Pourquoi est-ce que je les associe, ce français, né à Sofia qui a "toujours su qu'il vivrait à Paris", et qui a été le seul, ou presque, à écrire des choses pertinentes sur la musique de Beethoven, ce yougoslave, né à Zagreb, en actuelle croatie, et émigré en France depuis une cinquantaine d'années et cet iconoclaste, pape de la musique électronique, pilier du festival ONCE à Ann Arbor, et figure historique d'University of Michigan à Ann Arbor.
D'abord, parce que le premier, mort en 1997, aurait eu 85 ans en 2010, tout comme le deuxième, toujours bien vivant et alerte, tandis que le troisième va avoir 75 ans le 30 mars prochain. Après tout, en ces temps de chopinerie exacerbée, pourquoi ne pas utiliser la mode des commémorations à des choses qui servent, et qui sont bien d'ici et maintenant?
Plus sérieusement, parce que les trois en question étaient amis et frères en musique dans les années 60 et 70, et qu'ils représentent, chacun à leur manière, tout ce que ces années ont été, en matière de musique contemporaine: saines, enthousiastes, sincères, vraies, essentielles, innovantes, libres.
Aucun des trois n'appartient à une école ou à une idéologie bien prononcées. Tous les trois ont questionné, cherché, trouvé, se sont posés des questions: sur la musique, la musique et l'électronique.
Tous les trois sont restés "modestes", tout en prenant très sérieusement leurs oeuvres et en respectant leur Art.
Tous les trois sont, ou presque, des noms fantômatiques, dont on se souvient, ou qu'on révère ou dont on se souvient, quelquefois, comme un vieux livre sur une étagère d'une bibliothèque qu'on ne consulte plus jamais.
Pas assez emblématiques, comme peut l'être Pierre Boulez, pas assez "new age" et dans l'air - supersticieux et manipulateur - du temps, comme peuvent l'être le barbu estonien ou le barbu, pas minimaliste mais quand même un peu et de plus en plus religio-mystico-réac, ces trois musiciens constituent pour moi des exemples d'un temps, pas si lointain mais pourtant si éloigné, où la musique ressemblait à l'idée que se faisait du XX ième Joseph Pagnol, le père de l'écrivain, dans La Gloire de mon Père.
D'André Boucourechliev, on ne joue plus jamais les Archipels: un monument de ces quarante dernières années, toujours disponible au disque, et qui n'a jamais quitté le catalogue. De Gordon Mumma, plus que sa musique électronique composée dans le cadre du festival ONCE à Ann Arbor, il me semble qu'il faut connaître l'intégrale de ses oeuvres pour piano, qui s'étend de 1960 à 2001, contenue sur de double album New World Records - une Public Foundation qui n'a pas oublié ce qu'était sa mission:
D'Ivo Malec, ce double CD:
exceptionnel, et toujours distribué par Abeille Musique, dont l'apport majeur à toute collection de musique contemporaine avait été soulignée par les revues musicales - qui, pour une fois, avaient fait leur travail - et qui avait été mentionné, dans l'indifférence quasi-générale, par quelques-uns, dont ggd et moi même sur les forums Abeille.
Si le mot commémoration en musique avait encore un sens, la musique d'André Boucourechliev, celle de Gordon Mumma et celle d'Ivo Malec seraient jouées abondamment en concert, et le disque documenterait leurs oeuvres.
Mais on est en 2010 et pas en 1960.
En 1960, comme l'écrivait Albert Cossery, on pensait que " le progrès social commence toujours par l'indépendance des fesses", alors qu'en 2010, le néo-puritanisme, sous toutes ses formes, croît et embellit !!





Quant aux deux autres évidemment faut les trouver chez son disquaire ! L'oeuvre pour quatuors de Boucou est superbe ( et "son" Beethoven est probablement la première bio que j'ai jamais lu ! ) Le double disque que tu mentionnes est vraiment superbe ! Je rajouterais aussi deux disques de l'excellent label Timpani relativement récents : celui de Tamayo et de l'orchestre du Luxembourg, et plus récent celui d'Emmanuel Krivine avec le même orchestre proposant son superbe concerto pour violoncelle : Arc en cello ! Beaucoup de disques de Malec sont introuvables ou non réédités...

et ils enregistraient du Nono, du Xenakis, du Malec, du Babbitt, du Maderna, du Dallappicola, du Stockhausen, du Cage, et plein d'autres.


