout) de Berwald, mais en faisait quelque chose d'autre.

    Néanmoins, les symphonies de Langgaard ne sont pas sans exercer une réelle séduction sur l'auditeur, d'une part parce que malgré tout ce que je viens de raconter, ça m'a semblé très dynamique (avec de puissants effets de masses orchestrales) et aussi parce que l'orchestre est très rutilant et que c'est parfois un pur bonheur de l'écouter. La très brève symphonie n°11 est à ce titre une petite merveille, et pour moi la meilleure du cycle. Pour un chef, ça doit aussi être assez jouissif, et on comprend du coup l'enthousiasme de Stupel.

    Gilles

  14. #14
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    Re : Rued Langgaard

    Alors dans le détail ça donne ceci :

    Symphonie n°1 "Klippepastoraler
    (1909 - 1h07)

    « Pastorale des falaises » : Malgré une influence très palpable de Rachmaninov, on passe un bon moment à écouter une oeuvre bien ficelée, très énergique et qui se vit comme une aventure baignée de lumière. L'orchestre est très polarisé sur les cordes et les cuivres. I- Très héroïque et mouvementé avec un côté mystérieux, des cordes vives qui portent le thème et des cuivres basses qui servent d'assise à l'orchestre.Final en apothéose comme un fracas de vagues sur les rochers. Jubilatoire. II calme majestueux, avec des cordes lumineuses qui évoquent les reflets du soleil sur un lac. III- Lent, mais plus sombre et distant, avec un retour progressif à l'animation du début. IV - le moins intéressant, plus flou. V- Retour au climat de déferlante du départ.

    Symphonie n°2 "Vaarbrud" (1914 - 28’ )

    « Naissance du printemps ». Très chantant, dans une orchestration souple fondée sur des cordes fines très divisées. C'est chaud et baigné de soleil. Le second mouvement inclut une partie de soprano assez inutile : globalement l'œuvre est bien plus dans l'ombre de Mahler que la première, ce qui est dommage. Mais c'est plaisant.

    Symphonie n°3 "Ungdomsbrus" (1916 - 28’ )

    « Bain de jouvence » (ou « flux de jeunesse »).Le départ sonne un peu comme un concerto pour piano de Tchaïkovsky, puis avec le mouvement lent et solennel qui suit, la dimension épique de l'œuvre de Langgaard refait surface. C'est le seul moment où l'œuvre est vraiment une symphonie, sinon c'est un concerto pour piano, qui plus est assez formel. Mais bon, c'est toujours agréable, même si vu l'époque, le langage (pianistique surtout) est très daté.


    Symphonie n°4 "Løvfald" (1916 - 27’ )

    « Chute des feuilles ». Très vif, avec une dynamique presque nielsenienne, pleine d'énergie avec des cuivres rutilants et chauds, des violoncelles langoureux, des flûtes riantes et un orchestre très maîtrisé. Un très joli hautbois méditatif dans l'esprit de Sibelius.

    Sinfonia Interna (1916 - 1h05)

    Probablement sa plus belle symphonie : elle utilise abondamment les solistes (soprano et ténor) et, dans une moindre mesure, un choeur. L'orchestre (cordes et cuivres) est d'une plénitude magnifique et, pour ne rien gâcher, il déploie une imagination mélodique qu'on ne lui connaissait pas. Ca n'est évidemment pas un langage révolutionnaire, mais on n'est pas loin du chef-d'oeuvre. I- L'étoile de l'est : soprano sur choral de cordes, très poétique et très doux. II- La Mer et le Soleil : Une atmosphère de plénitude, la voix claire de la soprano glisse à la surface des cordes. Entrée du chœur. III- Le Rêve : pas la partie la plus douce, bizarrement, notamment à cause de deux solistes (soprano & ténor) qui entonnent de très jolis airs, mais avec un ton parfois un peu déclamatoire. IV- Angelus: magnifique inclusion des cloches dans l'orchestre. De magnifiques passages avec une soprano de velours. V- Epilogue :choeur a capella

    Symphonie n°5 "Steppenatur" (1920 - 16’)

    « Nature des steppes ». Plus inquiet que la précédente, avec des tournures mélodiques souvent nielsenniennes, un usage intensif des basses de cuivres. Le final contient une forme de danse traditionnelle très jolie. L'œuvre reste à l'image du cycle symphonique de Langgaard, coloré, optimiste et bien écrit.

