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Thread: Ib Nørholm

  1. #1
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    Ib Nørholm

    C'est lui :



    Prononcez "neurholm". L'image est petite, mais on voit sa tête sur toutes les pochettes, ça compense.

    Il est né en 1931, il est danois et c'est un élève de l'excellentissime Vagn Holmboe et donc, on l'aura deviné, un condisciple (et un ami) du grandissime Per Nørgård ainsi que du pas-malissime Pelle Gudmundsen-Holmgreen et du bofissime Karl-Åge Rasmussen.


    Le contexte étant défini, je passe à l'oeuvre, qui est magnifique, parfaitement originale et dont je recommande chaudement l'écoute. Ceux qui essaieront ne seront pas déçus . Un petit tour d'horizon rapide.

  2. #2
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    Les symphonies d'abord, car c'est le coeur de son oeuvre : elles sont globalement splendides, à quelques ratés près.

    Symphonie n°1 (1958 - 30')

    Nørholm fait d'emblée preuve d'un sens de l'orchestration irréprochable : cette œuvre a, certes, des connotations post-romantiques comme la 1ère de Nørgård du reste, mais la maîtrise extraordinaire des masses orchestrales et des oppositions de timbres est en soi impressionante. Il utilise beaucoup la dualité cordes/cuivres, auxquelles s'ajoutent parfois des flûtes ou des percussions. Les harmonies sont très claires et aérées (aigus/basses), et les masses orchestrales sont impeccablement équilibrées. C'est absolument irréprochable, sans compter que les thèmes sont plutôt convaincants.



    Symphonie n°2 "Isola Bella" (1971 - 57')

    Une oeuvre assez décevante compte-tenu de ce que la 1ère laissait espérer ; l'orchestration est très imparfaite, trop d'aigüs qui finissent par vriller les tympans. La cohérence d'ensemble, si elle est claire quant à l'ambiance nocturne et mystérieuse, est très peu lisible sur le plan des thèmes où l'on passe de mouvement extrêmements statiques à d'autres trop mouvementés sans transition. on reste dans une certaine forme d'acidité piquante dû à cet usage trop appuyé des registres aigus. A deux reprises un type récite un poème sur un ton d'une solennité ridicule.



    Symphonie n°3 "Day's Nightmare" (1973 - 19' )

    Une symphonie très belle et très inspirée, qui dément assez largement son titre du fait d'une faible densité de l'écriture orchestrale et de ses harmonies lumineuses. Le compositeur renoue ici avec sa verve de la première symphonie : on retrouve enfin un Nørholm inspiré, avec une écriture légère (centrée sur des cordes qui évitent cette fois le piège des aigus). Son cauchemar diurne a des côtés assez pastoraux, même si certains passages sont un peu sombres. Orchestralement parlant le progrès est considérable par rapport à la précédente : les bois notamment, sont bien mieux exploités, les cordes sont légères comme des feuilles mortes, et le contrôle des basses nettement plus en équilibre avec le reste. On navigue très habilement entre le tonal et l'atonal.

    Symphonie n°4 "Decreation" (1979 - 44' )

    La plus mauvaise : une œuvre très faible par rapport aux précédentes : le I est fortement inspiré par Orff et Stravinsky, le II est assomant avec ses déclamations de baryton et ses chœurs à la Berio, le III est froid et inquiétant, dans un style toujours très fade. Cette symphonie pèche par son renoncement à toute esthétique personnelle, et se révèle d'un ennui absolu.



    Symphonie n°5 "Les Eléments" (1980 - 30')

    Beaucoup de fraîcheur dans cette symphonie où quelques cuivres trempent dans un vaste bain de cordes irisées et acides. Une fraîcheur menaçante on devrait dire, mais très diluée dans des textures orchestrales translucides. C'est nettement plus digeste et plus évocateur que la précédente, on revient là à quelque chose de plus authentique.

