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Thread: Fredo Delius, the bad guy

  1. #41
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    Ce que raconte Fenby me semble confirmer mes impressions. Dès lors, pourquoi se fatiguer à écrire des choses chorales?
    Le début de la 2e partie, oui, effectivement - même si question lever de soleil la concurrence de Strauss est un peu écrasante, et j'aurais tendance à penser que Delius, venant après, a surtout voulu à tout prix faire différent. Il faudra que je réécoute ces quelques minutes.

    De manière curieuse, ce problème avec les voix ne m'avait pas troublé outre mesure pour Fennimore and Gerda. Là, pour le coup, ça m'avait plutôt intéressé par ce petit côté ensoleillé de la musique, d'autant qu'un opéra ne me semble pas forcément avoir besoin d'une construction formelle à toute épreuve (s'il y en a une tant mieux mais je peux m'en passer). Et puis le livret en courtes scènes aidait bien à cacher l'éparpillement habituel de la musique de Delius.

  2. #42
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    Quote Originally Posted by lebewohl View Post
    non

    je dis ça mais il faudra un jour que je serai sous caféine j'écoute sérieusement ; parce que jusqu'ici, l'impression que j'ai recueillie de ce compositeur me fait éprouver une grande compréhension envers la décision des services de police que j'évoquais au #7 ci-dessus.

  3. #43
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    Quote Originally Posted by Vincent H View Post
    Je défendrai Delius, Jacobsen (et Langgaard tant qu'on y est!) bec et ongles, façon circaète...
    Je crois que Debussy, comme à son habitude (), réserve à Delius dans "Monsieur Croche" une petite remarque assassine que je ne parviens malheureusement pas à retrouver pour l'instant.

    Mais peu importe. Car comme l'a déclaré Vincent voici bientôt trois ans, je suis prêt pour ma part à défendre Delius (sans toutefois le bec et les ongles d'un rapace comme le circaète, car comme chacun le sait : "de gustibus et coloribus non est disputandum" ). Sauf que le temps me manque, du moins ce soir.

    Je voudrais néanmoins signaler une fait à l'attention des curieux de "précurseurs en tout genre" : avec sa Florida Suite de 1887, Delius devança Dvořák (tous deux étant européens) en introduisant dans le morceau intitulé "Au crépuscule - Près de la plantation" un petit air qui, manifestement, s'inspire de la tradition américaine. Sans parler de son opéra Koanga (1895/97), dont certains pensent que Gershwin, lorsqu'il entreprit presque quarante ans plus tard la composition de Porgy and Bess, ne pouvait pas ne pas le connaître.

    Voici ce morceau tiré de la Florida Suite, où le petit air en question apparaît à 3:53 :

    YouTube - Delius - Florida Suite: III. Around the Plantation[/URL]

    Jacques

  4. #44
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    Bonsoir, Jacques.

    Évitez le bec et les ongles, avec une attelle on ne sait jamais
    Je précise ma pensée: ce que je connais de Delius (pas mal de trucs, finalement) me donne l'impression d'un amateur agréable et gentiment original - plus original par une certaine gaucherie ou par des sources inhabituelles que de manière réellement raisonnée -, parfois plaisant, plus souvent un peu longuet et lassant, et redoutablement dépourvu de ce génie dont le crédite une chapelle ardente dont sir Thomas Beecham serait la divinité tutélaire.

    Avant l'enregistrement Sony de "A Mass of Life" sir Thomas se fend d'une petite présentation où il explique comment Delius est un compositeur totalement original dont même les œuvres de jeunesse sont débarrassées de toute influence réelle - et comment, vu son génie, son temps viendra. Quand j'écoute Delius, j'entends assez souvent du Debussy, un peu d'Elgar, une pincée de Wagner, un poil du jeune Mahler et une tombée du jeune Schönberg, bref le brouet habituel des symphonistes secondaires du début du XXe siècle en Allemagne, ici un peu moins épais et compact que de coutume je l'admets (une plus haute dose de Debussy, je suppose).
    Depuis cet enregistrement de "A Mass of Life" par Beecham 58 ans ont passé, et Delius reste une petite curiosité sympathique, de celle que l'on étanche une fois nombre d'autres compositeurs connus et reconnus. Son temps n'est pas venu - et à mon avis il ne viendra pas. Un autre compositeur peu connu fut défendu toute sa vie durant par Beecham. Ce compositeur c'était Sibelius. Il ne me semble pas que Delius, malgré toute sa bonne volonté, boxe dans la même catégorie.

