L'orchestre de Lille donne Carmen du 11 mai au 4 juin sous la direction de JC Casadessus avec une mise en scène de Jean-François Sivadier lequel avait déjà monté à l'opéra de Lille Madame Butterfly et Wozzeck.
Le but affiché de l'opéra de Lille est de faire venir le maximum de personnes à l'opéra. Bon. Pourquoi pas? Ca se défend. Ce qui peut se défendre aussi c'est la multidiffusion opérée pour la représentation de ce soir sur France Inter et en écrans géants dans les théâtres d'Arras, Dunkerque et Valenciennes.
J'écoutais France Inter ce matin et Nicolas Demorand a souligné "le grand événement populaire que signifiait un tel regroupement actuel autour de cet opéra visionnaire, annonciateur du féminisme etc etc. contre les âmes tristes qui défendent l'idée d'une vision aristrocratique de la culture contre le rassemblement festif des masses, tel le défunt philosophe Philippe Murray (lu actuellement au théâtre de l'Atelier par Fabrice Luchini) ou (il n'était pas cité directement mais il était incontestablement visé) Alain Finkielkraut".
Ca peut également se défendre.
Ce qui m'a énervé en revanche, c'est la formidable torsion du réel auquel s'est livré Demorand ce matin à travers une question posée aux organisateurs de l'événement dont il n'a pas écouté la réponse et a fait de cette derniière une preuve de la théorie qu'il avançait.
La question était grosso modo la suivante: Carmen a fait scandale à l'époque et constituait une sorte d'art subversif à l'encontre de ce qui se pratiquait à l'époque en matière d'opéra, n'est-ce-pas?
L'interlocuteur répond: des compositeurs comme Brahms ou Wagner, qui se détestaient profondément, appréciaient beaucoup Carmen.
Demorand reprend: "donc, même dans les milieux musicaux de l'époque, l'oeuvre de Bizet était contestée par les principaux représentants des courants musicaux en cours".
Formidable contresens dans l'interprétation donnée de la réponse. L'interlocuteur avait dit exactement l'inverse et il répéta: "non, ce n'est pas que Carmen était ressentie comme subversive, c'est que différents courants musicaux en totale opposition, se retrouvait pour unanimement saluer l'opéra de Bizet".
Parfois, je me demande si loin de tendre à l'objectivité, certains idéologies actuelles n'ont pas tendance à réduire toute expression esthétique, philosophique ou littéraire du passé à ce qu'elles pensent. Tout le monde fait ça, mais qu'un journaliste se prête à ce genre de distorsion sur une radio écoutée par à peu près tout le monde (enfin, sauf ce matin pour ceux qui ont fait le pont), ça m'a choqué.
Moi, j'assimile cette ignorance mêlée à une forme de certitude à de la contre-information. Mais je suis peut-être une âme triste.
Il est vrai que par ailleurs, c'était un détail.





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