    Symphonie n°6 "Moralities" (1981 - 38')

    Une œuvre assez séduisante d'un côté, avec cette orchestration légère et fluide caractéristique du compositeur (cordes acides en nappes avec interventions parcimonieuses de cuivres puissants, de cloches scintillantes et insertion de bois dans la trame orchestrale). Ce qui gâche un peu tout c'est l'intervention de deux protagonistes qui dialoguent en danois sur un texte absurde. le dernier - et long - premier mouvement, très lointain et sourd est le plus impressionnant.



    Symphonie n°7 "Ecliptic Instincts" (1982 - 25')

    Les 3 dernières symphonies sont de véritables merveilles. Ici on retrouve tous les ingrédients de l'écriture orchestrale du compositeur : cuivres massifs, presques écrasants, cordes en nappes fluides, usage intensif des timbales et quasi absence des bois sauf pour quelques notes de couleurs. A la fois très personnel, et extraordinairement évocateur.




    Symphonie n°8 "Faith and Longing" (1990 - 30')

    Encore une oeuvre très belle, dans un climat de menace atténuée par un orchestre translucide et parfaitement équilibré. Il joue habilement dans le développement d'une certaine forme de fadeur qui n'est pas sans intérêt, bizarrement. L'œuvre est assez zen dans son emsemble malgré quelques cuivres écrasants par moments. On est plutôt dans le travail des microcosmes orchestraux.

    Symphonie n°9 "The Sun Garden in 3 Shades of Light" (1992 - 26')

    Une œuvre qui résume bien l'ensemble de sa production : confinée dans un calme menaçant, avec une écriture très lumineuse centrée sur les cordes colorées de de cuivres. Ici l'impression d'attente est dominante, on est sur le qui-vive, dans cet énigmatique Sun Garden. Vraiment très beau et très personnel.

    Les cds sont un peu difficiles à trouver je crois, mais je peux les prêter à ceux que ça intéresse

  3. #3
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    Gilles

    Amusante, cette coïncidence : revenant à un fil Koppel "initié" par Claude voici quelques mois déjà (mais j'ai un peu de mal à suivre le rythme je l'avoue ) je viens de recevoir un album regroupant le concerto pour violoncelle dudit Koppel et ... le concerto pour violon de Norholm. Je ne l'ai pas encore écouté (comme je n'ai pas encore non plus visionné le Minotaure de Birtwistle que j'ai reçu en même temps) et comme je serai absent ce week-end, ce ne sera pas avant lundi. Album BIS (portant la référence Bis-CD-80, de 1992, sans doute l'un des plus anciens du label) il est cependant toujours disponible sur Amazon pour un prix raisonnable. Voici sa pochette :



    (D'ailleurs comme cela avait été mentionné en son temps, plusieurs albums sont maintenant disponibles en téléchargement sur Amazon.fr et ce concerto pour violon en fait partie)

    Quote Originally Posted by Couack View Post
    Les cds sont un peu difficiles à trouver je crois, mais je peux les prêter à ceux que ça intéresse
    Super cette présentation est en effet très alléchante et, par ailleurs, tous ces albums peuvent être trouvés en médiathèque
    Je vais essayer de me les procurer !

  4. #4
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    Quote Originally Posted by Couack View Post
    Les 3 dernières symphonies sont de véritables merveilles. Ici on retrouve tous les ingrédients de l'écriture orchestrale du compositeur : cuivres massifs, presques écrasants, cordes en nappes fluides, usage intensif des timbales et quasi absence des bois sauf pour quelques notes de couleurs. A la fois très personnel, et extraordinairement évocateur.

    Ça tombe bien je ne connais que les symphonies 7 et 9 et je les trouve formidables... Mais je ne suis pas spécialiste...