    Ce n'est pas une raison pour jeter sa discographie à la poubelle ni pour jeter ses partitions au feu - du moment qu'on ne m'oblige pas à les écouter


  5. #45
    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Je crois que Debussy, comme à son habitude (), réserve à Delius dans "Monsieur Croche" une petite remarque assassine que je ne parviens malheureusement pas à retrouver pour l'instant.

    Mais peu importe. Car comme l'a déclaré Vincent voici bientôt trois ans, je suis prêt pour ma part à défendre Delius (sans toutefois le bec et les ongles d'un rapace comme le circaète, car comme chacun le sait : "de gustibus et coloribus non est disputandum" ). Sauf que le temps me manque, du moins ce soir.

    Je voudrais néanmoins signaler une fait à l'attention des curieux de "précurseurs en tout genre" : avec sa Florida Suite de 1887, Delius devança Dvořák (tous deux étant européens) en introduisant dans le morceau intitulé "Au crépuscule - Près de la plantation" un petit air qui, manifestement, s'inspire de la tradition américaine. Sans parler de son opéra Koanga (1895/97), dont certains pensent que Gershwin, lorsqu'il entreprit presque quarante ans plus tard la composition de Porgy and Bess, ne pouvait pas ne pas le connaître.

    Voici ce morceau tiré de la Florida Suite, où le petit air en question apparaît à 3:53 :

    YouTube - Delius - Florida Suite: III. Around the Plantation[/URL]

    Jacques
    Et il est fort probable que Gottschalk l'ai fait avant Delius: Il possédait une esclave noir-américaine qui aimait qui lui chanter des chansons de sa culture.
    Concernant Delius, j'aime sa veine mélodique, notamment dans ses sonates pour violon, et la Florida Suite que j'adore tout à fait. Je trouve cela superbe.

  6. #46
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    Bonsoir Mah70 et Amitiou .

    Ce n'est pas pour débattre des qualités ou des faiblesses de la musique de Delius que je reviens, mais pour montrer l'une des mélodies (ici avec accompagnement d'orchestre) qu'il a composées en 1895 sur des poèmes de Verlaine .

    À propos du Quatuor à cordes No 1 de Ralph Vaughan Williams, j'ai lu un jour une remarque d'époque amusante, formulée à peu près ainsi en Angleterre (vers 1908, sauf erreur) : "On dirait qu'il [RVW] a bu une tasse de thé avec Debussy avant de composer son Quatuor".

    Et là, je ne sais pas si je pousse un peu loin le bouchon, mais j'ai un peu l'impression que Delius, avant de composer cette mélodie, avait "pris le thé" avec... Ernest Chausson ().

    Quoi qu'il en soit, voici cette mélodie ("Le ciel est, par-dessus le toit"), chantée par l'excellente soprano anglaise Felicity Lott :

    YouTube - Felicity Lott: "Le ciel est par-dessus le toit" by Frederick Delius[/URL]

    Jacques

  7. #47
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    Sans vouloir me faire l'avocat du diable, ça va plutôt dans le sens de ce que je reproche à Delius: c'est assez beau, c'est agréable, mais on a un peu l'impression que trois compositeurs différents se sont partagés le boulot. Le premier s'est chargé du début. A 0'48" un autre a pris le relais - sans doute un spécialiste des oiseaux. A 1'23" un autre zigoto survient dans une tentative de dramatisme pas très réussie. Puis à 2'34 le premier compositeur revient, s'étant aperçu qu'il avait un petit motif à caser avant la fin. Je ne réussis pas à voir de cohérence du tout, même sur un morceau de trois minutes. Si trois coups de génie inspirés s'étaient suivis, je pourrais passer, mais là je suis décidément insensible au charme deliusien (deliusiste?). Je survivrai

