C'est sans doute très téméraire de ma part d'ouvrir sur Mahler un fil général et, ce faisant, d'empiéter sur d'autres discussions ouvertes il y a peu et portant, bien plus raisonnablement, sur une seule de ses symphonies à la fois. Car "qui trop embrasse mal étreint" ().
Et pourtant... Cette année marque le 150ème anniversaire de la naissance de Gustav Mahler (1860-1911) et un tel prétexte, finalement, en valait bien un autre. Cette discussion sera aussi l'occasion de traiter, sans trop de "dispersions", de certaines oeuvres (des cycles pour voix et orchestre) qui, peut-être, n'auraient pas fait l'objet d'un sujet spécial avant longtemps.
Cela dit, je possédais déjà quantité d'enregistements des symphonies de Mahler (cela va de Klemperer à Boulez, en passant par Szell, Kubelick, Ančerl, Neumann, Solti, Tennstedt, von Karajan, Haitink, Abbado, Chailly, etc.), mais aucune intégrale (pour une fois, je m'y étais toujours refusé). Et voilà que je suis tombé cet après-midi même sur le coffret de 11 disques dont je montre les deux faces ci-dessous (en grand pour qu'elles soient bien lisibles), vendu à prix modéré et auquel, pour des raisons personnelles (une sorte de "coup de coeur"), je n'ai pas pu résister :
Ces enregistrements, je crois, sont assez typiques de Bernstein, qui prend tout "à bras-le-corps", avec passion, avec excès. Mais c'est parfois génial, et aussi très proche de l'idée (juste ou fausse) que j'ai fini par me faire de cette musique.
Du texte succinct (rédigé par Nick Kimberley) figurant sur le livret joint au coffret, je reproduis ces cinq paragraphes, les quatre premiers pris au début, le cinquième tout à la fin :
"À la mort de Gustav Mahler à Vienne en 1911, l'influent critique Henry Krehbiel écrivit dans le New York Tribune : «On ne voit pas comment sa musique pourrait lui survivre longtemps. Il n'y a pas de place pour elle entre l'ancienne et la nouvelle école». Mahler avait passé une bonne partie de ses dernières années à New York, où, entre 1908 et 1911, il dirigea le Metropolitan Opera et l'Orchestre Philharmonique de New York. C'est ainsi qu'il fit découvrir à la ville sa propre musique, et toutes les réactions ne furent pas positives. Le jugement mesquin de Krehbiel était caractéristique des opposants systématiques.
Pourtant, en un sens, Krehbiel avait raison. Pendant de nombreuses années après la mort de Mahler, sa musique resta sinon complètement enfouie, du moins bien cachée. Certes, il y en avait qui œuvraient à la maintenir en vie, notamment le chef allemand Bruno Walter, qui avait été étroitement associé à Mahler; mais il fallut un chef d'orchestre américain pour imposer l'idée que Mahler méritait sans consteste une place au cœur de la vie musicale classique.
Cet homme était Leonard Bernstein. Il interpréta la musique de Mahler tel un disciple dont la mission était de transmettre le message laissé par le compositeur. Comme il le dit lors d'une des conférences Norton qu'il prononça à la Harvard University en 1973, l'étude de la Neuvième Symphonie de Mahler (la dernière qu'il ait achevée) lui avait montré que «notre siècle est le siècle de la mort (...) et Mahler est son prophète musical». Pour Bernstein, interpréter Mahler ne consistait pas simplement à garantir que les notes tombent bien là où il faut; il s'agissait de communiquer quelque chose d'une importance cruciale, quelque chose que le monde n'était pas prêt à comprendre auparavant.
Bernstein dirigea pour la première fois Mahler à New York en 1947, et le critique Irving Kolodin réagit alors à l'interprétation que le New York Philharmonic donna de la Deuxième Symphonie («Résurrection») en des termes qui rappelaient Krehbiel : la symphonie, dit Kolodin, était «le brouhaha le plus pédant et le plus vide jamais conçu». Il y avait manifestement du travail à accomplir pour rendre Mahler compréhensible, et pas seulement aux États-Unis : quand Bernstein dirigea la Troisième et la Cinquième Symphonie à Vienne en 1972, c'était la première fois que le Philharmonique de Vienne jouait ces œuvres depuis l'Anschluss de 1938. Plusieurs des autres symphonies étaient tout aussi méconnues des instrumentistes; Bernstein les réintroduisit dans la vie musicale viennoise, qu'elles n'ont pas quittée depuis lors.
(...)
Toutes les interprétations préservent le caractère instable et le sens du risque qui imprégnaient le Mahler de Bernstein. Pour certains, les interprétations de ce genre, qui mettent les sentiments à nu, étaient outrancières; pour d'autres, elles incarnaient l'authentique esprit mahlérien, auquel Bernstein se sentait uni par un lien direct. Quant il parlait de Mahler, il révélait en général un peu de lui-même, alors laissons les derniers mots, aussi pertinents qu'immodérés, à Bernstein : «Fondamentalement, bien sûr, toute la musique de Mahler nous parle de Mahler - ce qui veut dire simplement qu'elle nous parle d'un conflit. Songez à tout ceci : Mahler le créateur opposé à Mahler l'interprète, le juif opposé au chrétien, le croyant opposé au sceptique, le naïf opposé au raffiné, le Bohémien de province opposé à l'homme du monde viennois, le philosophe faustien opposé au mystique oriental, le symphoniste lyrique qui n'écrivit jamais d'opéra. Mais, pour l'essentiel, c'est entre l'homme occidental de ce tournant du siècle et la vie spirituelle que la bataille fait rage. De cette opposition naît la liste interminable des antithèses - tout le Yang et le Yin - qui habitent la musique de Mahler»."
Je termine sur ces trois vidéos montrant le grand chef américain à la tête du Wiener Philharmoniker dans le premier mouvement de la Neuvième Symphonie :
YouTube - Mahler: Symphony No. 9: Mov. 1 - Part 1 of 3[/URL]
YouTube - Mahler: Symphony No. 9: Mov. 1 - Part 2 of 3[/URL]
YouTube - Mahler: Symphony No. 9: Mov. 1 - Part 3 of 3[/URL]
Jacques

).
), je n'ai pas pu résister :


(Mais bon, certains l'ont fait
)

. Bonsoir Philippe
)... 

(d'où les plaisanteries qu'on peut imaginer, et le "debussyste" que j'étais - et que je suis toujours - ne s'en est pas privé, à l'époque

), mais plutôt une oeuvre de jeunesse datée de 1877 ou 1876, son Mouvement pour quatuor avec piano et cordes que j'ai découvert dans cette version il y a 25 ans: 

) !
(un souvenir impérissable d'autant que je n'avais même eu à payer mon billet !
y est bouleversante. Ma version de chevet malgré l'âge et le live, est celle de Schuricht à Amsterdam en 1939, je trouve qu'elle est encore plus poignante. Il faudra que j'en parle à Philippe pour la play-liste.
(en novembre 2008) ; à l'époque nous étions toujours chez Ovh, avec un espace disque très limité, et rien de cette époque n'a été conservé : on libérait chaque mois de l'espace pour le serveur. Bien entendu, tout cela peut se retrouver
)) et donc j'en profite de l'occasion qui m'est offerte par ce fil, pour poser la question de savoir - puisqu'il s'agit d'une sorte d' "initiation" au classique pour débutants ou néophytes, quelle version du Chant de la Terre vous semblerait la plus pertinente pour ce type de public et pourquoi : Walter ou Klemp ou autre évidemment (attention : au moins 50 ans d'âge 