  5. #5
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    Quote Originally Posted by thierry h View Post
    Ça tombe bien je ne connais que les symphonies 7 et 9 et je les trouve formidables... Mais je ne suis pas spécialiste...
    Ne t'inquiète pas, je suis nørholmien diplomé (du conservatoire d'Odense, comme de juste). Så skal vi nu fortsætte*

    Je ne connais pas l'enregistrement que nous montre Philippe, mais comme il est disponible sur la Naxos Music Library, je vais aller y voir de plus près. En tous cas ça tombe bien car j'allais justement poursuivre avec les concertos. Il n'y en a que deux, ça va donc aller vite :

    Concerto pour violon (1974 - 33')

    Magnifiquement imaginatif. Un violon comme en incrustation dans des voiles de cordes, entre le tonal et l'atonal, un climat féérique (un étonnant passage avec flûte et glockenspiel dans le style boîte à musique auquel se superpose une cadence de violon). Le final est plus étoffé orchestralement, mais toujours dans une parfaite symbiose entre le soliste et l'orchestre. Une vraie merveille.


    Concerto pour violoncelle (1989 - 29' )

    Très fade, le soliste se distingue peu et ses mélodies paraissent bien grises. L'orchestre est une pâte indistincte, quant au langage, c'est une sorte de tonalité très chromatisée. Très loin du concerto pour violon.




    *Let's go on

  6. #6
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    Voilà, j'ai écouté la version Bis du concerto pour violon, qui m'a semblé équivalente à celle de Kontrapunkt, ni mieux ni moins bien.

  7. #7
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    Petit tour d'horizon de la musique de chambre : ici encore tout est chez Kontrapunkt : c'est à mon avis moins intéressant que ses symphonies, mais les titres de ses pièces sont souvent très évocateurs, et la musique les illustre de façon très adéquate. Il a écrit plusieurs trios dont je parlerai séparément. Aucun quatuor hélas, car le genre aurait certainement convenu à son écriture de cordes fluide et lumineuse.

    Evidemment tout ça ne sont que des opinions personnelles, comme on s'en doute - rien de définitif là-dedans; même pas pour moi.

    J'ai regroupé les oeuvres selon le programme des cd plutôt que par ordre chronologique cette fois-ci; tous ces cd sont disponibles sur le site de Kontrapunkt. Je fais dans le concis et je commence par le meilleur :



    Immanens op.87 pour flûte seule (1983 - 10' )

    Comme beaucoup d'œuvres atonales pour flûte seule, celle-ci est insipide et inconsistante, mais le compositeur parvient toujours à garder une dose de fraîcheur qui laisse penser qu'il ne se prend pas autant au sérieux que certains de ses collègues.

    Tea op.101 pour tuba (1987 - 6')

    Plaisant et très évocateur, avec ce sens particulier de l'ironie propre au compositeur.

    In the Middle of Darkness op.131 pour violoncelle (1994 - 6')

    Sombre et assez évocateur (quoique pas excessivement).

    A Path for Snow and Creaking op.134 pour clavecin (1994 - 6')

    Encore une fois très évocateur et plein de fraîcheur.

    Fløjt op.153 pour flûte à bec (1989 - 7')

    Une pièce à la légèreté étrange et aux sonorités lunaires qui n'est pas sans rappeler le concerto de Holmboe.

    E-Mail op.149 pour harpe (1998 - 10')

    Très joli et très raffiné

    Sonate pour accordéon op.41 (1967 - 10' )

    Terne et nostalgique.

    Préludes pour guitare op.136 (1995 - 9')

    Assez nostalgique; avec des emprunts à l'école l'espagnole. Là encore on sent l'influence de Holmboe, mais c'est assezi fade.

    Cycle op.120 pour piano (1992 - 7')

    Assez terne encore une fois; l'orchestre lui manque vraiment.





    Contrast-Continuum op.70 pour quatuor de flûtes (1977 - 13' )

    L'œuvre rappelle beaucoup Ligeti avec ses vagues spectrales criardes ; seul bon moment, la rupture vers un passage tonal qui surprend agréablement.

    Before silence op.83 pour trio de flûtes (1980 - 6' )

    Fade et sans intérêt

    So to Say op.74 pour flûte & percussions (1978 - 12')

    De très jolies sonorités, qui ne sont pas sans rappeler Takemitsu : les différentes cloches utilisées tintent joliment face aux acrobaties de la flûte : le tout est très lumineux et agréable.

    Sonate pour guitare n°2 (1989 - 11')

    Comme Holmboe il reste dans un registre très terne et peu enthousiasmant.

