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Thread: Allan Pettersson

  1. #1
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    Allan Pettersson

    On n'a consacré aucun fil à cet immense symphoniste suédois

    Je voulais simplement signaler que sa 1ère symphonie (inachevée) et qui n'avait à ma connaissance pas été enregistrée jusqu'ici a fait l'objet d'un cd chez BIS, dans une version éditée (et dirigée) par Christian Lindberg avec le symphonique de Nörrköping :


  2. #2
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    Très intéressant ... et coïncidence surprenante : je suis précisément en train de lire la biographie de Pettersson par Jean-Luc Caron, - dont frobi avait parlé ici : http://www.mqcd-musique-classique.co...002#post103002

    Il s'agit de cet ouvrage :



    @ propos de la "1ère symphonie", JL Caron parle de simple première ébauche symphonique qui ne sera jamais achevée, datant de 1951 (la même année où Pettersson compose ses 7 Sonates pour deux violons) ; à cette époque, Pettersson, qui a déjà acquis une excellente réputation de violoniste puis d'altiste principalement, au sein de différents ensembles de la Radio suédoise, se satisfait mal du peu de considération dont il semble l'objet - peut-être à cause de problèmes relationnels naissants, avec la direction d'orchestre et parfois avec ses collègues - mais alors pourtant qu'il est alors estimé comme l'un des meilleurs altistes du pays - et commence à ressentir le besoin impérieux de se tourner vers la composition.

    Cette anecdote est assez révélatrice :

    Sa révolte latente éclata au grand jour lorsqu'on le changea de place sans motif apparent. Écoutons-le :
    « En arrivant à la répétition j'ai vu que ma place était derrière, si près de la porte que je l'avais presque dans le cul quand on l'ouvrait... Quel choc ! une telle chose était criminelle...»
    Pettersson ne pouvait qu'être choqué par la corruption morale, la méchanceté gratuite, l'étroitesse intellectuelle et quotidienne d'un milieu qu'il croyait supérieur à celui de ses origines.
    (op.cit., p.23)

    De cette période datent les 24 Barfotasänger, les deux premières symphonies, le Concerto pour orchestre n°1, et les 7 Sonates pour deux violons.

    À propos de la "symphonie n°1" (Jamais exécutée ! En partie détruite ? Il en existe quatre fragments et des esquisses incomplètes de la conclusion. Uniquement sous forme de manuscrits. [op.cit., p.61]), JL Caron écrivait en 2007 que "des démarches ont été entreprises auprès de la veuve du compositeur pour obtenir le droit d'enregistrer ce qui peut l'être". Des démarches qui, de toute évidence, ont depuis abouti
    En effet, Pettersson refusa toujours que l'on exécutât - ni même que l'on vît - sa première symphonie de son vivant - sans pour autant s'opposer à ce qu'elle puisse être exécutée après sa mort.
    Pour terminer je cite à nouveau JL Caron : Sa répugnance même à parler de cette partition semble devoir être rapportée non à une qualité inférieure mais à ses liens intenses et intimes avec sa propre vie à l'époque de sa composition, une époque de grandes difficultés personnelles. Partition autobiographique ? Lyrisme extraordinaire ? Nous ne possédons pour l'instant aucune réponse satisfaisante. (op. cit., pp.61-62)

    Autant dire que la nouvelle de cet enregistrement, que je me réjouis d'écouter bientôt, je l'espère, est un événement peut-être majeur. Merci, Gilles, de l'avoir signalé !

  3. #3
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    Voilà qui répond à pas mal de questions que je me posais au sujet de cette 1ère symphonie. Merci pour ces infos Je vais écouter ça

  4. #4
    Apparemment Jen-Luc Caron est passionné des compositeurs nordistes: il a aussi à son actif un livre sur Nielsen.

  5. #5
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    En effet
    Ainsi qu'un autre sur Sibelius, et un autre sur Grieg (sous-titré Le Chopin du Nord )

  6. #6
    Excellente nouvelle que cet enregistrement de la 1re symphonie. Ceux qui, comme moi, ont acheté les symphonies chez Cpo vont se retrouver avec deux versions de la 2e - mais abondance de biens... La suite du cycle est-elle prévue chez Bis?

  7. #7
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    Quote Originally Posted by Philippe View Post
    En effet
    Ainsi qu'un autre sur Sibelius, et un autre sur Grieg (sous-titré Le Chopin du Nord )
    C'est en effet assez racoleur mais pas complètement absurde si on considère que 1- Grieg a été avec Chopin l'un des premiers compositeurs "nationaux" (cad à utiliser de façon raisonnée et quasi-systématique le matériau thématique de la musique traditionnelle locale) et que 2- il ont tous les deux essentiellement écrit pour le piano.

    On aurait aussi pu avoir Moussorgsky ou Rimsky-Korsakov comme "Chopins de l'est" sauf qu'eux n'ont pas tellement écrit pour le piano.