    Sur le même texte, voici un autre compositeur "outsider", ici fort inspiré, dans une interprétation un peu exotique dont j'ignorais jusqu'à l'existence il y a deux minutes (c'est un peu rapide quand même)

    YouTube - Reynaldo Hahn : D'une prison, par Tino Rossi


  8. #48
    je sais pas, moi cette mélodie de Delius je la trouve superbe

  9. #49
    Jacques, j'espère que vous retrouverez prochainement le passage de Monsieur Croche, je suis impatient de lire ce que ce cher Debussy pensait de son collègue. De son côté, ainsi que le révèle Fenby : "L'Après midi and Pelleas he loved, but detested the piano works". Il possédait également la partition de La Mer dans sa bibliothèque personnelle, particulièrement peu fournie en partitions complètes : symphonies de Beethoven (toutes les pages n'étant pas découpées, c'est dire l'intérêt qu'il portait à la musique et aux développements thématiques de ce dernier ), Faust Symphonie, Tristan et Isolde, Don Juan, Till Eulenspiegel, Heldenleben, Zarathustra, Espana, Daphnis et Chloé, concerto pour piano de Busoni.

    Delius était largement un autodidacte qui ne se fiait qu'à son instinct et n'éprouvait que mépris pour les recettes d'école. C'est sans doute une de ses limites mais c'est aussi ce qui rend sa musique si singulière, hédoniste, anti-intellectuelle, avec un sens inné de l'utilisation des couleurs orchestrales. Au conservatoire de Leipzig il se distingua surtout par son absentéisme. Les seuls musiciens qui comptèrent dans sa formation furent Thomas Ward qui lui appris le contrepoint et la composition à Jacksonville et Edvard Grieg qui lui donna de nombreux conseils et qui intervint directement auprès de son père afin que celui-ci le laisse entamer sa carrière. S'il y a une influence à rechercher, du moins dans ses premières oeuvres c'est plutôt du côté de Grieg qu'il faut aller (grande attention portée à l'harmonie mais sans négliger la mélodie, laquelle passe à l'arrière plan chez Debussy). Dans les oeuvres de maturité, en ce qui me concerne, je n'entends "que" du Delius (mais je fais de toute façon parti de la bande à Beecham )

    J'ai récemment découvert ce petit choeur a cappella, sans doute pas l'oeuvre la plus connue. Je ne sais même pas dans quel contexte il l'a composé.

    YouTube - Frederick Delius - The Splendour Falls on Castle Walls, for choir

  10. #50
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    Ah bin tiens oui, j'entends aussi du Grieg. Pour être honnête j'entends aussi beaucoup de Delius dans la mixture, mais ce n'est pas ce qui me passionne le plus

  11. #51
    Et c'est bien dommage !

    Mais bon, ce compositeur n'a jamais fait l'unanimité, ça ne date pas d'aujourd'hui.

  12. #52
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    Quant à la citation de Debussy (mon édition de Monsieur Croche a un index) ça donne:
    "Je ne vois guère à retenir après cela que des Poèmes Danois pour chant et orchestre de Fritz Delius: ce sont des chansons très douces, très blanches, de la musique pour bercer les convalescentes dans les quartiers riches... Il y a toujours une note qui se traine sur un accord; telle, sur le lac, une fleur de nénuphar fatiguée d'être regardée par la lune, ou bien encore... un petit aérostat bloqué par les nuages.
    "C'est ineffable comme tout cette musique! Elle fut chantée par Mlle C. Andray-Fairfax avec une voix rêveuse et mélancoliquement distinguée."

