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Fred Audin
c'est un sujet difficile et complexe, même si dans le cas de Schmitt il paraît en avoir beaucoup rajouté. Il faut remarquer à sa décharge que l'essentiel de ses succès étaient derrière lui et que l'institution musicale française ne l'a pas très bien traité. Il héritait aussi d'une tradition nationaliste et antisémite assez vivace en France, et dans la musique déjà représentée par d'Indy même s'il semble avoir un peu reculé dans ses dernières années par l'expérience du rejet des milieux catholiques d'extrême-droite dont il avait été un temps le fer de lance.
D'autres compositeurs et musiciens se sont aussi beaucoup trompé, Webern le premier a cru que le nazisme offrirait à la "nouvelle musique" le moyen d'exister, et il s'est fait dévorer par la meute qu'il pensait avoir apprivoisée. Que dire de l'autre Schmidt (à part qu'il est mort à temps), de Joseph Marx, de Pfitzner, de Richard Strauss lui-même dont les bonnes intentions ne laissent pas d'étonner, comme si beaucoup de ces gens avaient été de gros naïfs, profitant de leur position pour sauver en secret leurs collègues menacés.
Après, il est bien difficile de juger et de se baser sur une attitude plus ou moins passive pour défendre les hommes (Furtwangler, Karajan qui encore après la dénazification exprimait en privé son dégoût de diriger des orchestres où il y avait des juifs et des homosexuels).
Barenboïm a bien dirigé, et en Israël aussi, les opéras de Wagner, quoique les "essais" littéraires du Phoenix de Bayreuth ne laissent aucun doute sur son antisémitisme violent et carriériste. Tous ses descendants ont foncé à pieds joints dans la pire des ignominies (par amour de la dictature ou pour défendre le petit commerce?)
Les américains quand ils étaient en mesure de le faire n'ont pas non plus détruit les voies d'accès à Auschwitz.
Un plus grand problème surgit dès lors qu'on considère la destinée des musiciens condamnés par le régime nazi qui ont survécu à la guerre. Les attaques du pouvoir ont continué à propager la rumeur de leur caractère "cosmopolite" comme on disait en Union Soviétique, et ils continuent à subir une sorte de "double peine" puisque rejetés dans les années 50 comme vieillots et dépassés, et d'une certaine façon entachés par leur survie-même d'une sorte d'ostracisme, ils ne sont toujours pas mieux traités que ceux qui s'en sont tiré avec les honneurs.
Je veux dire par là que presque toute l'oeuvre de Carl Orff est enregistrée et fréquemment jouée (en partie au moins) alors que ce n'est pas le cas de Heinz Tiessen, d'Erdmann, de Gurlitt, de Rathaus, de Wellesz, de Krenek, de Weill, ni même de Schulhoff, Krasa ou Viktor Ulmann qui eux sont pourtant morts dans les camps.
C'est le problème de Céline, Rebatet, Drieu la Rochelle, faut-il se priver de ce qu'on aime dans leur oeuvre? Personnellement je ne supporte pas Céline, mais ça n'a rien à voir avec ses opinions, je trouve juste que c'est illisible et très mal écrit. En revanche je n'éprouve pas de mauvaise conscience à écouter la tragédie de Salomé ni la 2ème symphonie de Florent Schmitt, et je préfère Fervaal de d'Indy aux mauvaises copies de Debussy qui peut passer pour plus respectable, quelles que soient les faiblesses de l'homme (même si elles ne relèvent pas vraiment du domaine politique, encore qu'il y aurait à dire sur ses déferlements haineux).