  8. #8
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    Quote Originally Posted by Gustave View Post
    Excellente nouvelle que cet enregistrement de la 1re symphonie. Ceux qui, comme moi, ont acheté les symphonies chez Cpo vont se retrouver avec deux versions de la 2e - mais abondance de biens... La suite du cycle est-elle prévue chez Bis?
    Bonjour Gustave

    Vous êtes peut-être déjà au courant du fait que Bis a consacré pas mal de cds à Pettersson, comme il se doit, sino gare au choc des images :












    Sinon avec Lindberg il y a déjà :




  9. #9
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    Je (et certainement beaucoup d'autres) me suis souvent posé une question au sujet de Pettersson, dont la musique exprime une souffrance et une détresse inouies ("excruciating pain" comme il est dit quelque part au sujet de ce qu'il a physiquement - et moralement subi, depuis son père forgeron alcoolique qui le battait jusqu'aux ennuis de santé sans fin qui l'ont accablé), dans quelle mesure un artiste pouvait transcrire de façon authentique et aussi poignante une douleur extrême sans l'avoir ressentie lui-même.

    Car la biographie de Pettersson, c'est un peu Rémi sans famille version trash, une véritable malédiction qui ne l'a pas lâché jusqu'à la fin, et je ne vois a priori pas d'équivalent dans l'histoire de la musique. Schnittke peut-être, Shostakovich, psychologiquement sans aucun doute, et quelques autres. Mais le cas de Pettersson me paraît unique. Je me trompe peut-être...

  10. #10
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    Un CD "pionnier" d'un petit label suédois (enregistrements de 1961 pour Mesto pour orchestre à cordes, composé en 1956/57, et de 1966 pour la Symphonie No 2, composée à Paris en 1952/53) qui figurait depuis plus de vingt ans dans ma collection () :





    Grande impression à sa réécoute, tout à l'heure, comme je m'y attendais... Car même s'il y avait longtemps que je n'avais plus passé ce disque, je gardais de la musique qu'il contient le souvenir d'une force expressive peu commune ().

    Jacques

  11. #11
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    La symphonie n°2 fut la première oeuvre orchestrale exécutée de Pettersson, en 1954, alors que celui-ci a déjà la quarantaine bien entamée. JL Caron, se basant pour une grande part sur les écrits de Pettersson lui-même, considère que c'est à partir de cette période que Pettersson se démarque le plus nettement de Leibowitz, auprès de qui Pettersson suivit plusieurs années d'études complémentaires, à Paris ; un Leibowitz qui n'arriva jamais à faire partager à Pettersson ses convictions d'un sérialisme dur, mais qui le fit travailler assidûment.
    Cette symphonie porte pour JL Caron (dans son ouvrage cité plus haut) les marques de ce qui fera l'originalité de Pettersson, dont l'oeuvre est parcourue de bout en bout d'une extrême tension, d'une absence totale de repos. Je recommande évidemment la lecture de cet ouvrage passionnant, où la symphonie n°2 est analysée par l'auteur tant au plan de ses aspects historiques, qu'esthétiques (op.cit., pp.68-70, notamment).

    Quote Originally Posted by Couack View Post
    Je (et certainement beaucoup d'autres) me suis souvent posé une question au sujet de Pettersson, dont la musique exprime une souffrance et une détresse inouies ("excruciating pain" comme il est dit quelque part au sujet de ce qu'il a physiquement - et moralement subi, depuis son père forgeron alcoolique qui le battait jusqu'aux ennuis de santé sans fin qui l'on accablé), dans quelle mesure un artiste pouvait transcrire de façon authentique et aussi poignante une douleur extrême sans l'avoir ressentie lui-même.
    Quant à répondre à ces interrogations, les écrits même de Pettersson fournissent des pistes intéressantes sur ce rapport étroit, constant entre l'homme et l'oeuvre - et dirais-je aussi, ce qu'en éprouve l'auditeur : Ma musique est la seule chose qui me permette de supporter mon destin infernal. (Dagens Nyheter, 1975) ; Ma musique est pour les humbles, les faibles et les exclus, mais en même temps pour moi-même, pour m'aider à supporter mon propre destin. (ibid.) ; Quelqu'un m'a dit un jour que je composais parce qe je m'apitoyais sur moi-même. Je ne l'ai jamais fait, je n'ai jamais su pleurer. (...) S'apitoyer sur son sort est une attitude si improductive. (...) Ce dont je fais part n'est pas de l'apitoiement, mais pure information. (Dissonance Douleur, 1952) ; L'oeuvre à laquelle je travaille est ma propre vie, celle qui est comblée, celle qui est maudite ; j'y travaille pour retrouver le chant que l'âme a chanté autrefois. Elle prit corps auprès des petites gens qui ne croyaient pas en eux, qui furent traités comme des chiens, qu'ils soient blancs ou noirs, pour lesquelles la vie ne fut qu'un chemin maudit menant obligatoirement à la mort. Mais ces gens compatirent cependant au sort des autres, un puissant désir les emplissait d'une croyance - et alors le chant sortit avec violence, ardent, suppliant... jusqu'à ce que le monde leur demande de se taire. (Lettre à Leif Aare) ; J'ai écrit un Concerto pour violon qui, d'une façon bien symptomatique, est rempli de dissonances au point d'en éclater. Dans le milieu où j'ai passé mon enfance, j'ai absorbé la douleur des hommes : ils étaient pauvres, loqueteux et malades, et, le pire, définitivement subjugués. (...) Au cours de mon travail, la douleur prit naturellement la forme de la dissonance, comme si elle eut coulé dans un moule déjà prêt, et pour moi ce n'était qu'une transformation, une transsubstantiation. (Dissonance Douleur, 1952)