  13. #53
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    Quote Originally Posted by mah70 View Post
    Sans vouloir me faire l'avocat du diable, ça va plutôt dans le sens de ce que je reproche à Delius: c'est assez beau, c'est agréable, mais on a un peu l'impression que trois compositeurs différents se sont partagés le boulot. Le premier s'est chargé du début. A 0'48" un autre a pris le relais - sans doute un spécialiste des oiseaux. A 1'23" un autre zigoto survient dans une tentative de dramatisme pas très réussie. Puis à 2'34 le premier compositeur revient, s'étant aperçu qu'il avait un petit motif à caser avant la fin. Je ne réussis pas à voir de cohérence du tout, même sur un morceau de trois minutes. Si trois coups de génie inspirés s'étaient suivis, je pourrais passer, mais là je suis décidément insensible au charme deliusien (deliusiste?). Je survivrai
    Votre talent à prôner ou à descendre en flammes certaines causes, Mah70, est digne de celui d'un brillant avocat .

    Mais ce que vous dites de cette mélodie de Delius, c'est presque comme si on avait demandé à Fred Audin (que ce dernier veuille bien me le pardonner, car je le respecte beaucoup aussi) d'analyer une oeuvre analogue de Debussy ().

    Autrement dit, si je ne vous ai en rien convaincu des mérites de Delius (telle n'était d'ailleurs pas mon intention), vous n'êtes pas parvenu non plus, quant à vous, à me faire changer d'avis le moins du monde sur ce compositeur.

    "De gustibus et coloribus (etc.)", comme déjà dit ().

    Jacques

  14. #54
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    Je n'en suis quand même pas à trouver dans la correspondance de Delius les preuves irréfutables qu'il écrivait le contraire de ce qu'il pensait.

  15. #55
    Quote Originally Posted by mah70 View Post
    Quant à la citation de Debussy (mon édition de Monsieur Croche a un index) ça donne:
    "Je ne vois guère à retenir après cela que des Poèmes Danois pour chant et orchestre de Fritz Delius: ce sont des chansons très douces, très blanches, de la musique pour bercer les convalescentes dans les quartiers riches... Il y a toujours une note qui se traine sur un accord; telle, sur le lac, une fleur de nénuphar fatiguée d'être regardée par la lune, ou bien encore... un petit aérostat bloqué par les nuages.
    "C'est ineffable comme tout cette musique! Elle fut chantée par Mlle C. Andray-Fairfax avec une voix rêveuse et mélancoliquement distinguée."
    Vraiment impayable ce Claude, je sens que je vais finir par l'acheter ce bouquin.

  16. #56
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    Quote Originally Posted by Erwan View Post
    Vraiment impayable ce Claude, je sens que je vais finir par l'acheter ce bouquin.
    Quant à moi, il faut vraiment que je m'en procure à nouveau un exemplaire muni d'un index (ça m'énerve de devoir chaque fois passer un temps fou à rechercher tel passage intéressant ).

    En fait, j'en avais un avec index, jadis. Il était toutefois moins complet et j'en ai fait cadeau (ce que je ne regrette évidemment pas) à quelqu'un rencontré au service militaire.

    Ce fut d'ailleurs l'une des rencontres les plus étonnantes qu'il m'ait été donné de faire dans des circonstances pareilles : parmi la foule ordinaire de soldats plutôt incultes et souvent "en goguette" (seulement le soir, bien sûr ), voilà que je tombe sur un fin lettré zurichois, pharmacien et passionné de musique, de la française en particulier. Et en plein durant cette période, il devient père d'une petite fille prénommée Philippine (ce n'est pas le genre de nom qu'on oublie facilement).

    Cet exemplaire moins complet de "Monsieur Croche", mais avec index, a donc été le cadeau que j'ai fait à ce camarade suisse allemand mélomane et francophile, pour marquer la naissance de sa fille ().

    Jacques

  17. #57
    "Il y a toujours une note qui se traine sur un accord;" Venant de l'utilisateur des notes à côtés, c'est amusant ^^

  18. #58
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    Toujours a propos de "Monsieur Croche" (après, pour en rajouter dans le même registre, je crois qu'il sera plus logique de mettre de tels posts sur le fil Debussy, même s'il est déjà bien long), je me régale à nouveau de toute une série de "vacheries", grandes ou petites, qu'il a pu écrire sur certains de ses collègues .

