Bonsoir ami(e)s mélomane(s),
J'aimerais ce soir vous parler ce soir de ce qui constitue peut-être le quatuor le plus ambitieux de Schubert, le D. 887 qui fut écrit en une dizaine de jours entre le 20 et le 30 juin 1826...Exécuté le 7 mars 1927 en sa présence, le premier mouvement fut aussi exécuté le 26 mars 1828 dans une des célèbres soirées organisées par la Gesellschaft der Musikfreunde de Vienne. Publié en 1851 par l'éditeur autrichien A. Diabelli, il a sombré dans un relatif oubli durant près d'un siècle et a beaucoup souffert de la célébrité et de la concurrence du Rosamunde et de la Jeune Fille et la Mort. Il fallut attendre 1953 et le Wiener Konzerthausquartett pour que la réhabilitation commence vraiment ! Mais même depuis cette date, il reste peu joué...pourquoi ?
Je pense qu'une des raisons est que ce D. 887 n'a pas de liens ou de filiation avec le Rosamunde ou la Jeune Fille et la Mort, mais qu'en fait il annonce l'esthétique musicale de la fin du 19e siècle (post-brahmsienne) et la 2ème école de Vienne.....pour le comprendre, il faut penser Gustav Mahler et Arnold Schönberg, notamment son quatuor en ré mineur !! Avouez qu'à première vu, c'est un peu décoiffant quand on repense au premiers quatuors de Schubert qui rappellent plutôt la 'Hausmusik' ! Ce quatuor a longtemps été considéré comme trop long (près de 50 minutes), (trop) symphonique ou orchetral, difficille d'exécution !
Le quatuor se compose de quatre mouvements :
1) Allegro moderato en sol majeur. Reprenant en gros la structure d'une sonate, il s'en dégage immédiatement une tension due au trémolo persistant qui souligne le premier élément du premier thème qui n’est pas exposé clairement mais qui surgit de façon inopiné et irrégulière que ce soit sur le plan rythmique ou harmonique. Au contraire le second thème est exposé de manière traditionnel sous forme d’une danse au rythme bien marqué et séduisant. C’est cette juxtaposition dans le type d’expoisition (irrégulière-traditionelle) qui pour moi annonce l’école de Vienne qui suvra Brahms. Je pense au quatuor en ré mineur de Schönberg.
2) Andante un poco moto en mi mineur. Sorte de Lied à la ligne chantante et assez simple, on est loin de l’énergie et de l’explosion dynamique du premier mouvement qui n’apparait que sous forme de quelques soubresaut nerveux. Les ruptures harmoniques ont du dérouter plus d’un auditeur !
3) Allegro vivace en si mineur. Il me fait penser au scherzo viennois, celui de la Grande Symphonie en ut de 1828, mais aussi au scherzo de la 7ème de Bruckner ! Une sorte de transition entre l’opus 103 de Haydn et la musique viennoise de fin du 19e siècle. Le trio (allegretto) lui revient à ces charmantes méolides des Schubertiades que Schubert réalisait au piano. Musique fraternelle.
4) Allegro assai. Ce dernier mouvement est étonnant par sa complexité, sa richesse harmonique et mélodique. Une œuvre en soi, dont les ambivalances majeur-mineur, les changements de tonalités ou les chromatismes dans les voix intermédiaires annoncent clairement la 2e école de Vienne.
Etonnant comme ces juxtapositions entre forme traditionnelle et exposition désordonné et inopiné de thème ou ces jeux harmoniques parfois contradictoires annoncent les quatuors du 20e siècle !
Au niveau interprétation, je suis souvent sorti décu soit par manque de souffle symphonique, soit parce que je ne retrouvais pas tous ces aspects contraductoires, ou pas les rapports à Schönberg ou alors que Schönberg mais pas les retour vers les Schubertiade…… Il faut dire qu’entre la dimension symphonique, les qualités de solistes requises de chaque musicien tout en offrant une homogénéité exceptionnelle, ce n’est pas facile à réconcilier.
Même si les Berg m’avaient relativement bien plu mais pas complètement. Au moins ils regardaient vers Schönberg….avec un patronyme comme le leur ! Aussi quand mes amis du quatuor Prazak m’ont annoncé il y a une année qu’ils s’y mettaient, je suis longtemps resté dubitatif, me demandant ce qu’ils allaient bien pouvoir faire d’une pièce aussi casse-gueule. Je me demandais à vrai dire pourquoi personne ne me plaisait à 100% alors qu’ils existe quelques belles interprétations de la Jeune Fille et la Mort ! Certes les Prazak l’avaient superbement enregistré il y a 10 ans, mais les Berg qui me plaisent beaucoup dans le D 810 me laissent sur ma fain dans le D. 887….pouvait-on réussir ce quatuor maudit…..
La réponse m’a été envoyé début janvier par les Prazak. Ce qu’ils ont réalisé ici est pour moi un véritable miracle. Je pensais les connaître mais je suis resté sous le choc dès les premières secondes de leur disque. Sacrées prises de risques, ils démarrent ce quatuor No 15 comme la Grande Symphonie en ut !! Avec un petit orchestre de 16 cordes, il fallait oser et surtout tenir la distance….Le souffle du violoncellistes, Michal Kanka, la variété des couleurs du violon, se souffle symphonique hors du commun. Ce n’est que mon avis, mais pour moi il s’agit clairement ici de la référence pour ce quatuor.
Ecoutez-le, j’attends votre avis avec plaisir !
Denis
Références du disque :
Schubert : Quatuors D. 887. Trios à cordes.
Quatuor Prazak
Praga Digitals - PRD/DSD 250'240
En concert.......
Au Théâtre des Champs Elysées avec les Alban Berg....
ou/et
Au Théâtre des Bouffes du Nord avec les Prazak.
Merci Schubert !!