    Symphonie n°6 "Det Himmelrivende" (1920 - 22’)

    « Celle qui arrache le ciel », littéralement. Le compositeur signe ici une symphonie débarrassée de toute influence et réellement originale. Le style reste souple et chaleureux, avec de belles colorations harmoniques et une nostalgie pastorale qui produit ici des effets merveilleux; c'est toujours cet optimisme conquérant qui anime toutes ses symphonies, mais cette fois avec davantage de résolution et d'âpreté, voire de brutalité (usage massif des cuivres).

    Symphonie n°7 (1926 - 16’ )

    Après une série particulièrement intéressante qui évoluait vers toujours plus de dynamisme et d'originalité, on retombe ici sur du Weber ou du Mendelssohn - quand c'est pas carrément du Beethoven, ou du Johann Strauss (final) - assaisonné de Nielsen. Pas mal quand même, mais très décevant par rapport aux promesses des précédentes.

    Symphonie n°8 "Minder ved Amalienborg" (1934 -18’)

    « Souvenirs d’Amalienborg ». Ca commence comme une ouverture de Suppé. Il continue dans le registre très conventionnel, voire franchement daté, de la 7ème. C'est à la fois très optimiste et enthousiaste, mais le caractère mondain de l'écriture rend la chose passablement superficiel, on est ici dans les salons du plus radical des conservatismes, celui qui n'a pas encore entendu Wagner ni Mahler, alors qu'on est déjà au temps de Janacek et de Nielsen. Le choeur final est kitchissime.

    Symphonie n°9 ”Fra Dronning Dagmar By” (1942 - 23’)

    « De la ville de la reine Dagmar ». Très lumineux, très plein de bonne humeur, très centré sur les cordes avec des interventions ponctuelles de bois qui colorent de façon assez mendelssohnienne la symphonie. On est clairement dans la veine du premier romantisme, ça frôle parfois une certaine forme de mièvrerie mais c'est très rafraîchissant : le mouvement lent (3) est considérablement plus dense que le reste et suffit en soi à retenir l'attention sur cette symphonie qui prend soudain un caractère très sombre et émouvant. De belles harmonies dans le final rappellent assez Berwald.

    Symphonie n°10 ”Hin Torden Bolig” (1945 - 29’)

    « Hin, demeure du tonnerre ». On sort nettement de la phase pré-romantique, malgré une influence de Berwald assez prégnante, pour une écriture beaucoup plus audacieuse (superbes coulées de suraigus entre les flûtes et les cordes au début, passages sombres et cuivres menaçants très convaincants vers 9, orchestre puissant et tumultueux, franchement sinistre par moments'). C'est une réussite qui renoue avec l'esprit plus engagé des premières symphonies avec un métier plus sûr. Une vraie réussite.

    [B]

  15. #15
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    Re : Rued Langgaard

    Et la suite...(ça ne passait pas dans un seul post) :

    Symphonie n°11 « Ixion » (1945 - 6’ )

    Très bourrin : comme un énorme cortège qui n'en finit pas de s'é*******. Cet inachèvement mélodique
    répété n'est pas sans originalité, comme l'est la brièveté de la symphonie. C'est finalement assez surprenant,et plutôt réussi.

    Symphonie n°12 "Helsingborg » (1946 - 8’)

    Très court pour une symphonie, mais très réussi dans le style épique; dans un esprit toujours proche de Berwald et, dans une moindre mesure, de Nielsen. L'orchestre est assez massif, avec ici aussi une nette prédominance des cordes et des cuivres : il est loin du génie de son compatriote pour les colorations orchestrales ou pour le sens mélodique, mais c'est une oeuvre intéressante.