    Il lui suffisait parfois de quelques phrases brèves pour railler deux compositeurs à la fois. Par exemple, il n'aimait pas beaucoup Saint-Saëns (lequel, soit dit en passant, le lui rendait bien puisqu'il proclama un jour qu'il renonçait à prendre des vacances pour mieux dénigrer Debussy) et moins encore Meyerbeer. Ce qui donne le 19 mai 1903, à propos de la reprise de l'opéra Henry VIII de Saint-Saëns : "(...) C'est peut-être le dernier opéra historique qui passe !... Du moins il faut l'espérer et il paraît difficile d'y réussir mieux que ne le fit Meyerbeer. Cela ne veut pas insinuer que M. C. Saint-Saëns a eu tort d'écrire Henry VIII. Mais il lui manque cette grandiloquence dans le mauvais goût, caractéristique du génie de Meyerbeer. (...)"

    Beaucoup moins méchantes, presque flatteuses mais quand même un peu... "réductrices", ces réflexions du 9 mars 1903 sur la musique de Fauré, qui touchent également Marguerite Hasselmans, la dame qu'on voit sur cette photo déjà montrée ailleurs :



    "(...) Nous avons entendu après une Ballade pour piano et orchestre du Maître des Charmes qu'est Gabriel Fauré, presque aussi jolie que Mme M. Hasselmans qui tenait la partie du piano en remontant d'un geste charmant une épaulette qui se dérobait à toute gamme un peu vive. Je ne sais pas pourquoi il s'est établi en moi une association d'idées entre le charme du geste précité et la musique de Fauré. C'est pourtant par ce jeu aux lignes si gracieusement fuyantes que décrit la musique de Fauré qu'on peut la rapprocher d'un geste de jolie femme sans crainte de désobliger l'une ou l'autre. (...)"

    Jacques

  19. #59
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    J'adore ces vacheries ; peu importe qu'elles soient de mauvaise foi ou erronées, elles en apprennent en tout cas sur les goûts et les humeurs de Debussy, c'est tout de même bien tourné, et, quoi qu'on pense, il sait de quoi il parle.

    (dans le genre j'adore la sortie de Berlioz sur Boieldieu, sortant d'un concert où l'on jouait, si je me souviens bien, du Weber (ou du Beethoven?), "tout ébouriffé d'avoir entendu autre chose que l'accord parfait majeur qu'il a plaqué toute sa vie" [je cite de mémoire, je ne devrais pas mettre les guillemets]...)

  20. #60
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    Bonjour.

    Je me suis toujours demandé pourquoi on demandait à des artistes de j(a)uger leurs pairs. Ils savent de quoi ils parlent, certes, mais ils se sont aussi et surtout formés un goût, une éthique, une esthétique, tous choix essentiels dans l'accomplissement de leur art, et ils ne sont pas forcément bien disposés à accepter les résultats d'un autre cheminement.

    Debussy se reconnait en quelques mesures (sauf quand c'est du Delius ), il a donc une personnalité forte, qu'on l'apprécie ou non. Cette personnalité, il l'a je suppose forgée au fil du temps, par des choix et des repentirs, des réflexions personnelles et des comparaisons avec les œuvres de ses contemporains ou de ses prédécesseurs. Après cela, est-ce si étonnant qu'il n'apprécie pas les esthétiques trop différentes de la sienne? Si je me souviens bien le type dont il dit le plus de mal doit être Puccini, pas franchement un compositeur proche de lui dans le style.

    Après, on peut toujours en profiter pour descendre Debussy comme étant incapable d'aimer autre chose que ce qu'il compose et ça prouverait bien combien il était navrant comme compositeur. Mais je ne connais pas tant de compositeurs capables d'apprécier des esthétiques très différentes de la leur propre. Et ça tient aussi à la personnalité propre du compositeur: Debussy n'était pas quelqu'un de particulièrement agréable dans la vie, mais Poulenc, que je suppose quelqu'un de charmant, pouvait à la fin de sa vie défendre le jeune Boulez attaqué par des amis à lui - je vois bien Bernard Gavoty dans le rôle de l'attaquant


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