  12. #12
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    Merci pour ces témoignages, c'est atroce.

    Et bravo pour ta résistance psychologique : je crois que je n'aurai pas eu le courage de lire cette biographie.

  13. #13
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    En fait, Pettersson aurait dû composer de la musique pour les comédies burlesques de Bergman, style "Persona" ou "Cris et chuchotements"
    Décidément, ces suédois sont des petits rigolos. Mais ce genre de pensées dépressives peut donner de l'excellente musique: voir avec les russes, autres gens gais et positifs...


  14. #14
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    Quote Originally Posted by mah70 View Post
    En fait, Pettersson aurait dû composer de la musique pour les comédies burlesques de Bergman, style "Persona" ou "Cris et chuchotements"
    C'est intéressant, cette remarque, et JL Caron (toujours lui ), dans l'ouvrage auquel je fais référence, effectue le même parallèle dans la section intitulée "L'esthétique musicale de Pettersson". Ainsi (op.cit., p.159) : On a dressé un parallèle avec certaines oeuvres sérieuses du cinéaste Ingmar Bergman.

    Quote Originally Posted by Couack View Post
    Merci pour ces témoignages, c'est atroce.

    Et bravo pour ta résistance psychologique : je crois que je n'aurai pas eu le courage de lire cette biographie.
    En fait, il s'agit de davantage qu'une "simple" biographie puisqu'outre une partie consacrée exclusivement à des "Repères de la vie de Pettersson", l'ouvrage comporte l'analyse détaillée de toutes les oeuvres ("Parcours chronologique de l'oeuvre"), un dossier complet sur la musique suédoise au temps de Pettersson, une analyse détaillée (mais à la portée de tout lecteur) de l'esthétique musicale de Pettersson, ainsi qu'un nombre impressionnant d'annexes parmi lesquelles un dossier complet sur la 7e symphonie, un autre sur la maladie de Pettersson, un autre sur les impacts de la musique de Pettersson sur l'auditeur, ainsi qu'un nombre impressionnant d'extraits des écrits du compositeur même. Plus une liste de concerts marquants, un catalogue des oeuvres, une discographie et une bibliographie plus que fournies, etc. Un ouvrage extrêmement documenté, on l'aura compris et qui plus est, facile et agréable à lire. Ce qui n'empêche pas l'empathie pour cet homme dont la vie fut, en effet, qqch comme une longue souffrance ...

  15. #15
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    L'avis de Claude Fernandez sur les symphonies de Pettersson :

    "Les oeuvres symphoniques de Pettersson, ci-après, atonales, très cuivrées sur le plan instrumental, me paraissent caractéristiques des canons modernistes, n'exprimant aucune intention de toucher la sensibilité musicale, mais manifestant uniquement la volonté de se départir du tonalisme et de l'orchestration classique. Modernisme bon marché à mon sens, qui m'apparaît aujourd'hui bien vieillot, obsolète et conventionnel."

    Le jugement est basé sur les symphonies 10, 11 et 15.

  16. #16
    A noter le documentaire sur Pettersson, datant de 1979

    Människans röst [Vox humana]
    Allan Pettersson, tonsättare [AP, composite]

    Un film de Peter Berggren.

    (dispo sur les "réseaux parallèles" en vo sous-titrée en anglais, me contacter en mp si vous ne trouvez pas)

  17. #17
    Quote Originally Posted by Couack View Post
    L'avis de Claude Fernandez sur les symphonies de Pettersson :

    "Les oeuvres symphoniques de Pettersson, ci-après, atonales, très cuivrées sur le plan instrumental, me paraissent caractéristiques des canons modernistes, n'exprimant aucune intention de toucher la sensibilité musicale, mais manifestant uniquement la volonté de se départir du tonalisme et de l'orchestration classique. Modernisme bon marché à mon sens, qui m'apparaît aujourd'hui bien vieillot, obsolète et conventionnel."

    Le jugement est basé sur les symphonies 10, 11 et 15.

    Oui, mais Claude Fernandez, vous savez

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