    Symphonie n°13 "Undetro" (1947 - 28’)

    « Foi dans les merveille ». Une œuvre assez chantante et optimiste, toujours dans les cuivres et les cordes, au langage tantôt schumannien ou mahlerien dans ses passages les plus audacieux - et un thème central nielsenien. C'est toujours aussi agréable à écouter, et on a en même temps le sentiment d'un déjà-entendu : Langgaard est un compositeur habile mais peine à développer une esthétique personnelle, surtout par manque de sens mélodique et par manque d'audace, et c'est dommage car tout cela sonne quand même terriblement convenu; mais, comme toujours, ça s'écoute bien. : c'est parfois jubilatoire, souvent élégant, jamais maniéré.

    Symphonie n°14 "Morgenen" (1948 - 28’)

    « Le matin ». On reste dans l'esprit des précédentes, toujours dynamique et optimiste, toujours élégant et toujours désespérément impersonnel. Ca a parfois un côté bal du prince un peu obséquieux quand il se lance dans un lyrisme mahlérien mal contrôlé (IV) et son optimisme dépourvu de nuance ressemble à s'y méprendre à de la naïveté. Le choeur accentue ces défauts, et n'apporte rien à l'orchestre - il intervient du reste rarement.

    Symphonie n°15 "Søstormen" (1948 - 14’)

    « La Tempête en mer ». Plus personnel que les précédentes : il développe sa fougue naturelle et son enthousiasme débordant pour cette évocation de la tempête. Usage intéressant de la cloche et du chœur, sur la fin un magnifique passage avec un thème de cordes récurrent qui passe comme des vagues sous le choeur : ce thème réapparaît vers la fin après un très beau passage du baryton, et confère à la symphonie une structure très identifiable.

    Symphonie n°16 "Synflod af Sol" (1951 - 23’)

    « Inondation/déluge de soleil ». Toujours aussi lumineux et positif, quelque part entre Mahler et Rachmaninov. C'est toujours aussi plaisant, mais ce qui est regrettable, c'est qu'il reste très peu personnel, que son orchestre n'évolue pas (toujours cordes et cuivres) et que son style reste constant sur tout le cycle symphonique.

    Je n'ai pas encore écouté la "Musique des sphères" dont parlait Philippe, mais c'est en bonne voie. Pour les quatuors, je rejoins Patricia, ça m'a laissé froid. je pense que le talent de Langgaard ne peut s'épanouir qu'avec un grand orchestre. Il y a aussi plusieurs pièces symphoniques qui valent le détour, j'y reviendrai quand j'en aurai le courage.

    Gilles

  16. #16
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    Re : Rued Langgaard

    MERCI gilles pour ce très beau panorama (que j'avais commencé sur Abeille sans avoir pris le temps de le finir).
    En fait, si, il existe un lien entre Nielsen et Langgaard (au-delà de la haine que le second vouait au premier) : c'est la sixième symphonie (la plus belle de toute, selon moi), qui porte les stigmates de l'Inextinguible, à savoir un même emploi des cuivres et timbales.
    Pour les quatuors, je persiste à dire que le 3e est extraordinaire, sensationnel, brut de décoffrage: pizz bartok, ponticello, climax digne des meilleurs expressionnistes, c'est une oeuvre qui décoiffe. Et qui ne laisse pas froid.

    C'est étonnant que la référence à Richard Strauss, très présente dans les dernières symphonies, ne vous ait pas "sauté" aux oreilles. Strauss, pour Langgaard, c 'était un peu "diabolus in musica"; il ne pouvait pas s'empêcher d'en faire, y compris dans son opéra Antikrist, lorsque la Grande Prostituée se met à imiter les accents de Salomé./

    Les symphonies constituent sans doute le cycle le plus atypique du 20e siècle. J'avoue que je ne comprends toujours rien à la 7e et à la 8e, qui incarnent une sorte de paradis perdu complètement dévoyé...