    The Orthodox Dream op.92 pour clavecin, flûte & violoncelle (1994 - 6')

    Ca rappelle Bach mélangé à des passages atonaux : c'est plutôt joli mais pour ma part, je ne suis pas fan de ce genre de patchwork.

    Turbulens-Laminar op.93 pour piano (1984 - 8')

    Avec des résonnances très métalliques, mais ça n'est pas très original.

    Variants op.19
    pour violon & piano (1959 - 7')

    Très morne






    Quatuor pour saxophones op.122 (1992 - 14')

    Mou et lascif - il faut ajouter que ce type de formation typique de la musique néo-tonale est d'un usage très connoté ailleurs, et que se dégager de l'influence de cette musique sans sombrer dans la fadeur est une gageure.





    Essai Réfléchi op.100 pour trio avec clarinette (1987 - 25')

    La musique de chambre lui réussit moins car son talent tient surtout dans une exceptionnelle maîtrise de l'orchestre. C'est plaisant et ennuyeux à la fois : le mvt lent (II) est le plus intéressant.


    Øjeblikke op.100 pour soprano, piano, clarinette et trompette (1991 - 13')

    Une instrumentation originale, mais la partie de soprano est très fade


    MacMoon Songs II op.140 pour soprano, piano & clarinette (1996 -7')

    Dans le même genre que le précédent

  8. #8
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    Oups ! Le gars Ib est grillé rayon musique de chambre... ( Faut proposer ça à Radio Classique, pour écouter dans la bagnole sans être déconcentré c'est parfait !!!! )

    ps : la première symphonie est très bien aussi !

  9. #9
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    Quote Originally Posted by Couack View Post
    Aucun quatuor hélas, car le genre aurait certainement convenu à son écriture de cordes fluide et lumineuse.
    Ib Nørholm a écrit huit quatuors à cordes, les deux derniers dans les années 80.

    Quatre d'entre eux ont été enregistrés par le Quatuor Danois de la grande époque (Tiù Frederiksen, Arne Balk-Møller, Claus Myrup et Henrik Brendstrup): le troisième, intitulé From my Green Herbarium de 1966, le quatrième, September-October-November de 1966 aussi, le septième En Passant de 1985, et le huitième, Mémoires de 1988.

    Les deux premiers me semblent les plus intéressants et inventifs. Les septième et huitième sont très contemplatifs, très militants dans l'expression d'une écriture anti avant gardiste par principe, mais ils n'ont pas grand chose de personnel et de décisif à exprimer, à mon sens.

    Comme d'habitude, le Quatuor Danois est impeccable, et je ne sais pas pourquoi les quatre autres n'ont jamais été enregistrés.

  10. #10
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    Salut Tahar, content de te revoir

    C'est en effet exact, et c'est en effet un cd Kontrapunkt; le problème c'est que ces cd sont d'un accès très difficile : le site ne propose même pas la vente en ligne. Et pour ce qui est de les acheter dans des boutiques danoises, on peut oublier : les rayons classiques sont d'une pauvreté indescriptible. C'est très frustant.


  11. #11
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    Quote Originally Posted by Tahar Mouslim View Post

    Les deux premiers me semblent les plus intéressants et inventifs. Les septième et huitième sont très contemplatifs, très militants dans l'expression d'une écriture anti avant gardiste par principe, mais ils n'ont pas grand chose de personnel et de décisif à exprimer, à mon sens.
    C'est un problème récurrent chez Nørholm, ce manque de personnalité - hormis dans les symphonies où il me semble donner le meilleur de lui-même. Ce qui est curieux d'ailleurs, c'est que sa dernière symphonie date de 1992 et qu'il n'en ait pas écrit une seule depuis 17 ans.

  12. #12
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    quelqu'un aurait-il le timing du CD Hearing Andersen, The Shadow et 5ème symphonie par Latham-Koenig? ou mieux un scan de la couverture arrière? j'ai du mal à déterminer où s'arrêtent les plages et les oeuvres.

  13. #13
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  14. #14
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    super, merci... (je ne fréquente jamais ce site)

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