Allez! je me lance dans une comparaison discographique du chef d'oeuvre irremplaçable et magique tant adoré, tant réécouté, tant vénéré (...et tant detesté par d'autres....tant pis pour eux!...)
Versions CD en mono:
Jansen, Joachim, Etcheverry, cabanel Cernay Ben Sedira dir. Désormières
Un monument historique définitivement incontournable plus qu'une véritable version de référence.
Des images des "Visiteurs du soir" ou de "La belle et la bête" viennent spontanément à l'esprit en écoutant ces sonorités fanées et ces voix d'un autre temps.
Objectivement, deux défauts flagrants: l'équilibre sonore voix-orchestre est trop favorable aux voix aux dépends de l'orchestre. Et les timbres d'Arkel et de Golaud sont trop proches, au point qu'au dernier acte, on ne sait pas toujours bien lequel des deux chante quand on n'a pas le livret sous les yeux.
La voix d'Irène Joachim peut subjuguer ou au contraire agacer par son timbre de petite fille angélique mais blessée. Jacques Jansen est très charmeur et Etcheverry impressionnant et humain.
Mollet, Danco, Rehfuss, Vessières, Bouvier, Wend dir. Ansermet
Avouons le tout de suite, cette version est une de nos préférées. Tout "fonctionne" parfaitement dans le sens où même les défauts (flagrants) ne nuisent pas à la cohérence dramatique de l'oeuvre.
La diction de Heinz Rehfuss est un peu précieuse et "vieille France"? Cela anticipe certaines mises en scène modernes qui font de Golaud non pas un "chevalier noir", mais un aristo en fin de lignée ou un petit notable de France profonde.
La voix de Pierre Mollet est limitée dans l'aigu? Son timbre est jeune et frais, presque adolescent, sa diction d'un naturel étonnant, et il sait parfaitement maquiller ses aigus un peu limites en cris d'enthousiasme juvénile.
Le timbre argenté, satiné et frémissant de Suzanne Danco est un enchantement du début à la fin.
Pour les trois autres rôles on trouvera rarement mieux. Flore Wend a un timbre naturellement androgyne sans avoir besoin de surjouer au petit garçon. André Vessières est idéal et Hélène Bouvier est une merveilleuse "diseuse".
Ansermet choisit des tempi plus rapides que la majorité de ses confrères. l'oeuvre y gagne de la fluidité et de l'allant, et les chanteurs peuvent faire rebondir sur ce tapis orchestral bien tendu la prosodie si particulière des parties chantées avec un naturel le plus proche possible de la voix parlée.
On peut être un peu gêné au prime abord par la sonorité acidulée de l'orchestre et le souffle de l'enregistrement mono "Mais on s'y fait si vite..." . D'autant plus que l'équilibre voix-orchestre est cette fois idéal.
Maurane, Danco, De Groot, Vessières, S.Michel, Westbury dir. Inghelbrecht
Seuls trente cinq minutes d'extraits ont été publiés en CD (INA mémoire Vive). Pourtant l'intégrale existe, mais le Golaud effroyablement mauvais (pire encore que ce que pouvez imaginer!...) de Maurice de Groot la rend impubliable. C'est un crève coeur parce que le duo Camille Maurane-Suzane Danco est un miracle absolu de poésie, de sensibilité et d'harmonie des deux timbres, amoureusement dirigé par Inghelbrecht. Personne n'a jamais fait mieux... pour les scènes réunissant les deux héros éponymes seulement, hélas....
Il est tentant de greffer ces quelques scènes d'une perfection éblouissante dans l'enregistrement précédent, réalisé la même semaine d'Avril 1952 dans une acoustique très proche...
Maurane, Micheau, Roux, Depraz, Gorr, Simon dir. Fournet
On retrouve ici le meilleur Pelleas de toute la discographie, Camille Maurane dans une belle réalisation mieux enregsitrée, bien dirigée mais qui, vocalement, sonne un peu plus datée.
Janine Micheau est loin d'avoir le charme et le magnétisme de Suzane Danco, son côté "petite bourgeoise catho entre thé et petits gâteaux" convient à Micaêla mais pas à Mélisande.
Michel Roux est excellent: nuancé, inspiré, complexe, torturé, malgré un timbre un peu rèche.
Rita Gorr a un timbre plus riche et plus rond que celui d'Hélène Bouvier, mais Xavier Depraz n'a pas l'autorité royale d'André Vessières.
Jansen, Los Angelès, Souzay, Froumenty, Collard dir. Cluytens
Le principal attrait de cette version, c'est l'exceptionnel Golaud de Gérard Souzay. Le reste est un peu décevant.
Jacques Jansen est assombri et alourdi en comparaison de la version Désormières.
Victoria de Los Angelès est à la fois trop ingénue et trop charnelle. On imagine une grosse fille rougissante, souriante et un peu niaise... C'est un contre-sens.
Signalons l'existence d'une bande radio de la RAI qui réunit l'équipe idéale des fifties:
Camille Maurane, Suzane Danco, Michel Roux, André Vessières, Helène Bouvier, Annick Simon dir. Fernado Previtali
Cela fait vingt ans qu'un petit label montpellierain nous promet sa "parution imminente" en CD...(Vous m'entendez, monsieur Cauquil?...)... Continuons à attendre et espérer!...




, et la présence de Ruggero Raimondi ressemble plus à un coup médiatique de vedetariat qu'à une réelle adéquation entre le chanteur et le personnage
Il est tombé dans l'eau!
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