    Bien à vous,
    Vincent

  17. #17
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    Re : Rued Langgaard

    Bonne année Vincent!

  18. #18
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    Re : Rued Langgaard

    Bonne année Théo! De retour sur le forum?

    Comme tu le vois, l'année commence bien, avec du Langgaard!

  19. #19
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    Re : Rued Langgaard

    Quote Originally Posted by Vincent H View Post
    MERCI gilles pour ce très beau panorama (que j'avais commencé sur Abeille sans avoir pris le temps de le finir).
    Je regrette bien que ce fil d'Abeille m'ait échappé - j'avais quasiment déserté le forum sur la fin, dommage...

    Je ne savais pas que Langgaard et Nielsen se détestaient. Je partage votre enthousiasme pour la 6ème qui me semble être un sommet de l'art symphonique en général, et le point culminant de toute l'oeuvre de Nielsen avec le concerto pour flûte. Je n'en rajoute pas, Rued nous en voudrait d'admirer son concurrent sur un fil qui lui est consacré.

    Je n'avais pas pensé à Strauss, c'est vrai, mais maintenant que vous me le dites c'est assez frappant - ceci dit l'orchestre n'est pas le même. Pour les quatuors je reste sceptique, mais je vais réécouter le 3ème.

    Gilles

  20. #20
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    Re : Rued Langgaard

    Je viens d'écouter les deux cd dont parlait Philippe au début de ce fil, une vraie révélation : la Musique des Sphères d'abord, m'a vivement impressionnée. Langgaard lâche la bride à son penchant naturel pour le grandiose panthéiste et déploie une inventivité d'orchestration tout à fait fabuleuse. Cet hymne à la nature et aux forces mystiques me semble très nettement ce qu'il a écrit de mieux : les batteries de cordes du début et de la fin sont saisissantes, comme les accords métalliques de l'orgue et le climat d'ensemble, menaçant et exalté. En plus, c'est un langage original. J'aurais du commencer par là.

    Les 4 Tone Pictures qui suivent valent aussi le détour, en particulier la 4ème " : la partie de soprano a une texture de velours qui rappelle le Strauss des 4 derniers lieder (depuis que Vincent a fait remarquer le parallèle avec Strauss, je le vois partout) et se révèle particulièrement émouvante - avec l'atout de la douceur très vocalique de la langue danoise. L'orchestre, majestueux voir carrément impérial, est une pure séduction sonore. Seul bémol à mon avis, le côté parfois un chouïa déclamatoire de la partie soliste dans les 3 premières images.

    At the End of Time est de la même inspiration fausto-lisztienne que la Musique des Sphères, avec le même côté exhubérant - une partie de pizz de cordes fantastique au début et à la fin. Contrairement à tout ce que j'ai entendu jusqu'ici (hormis les oeuvres ci-dessus, le langage m'a paru éminemment personnel. Et finalement, pour une apocalypse annoncée, ça reste optimiste.

    Sur le même cd, From the Song of Solomon est aussi très enthousiasmant, mais c'est surtout le curieux Carl Nielsen, Our Great Composer, qui est fascinant. D'abord le titre, si on considère qu'il détestait Nielsen c'est un hommage assez étrange. Et la musique, restée inachevée, fondée sur un thème massif répété inlassablement, dans le même esprit que la Symphonie "Ixion". C'est un coup de maître qui n'a rien à envier au dédicataire de l'hommage.

    Bref, 2 cd Chandos magnifiques, merci Philippe !

    Et j'oubliais de préciser :

    Music of the Spheres pour solistes, 2 orchestres dont un éloigné, orgue et choeur (1918 - 35' )
    4 Tone Pictures, pour choeur, solistes & orchestre (1917 - 18' )
    At The End of Time pour solistes & orchestre (1923 -
    From the Song of Solomon pour soprano & orchestre (1949 - 17')
    Carl Nielsen, Our Great Composer (1948 - 9')

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